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Nos lecteurs ont la parole - Nelly Hélou

En ce quarantième anniversaire, l’hommage au peuple libanais...

Énorme cette tranche de vie qui s'est écoulée depuis ce 13 avril 1975, date mythique du déclenchement d'une guerre dont on continue de subir les séquelles sociopolitiques et économiques avec, en filigrane, la crainte de nouveaux rebondissements.
Rédactrice à la Revue du Liban, je tenais chaque année à commémorer cette date au grand dam de certains qui trouvaient que j'en faisais trop et qu'il fallait arrêter d'en parler. Je finissais toujours par les convaincre qu'il y avait là un devoir de mémoire.
Pour ces quarante ans, je voudrais évoquer non pas les causes et les conséquences de cette guerre, ou le souvenir de ces héros et martyrs morts pour que vive le Liban, mais le drame vécu au quotidien par le simple citoyen, par Monsieur et Madame Tout-le-monde, du Nord au Sud, de Beyrouth jusqu'à la Békaa et la montagne. Pas un foyer qui n'ait été meurtri par la mort d'un être cher : père, mère, frère, sœur ou proche parent, fauché par un obus, une voiture piégée, un franc-tireur... Et sur un de ces multiples fronts, chaque combattant qui a porté les armes selon ses convictions... Que d'enfants ont grandi orphelins de père ou de mère et dont les portraits ornent les maisons... Que dire aussi de tous les handicapés de la guerre, des disparus dont on ignore encore le sort, attendus inlassablement par une mère éplorée ? Que dire de ceux qui ont perdu leur terre, leurs biens, leur travail, qui ont dû se déplacer dans une autre région du pays ou carrément s'expatrier, alors que d'autres se sont accrochés au prix de multiples sacrifices et de dangers quotidiens ?
C'est vers eux tous que doivent aller nos pensées en ce quarantième anniversaire. Nous nous devons de rendre hommage aux secouristes qui risquaient leur vie pour en sauver d'autres; aux hôpitaux et aux médecins qui opéraient sous les obus ; aux journalistes et reporters qui ont couvert la guerre, avec tous les dangers encourus ; aux femmes du quartier qui préparaient des sandwichs aux jeunes miliciens, à celles qui visitaient les blessés pour leur apporter un peu de réconfort, à la société civile qui se démenait pour aider à surmonter une multitude de problèmes, ainsi qu'à tous ceux qui ont poursuivi envers et contre tout les activités culturelles, autre forme majeure et essentielle de résistance pacifique.
Puis ce vécu au quotidien fait d'angoisses, d'inquiétudes, d'espoirs à la fin de chaque « round ». Et ce désespoir quand le bruit des armes reprenait de plus belle, et ces jours et ces nuits passés dans des abris de fortune, l'attente des nouvelles d'un fils ou d'un mari militaire ou milicien qui combattait sur un front.
La souffrance est toujours la même, quels que soient le bord politique, la région ou la confession. Mais quand on est pris dans l'engrange mortel, on ne différencie plus, on perd tous nos repères et on se laisse mener par nos instincts grégaires. C'est une fois que le canon cesse de tonner et que les années s'écoulent que l'on voit tout le gâchis, qu'on réalise l'horreur de tout conflit armé. Pour cela, il faut bannir et maudire la guerre.
Il est primordial d'évoquer aussi les dommages causés sur les mentalités, le vivre en commun, et sur nos choix démocratiques. Tout un travail en profondeur est à entreprendre surtout au niveau des jeunes générations pour refaire ensemble du Liban un pays-message, symbole de convivialité et de solidarité. Apprendre à accepter l'autre, le droit à la différence et l'attachement indéfectible aux valeurs suprêmes. Le plus important est de tirer les leçons du passé. Car, quelles que soient les analyses, que ce fut « la guerre des autres au Liban », qu'on ait servi de bouc émissaire, de cobayes, la victime est une : le peuple libanais, dans toutes ses composantes socioculturelles et avec de multiples dommages collatéraux sur la nature, l'environnement et le patrimoine. C'est donc au peuple libanais, avec ses erreurs, ses errances, ses défauts, mais aussi ses qualités, sa façon de s'accrocher à son lopin de terre, sa foi en son armée ciment national, qu'il faut rendre hommage en ce quarantième anniversaire dans l'espoir que, d'un commun accord, nous bâtirons l'avenir ensemble.
Pour qui sonne le glas ? Tel était le titre choisi par Ernest Hemingway pour son livre sur la guerre civile espagnole. Un titre inspiré d'un texte de John Donne, poète et métaphysicien anglais du XVIe siècle, qui a écrit que « la mort de tout homme me diminue parce que je suis solidaire du genre humain. Ainsi donc n'envoie jamais demander pour qui sonne le glas, il sonne pour toi ».
Au Liban, le glas a sonné et les minarets ont lancé leurs appels à chacun de nous.
Avec ce 13 avril, qui a coïncidé cette année avec la résurrection du Christ et tous les messages d'espérance qu'elle véhicule, l'heure de la réconciliation et de la résurrection du pays du Cèdre a-t-elle enfin sonné ?

Énorme cette tranche de vie qui s'est écoulée depuis ce 13 avril 1975, date mythique du déclenchement d'une guerre dont on continue de subir les séquelles sociopolitiques et économiques avec, en filigrane, la crainte de nouveaux rebondissements.Rédactrice à la Revue du Liban, je tenais chaque année à commémorer cette date au grand dam de certains qui trouvaient que j'en faisais trop et qu'il fallait arrêter d'en parler. Je finissais toujours par les convaincre qu'il y avait là un devoir de mémoire.Pour ces quarante ans, je voudrais évoquer non pas les causes et les conséquences de cette guerre, ou le souvenir de ces héros et martyrs morts pour que vive le Liban, mais le drame vécu au quotidien par le simple citoyen, par Monsieur et Madame Tout-le-monde, du Nord au Sud, de Beyrouth jusqu'à la Békaa et la montagne. Pas...
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