« Quinze ans qu’on attend l’application de la loi 220/2000, cela suffit ! », lit-on sur cette banderole brandie au cours du sit-in de la LPHU hier. Photo Hassan Assal
Ils forment 15 % de la population selon les estimations, et pourtant les handicapés attendent depuis quinze ans la mise en application de la loi qui assure leurs droits. La plupart des articles de la loi 220/2000 (sur les droits des handicapés), adoptée en l'an 2000, sont restés lettre morte : droit à l'éducation, soins hospitaliers, quota d'emplois dans les entreprises, transport urbain adapté... Bref, la vie d'un handicapé au Liban n'a en aucun cas été améliorée depuis l'adoption de cette loi, tel est le message que voulaient faire parvenir hier des dizaines de manifestants – des handicapés, leurs proches, des militants de tous bords – devant l'entrée du Grand Sérail, au centre-ville de Beyrouth. À la veille du 1er Mai, fête du Travail, ils ont affirmé, par la voix de Sylvana Lakkis, présidente de l'Union des handicapés du Liban (LPHU, qui organise la manifestation), que « les handicapés ne sont pas des chômeurs, on les empêche de travailler ».
« Regardez-moi, je porte le même t-shirt que je portais lorsque nous manifestions en 1999 pour l'adoption de la loi 220, nous lance Sylvana Lakkis. C'est d'autant plus symbolique que, malgré les quinze ans passés, et malgré l'adoption de la loi, notre situation n'a pas changé, quand elle n'a tout simplement pas empiré. Nous sommes toujours là, ressassant les mêmes revendications. C'est rageant. »
La loi 220/2000 prévoit, entre autres, un quota de 3 % d'employés handicapés dans les entreprises publiques et privées, un aménagement des établissements scolaires et universitaires ainsi que des bâtiments publics pour les rendre accessibles aux personnes à mobilité réduite, une exemption de taxes pour les véhicules importés et adaptés aux handicapés, un accès privilégié aux hôpitaux, des mesures d'intégration des handicapés sur le lieu du travail et dans les établissements éducatifs, etc. Seuls quelques articles, comme l'exemption de taxes sur les voitures, ont été appliqués, « mais de manière aléatoire, suivant l'humeur de tel ou tel responsable », soulignent les manifestants.
Sous le regard compatissant des parents des militaires otages, qui campent place Riad el-Solh depuis huit mois en attente d'un déblocage de leur affaire, les handicapés ont élevé la voix pour se faire entendre des responsables. « Vous qui avez prorogé deux fois votre mandat (ndlr : en référence aux députés), vous touchez votre salaire alors que nous tentons désespérément d'éviter les dettes », scande l'un des manifestants. « Le quota de 3 % ! », crie la foule en chœur.
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« On me demande si je sais lire et écrire ! »
« J'ai passé ma vie à chercher du travail, s'indigne Jihad Ismaïl, un manifestant, membre de la LPHU. Cela suffit, il est temps que l'on nous octroie nos droits. » À la question de savoir pourquoi les handicapés rejettent la faute sur les responsables seuls, non sur la mentalité discriminatoire ambiante, il répond : « C'est aux responsables d'agir, le changement des mentalités suivra. Nous revendiquons la création d'une équipe de travail gouvernementale chargée de l'application de la loi. Nous demandons également au gouvernement de ratifier la Convention internationale sur les droits des personnes handicapées. »
Le témoignage d'un autre manifestant, qui a requis l'anonymat, confirme ses dires. Cet homme d'une quarantaine d'années, comptable et père de quatre enfants, est actuellement fonctionnaire parce qu'il a bénéficié d'une opportunité offerte par une partie politique. « Sans cette opportunité, je serais toujours au chômage, dit-il. En effet, tant que la nouvelle loi n'est pas appliquée, il existe une disposition dans l'ancien texte, toujours en vigueur, qui demande qu'on ne recrute, dans les institutions officielles, que des personnes "saines d'esprit et de corps".Cela nous exclut d'emblée. » Et il n'y a pas que des lacunes dans la loi. « Quand j'ai intégré cette institution avec un groupe de handicapés, les autres fonctionnaires refusaient de monter en ascenseur avec nous, se souvient-il. Ils se demandaient ce que nous faisions là. Depuis, les mentalités ont bien changé dans nos locaux. »
Le jeune Mohammad Ali Karim, 23 ans, est malvoyant. « Je suis diplômé en marketing, je parle plusieurs langues, j'ai suivi des formations en psychologie, raconte-t-il. Or dès que je rencontre un employeur, il n'a d'autre souci que de rejeter ma demande vite fait. Les employeurs ont peur que notre handicap n'affecte notre productivité, or c'est tout le contraire. L'un d'eux m'a même demandé si je savais lire et écrire ! »
Chadi Awad a sauté sur une mine en 1982, au cours de l'invasion israélienne : on a dû lui amputer la jambe droite. « Je dois me contenter de travailler comme porteur parce que personne ne veut m'employer, dit ce membre de l'Association des survivants des mines. Or mon handicap ne m'empêche en aucun cas de travailler. Nous voulons tous vivre dignement, ne dépendre de personne : mes amis et moi avons même fondé une équipe de football. Nous sommes prêts à dépasser notre handicap, mais c'est la société qui nous marginalise. »
Les manifestants n'étaient pas tous des handicapés. Mohammad Hakim se trouvait sur place pour soutenir la cause du fils d'un ami. « Pour moi, toute personne qui a un potentiel devrait le réaliser, souligne-t-il. Ce n'est pas un acte de charité que recherchent les handicapés, mais leurs droits au travail, au transport, à l'éducation. Pour cela, il suffit d'appliquer cette loi. »
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UNE PREMIÈRE SI LA LOI DEVIENT EFFECTIVE APRÈS 15 ANS !!!
07 h 56, le 01 mai 2015