Le Conseil de sécurité de l'ONU a reçu jeudi des témoignages directs de médecins syriens sur des attaques au chlore contre des villages du nord-ouest du pays, lors d'une réunion informelle à huis clos.
Les ambassadeurs ou représentants adjoints des 15 pays membres ont entendu deux médecins syriens, Saher Sahloul, qui préside l'association médicale américano-syrienne, et Mohammed Tennari qui a soigné les victimes d'une attaque présumée au gaz de chlore le 16 mars dernier contre le village de Sermine, dans le gouvernorat d'Idleb (nord-ouest).
Etait aussi présent Qusai Zakarya, un jeune Syrien survivant d'une attaque chimique au gaz sarin perpétrée dans la banlieue de Damas le 21 août 2013. "J'ai dit au Conseil de sécurité que ce crime était resté impuni et que l'inaction du Conseil alimente l'extrémisme car elle nourrit le désespoir", a-t-il déclaré ensuite à la presse.
L'attaque du 21 août dans la Ghouta avait été attribuée par les Occidentaux au régime syrien. Damas avait ensuite accepté, sous la menace de frappes américaines, de se débarrasser de son arsenal chimique sous supervision internationale, conformément à une résolution de l'ONU de septembre 2013.
Washington, Londres et Paris accusent le régime syrien d'avoir aussi mené les attaques au chlore qui ont suivi. La Russie par contre affirme qu'il n'y pas de preuve formelle de la culpabilité du régime.
L'organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC), qui a supervisé avec l'ONU le désarmement chimique syrien, mène une enquête sur l'utilisation de gaz de chlore en Syrie et le Conseil se basera sur ses conclusions pour prendre éventuellement des mesures.
"Il faut connaitre avec précision les responsables de ces attaques", a déclaré aux journalistes l'ambassadrice américaine Samantha Power. "Tout porte à croire qu'elles ont été menées avec des hélicoptères et seul le régime Assad à des hélicoptères".
"Mais nous devons procéder de manière à ce que tous les membres du Conseil en soient convaincus et que les responsables rendent des comptes", a-t-elle souligné.
Les diplomates du Conseil, a-t-elle dit, ont suivi "avec beaucoup, beaucoup d'émotion" une vidéo tournée sur place dans un hôpital d'Idleb en mars et qui montre des médecins tentant désespérément de ranimer des enfants en train de suffoquer.
L'organisation Human Rights Watch (HRW) a accusé mardi le régime syrien d'avoir largué à six reprises en mars dernier des barils remplis de chlore dans le nord-ouest du pays sous contrôle rebelle.
Selon HRW, les six attaques se sont produites entre le 16 et le 31 mars dans la province d'Idleb: trois contre la localité de Sermine, une contre la ville d'Idleb, une contre Qmenas et une sixième contre Binish. Elles ont causé la mort de six personnes à Sermine et 206 autres ont été affectées.
"Jusqu'à présent, le gouvernement syrien n'a payé aucun prix pour avoir commis un crime de guerre avec des armes chimiques interdites", a affirmé le directeur de HRW pour l'ONU Philippe Bolopion.
L'OIAC a conclu en janvier que du gaz de chlore avait très probablement été utilisé l'an dernier contre trois villages du nord de la Syrie. Le Conseil a adopté le 6 mars 2015 une résolution condamnant l'utilisation du chlore comme arme chimique dans le conflit, sans toutefois désigner les coupables.
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Syrie : le Conseil de sécurité entend des témoignages sur des attaques au chlore
AFP / le 17 avril 2015 à 00h04


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