À l’entrée de l’exposition Hermès Wanderland, Saatchi.
« Errer, c'est humain, flâner, c'est parisien », disait Victor Hugo. Cet art tout parisien de la flânerie, intraduisible sinon approximativement dans d'autres langues, notamment par « wandering » en anglais, Hermès l'offrait à Londres, en ce printemps radieux. La quasi éternelle pluie londonienne avait elle-même cédé, pour l'occasion, sa part de ciel à une mousson de pétales. A-t-on jamais vu pleuvoir des fleurs ? Un vent léger en soulevait des myriades à travers les arbres des jardins et des squares. Et c'est dans cette atmosphère déjà irréelle qu'Hermès vous invitait à vous perdre en toute confiance, pour le plaisir de laisser le hasard vous guider et vous surprendre, vous instruire et vous inspirer.
Le secret du 155, New Bond Street
C'est dans ce bâtiment en pierre de Portland, construit en 1951 sur les ruines d'un vieux village détruit par le blitz, et donc pionnier de l'architecture moderne de Londres, qu'Hermès a pris ses quartiers en 1975. Son architecture d'origine conçue par Michael Roesenhauer n'a jamais été altérée. Pierre-Alexis Dumas, directeur artistique de la maison, président de la Fondation d'entreprise Hermès et l'un des représentants, avec son cousin Axel Dumas, de la sixième génération Hermès, confie que c'est sa mère, Rena Gregoriadès (Rena Dumas), alors jeune décoratrice, qui avait réalisé le premier aménagement de la boutique londonienne. L'espace se déployait alors sur 395m2 et bénéficiait, à l'étage, d'un département administratif donnant sur une terrasse privative où trône encore une sculpture géante de Henry Moore. Rénovée et restructurée, la boutique s'est désormais agrandie de cet étage mort qui se consacre à la parfumerie et aux arts de la table. Elle déploie son décor poudré et ses détails de cuivre rose sur 673m2, révélant au client comme au simple visiteur le secret surprenant de cette sculpture, une femme imposante et nue, étendue sur le dos, les jambes légèrement écartées comme pour un accouchement. Et c'est bien d'accouchement qu'il s'agira, en quelque sorte, tout au long de cet événement consacré au thème de l'année. Ouverture, lancement d'une nouvelle eau de toilette, Le Jardin de Monsieur Li, mise au monde d'idées neuves, de nouveaux objets d'exception, fête de la créativité et, in fine, accouchement de soi, une fois calmé ce tourbillon joyeux qui aura définitivement modifié votre regard sur les êtres et les choses.
« Not all who wander are lost »
Après une ascension, l'été dernier, du Mont-Saint-Michel, sous les cornemuses des sonneurs bigoudens, pour le couronnement du thème des Métamorphoses, Hermès lançait, ce mois d'avril, le thème de la Flânerie par une simple invitation à flâner. Les équipes se sont vu attribuer des cartes sommaires de Soho, Chelsea, Belgravia, Notting Hill, West End, Marylebone, Spitalefield ou King's Cross. À eux seuls de petites œuvres d'art, ces itinéraires illustrés avec humour promettaient à chaque participant la découverte d'une douzaine de lieux anecdotiques ou historiques, certains dont on pouvait pousser la porte, d'autres pas. Tout au long de ces arrêts étaient prévues des rencontres insolites assurées par un bataillon d'acteurs chargés de ressusciter le passé ou de créer l'illusion d'une apparition. Dans un parc, vous croisiez des hommes déguisés en pigeons. Devant la demeure autrefois habitée par Sir Arthur Conan Doyle vous guettait un Sherlock Holmes plus vrai que nature, tirant sur sa pipe en vous lançant un regard suspicieux. Au pied de l'immeuble où Paul McCartney a composé Yesterday, un chanteur en pyjama et robe de chambre jaune vous révélait, en l'entonnant à tue-tête adossé à un réverbère, que la chanson devait s'appeler Scrambled Eggs. Dans le saint des saints de l'iconique librairie Daunt vous espérait un jeune poète déclamant des vers. Vous vous perdez, la carte le prévoit, mais des anges gardiens vous attendent à presque tous les coins de rues sans que vous vous doutiez de leur présence. Le hasard lui-même s'en mêle qui vous fait découvrir, dans le fatras d'objets disposés dans une vitrine, un carnet de notes orné d'une citation étonnante : « Not all who wander are lost. » Non, ceux qui flânent ne sont pas tous perdus.
Avec l'amour en plus
Ouverte depuis le 9 avril dans les dédales de la galerie Saarchi, l'exposition Hermès Wanderland fermera ses portes le 2 mai prochain. C'est bien trop court pour un déploiement hallucinant de magie et de créativité. Avec surprise, on retrouve les comédiens qui étaient postés sur les divers parcours, mais cette fois dans le rôle d'hôtes insolites, un bobby offrant le thé, une pearl lady bavardant avec les passants sur un banc public, des punks traînant sur un trottoir, et tout à l'avenant. Dans une première salle sont exposées des cannes d'exception, comme cette canne de dandy, télescopique, contenant un serre boutons, un morceau de craie blanche pour rafraîchir son col et une petite brosse. Ou cette canne-parapluie en plumes de faisan. Vous traverserez ensuite un cube blanc où sont projetés des extraits de films célèbres où l'on voit des scènes de flânerie, sous une pluie de lumières diffusées par une boule disco. Plus loin, au bout d'un petit dédale qui vous entraîne dans un square à l'envers où des objets Hermès se cachent entre kiosque et réverbères, puis sur une chaussée magique où se promènent des passants interactifs dont vous entendrez les pensées si vous marchez dans leur pas, s'ouvre « le café des objets oubliés ». Dans chaque table est incrustée une minuscule vitrine lumineuse dans laquelle apparaît un bijou, une montre, un bouton de manchette et même un nécessaire d'aquarelle réalisé par la maison. Une peinture murale représentant un extrait de bande dessinée de Mandrake le magicien vous conduit dans une nouvelle antre où s'alignent des vitrines imaginaires avec leurs enseignes souriantes : La cage ouverte, animalerie, ou L'Éléphant de Chine, Porcelaines, ou encore, Curiosités équestres, Au pas d'Émile. Toutes mettent en scène des créations historiques de la maison et témoignent d'un savoir-faire qui tient de la magie. Entre 3D mapping et artisanat, haute technologie et confection ancestrale, il s'agissait, comme le suggère Pierre-Alexis Dumas, d'écouter simplement ce que les mains nous disent et traverser la vie comme un chasseur de papillons. À charge pour Hermès d'en semer ici ou là les plus beaux spécimens... Avec l'amour en plus, souligne Ménéhould du Chatelle, directrice du patrimoine Hermès, qui nous a confié que certains artisans déposaient un baiser sur chaque sac avant de le livrer.
Pour mémoire
Le somptueux clin d'œil d'Hermès à l'univers équestre
Le secret du 155, New Bond StreetC'est dans ce bâtiment en pierre de Portland, construit en 1951 sur les...

