Diplomatie

Comment la France avance ses pions dans le Golfe

Le chef de la diplomatie française Laurent Fabius a fait une visite de deux jours, ce week-end, en Arabie saoudite où il a été accueilli par le nouveau roi Salmane. Photo AFP

La France avance ses pions dans le Golfe, en particulier à Riyad, profitant du désenchantement des Saoudiens vis-à-vis de leur allié traditionnel américain, dans un contexte marqué par la montée en puissance de leur grand adversaire régional, l'Iran.
Le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, a effectué une visite de deux jours ce week-end en Arabie saoudite où il a été accueilli plus en chef d'État qu'en ministre. Reçu par le roi Salmane ben Abdel Aziz, il a eu aussi les honneurs du prince héritier Moqren, du ministre de l'Intérieur et vice-prince héritier Mohammad ben Nayef, et du fils du souverain et ministre de la Défense, Mohammad ben Salmane, un des chefs d'orchestre de l'intervention militaire arabe menée par les Saoudiens au Yémen. Sans oublier son homologue Saoud al-Fayçal qui a souligné devant la presse « l'amitié et la confiance » entre les deux pays.
M. Fabius s'est employé durant sa visite à rassurer ses hôtes saoudiens au sujet de l'accord-cadre passé le 2 avril entre Téhéran et les grandes puissances, dont la France, sur le programme nucléaire iranien. Le régime saoudien redoute qu'en dépit d'un tel accord, Téhéran se dote in fine de la bombe atomique, tout en ayant obtenu la levée des sanctions internationales qui étranglent son économie. Et il poursuit au Yémen, avec ses alliés arabes, des bombardements aériens contre des forces rebelles chiites soutenues par Téhéran, et dont les succès militaires présentent à ses yeux une menace de déstabilisation à sa frontière sud.

Panique
« Il y a un mouvement de panique chez les Saoudiens parce qu'ils pensent que l'Iran utilisera les nouveaux moyens financiers que lui procurera une levée des sanctions (en cas d'accord définitif sur le nucléaire) pour étendre son influence dans la région », estime Joost Hiltermann de l'International Crisis Group à Bruxelles.
La guerre en Syrie, où Téhéran aide le régime de Bachar el-Assad et les combattants du Hezbollah, « coûte très cher à l'Iran, par exemple », ajoute-t-il. « Les Saoudiens ont surveillé attentivement les négociations sur le nucléaire et ont compris que la France avait adopté une ligne plus dure » que les États-Unis à l'égard de l'Iran, note l'analyste David Butter de l'institut londonien Chatham House.
« Ils s'interrogent sur le point de savoir si les Américains font la distinction entre la question du nucléaire et l'influence grandissante de l'Iran dans la région. Et il y a clairement de nombreuses tensions » entre Washington et Riyad, même si les États-Unis demeurent l'allié militaire indispensable, ajoute-t-il. Dans le Golfe, « on accuse les Américains d'avoir laissé tomber (le président égyptien Hosni) Moubarak » et de n'avoir pas aidé à la chute du président syrien Bachar el-Assad, relève-t-il.
C'est dans ce contexte de refroidissement que la France peut « marquer des points, comme elle l'a fait dans le passé avec des contrats civils ou militaires » dans le Golfe, estime un consultant français en poste à Riyad, qui note cependant que la visite de M. Fabius s'achève sans l'annonce de nouveaux contrats commerciaux. La France démontre « une capacité interventionniste crédible sur le plan militaire », relève pour sa part M. Butter, en faisant allusion aux engagements des forces françaises sur plusieurs terrains : en Irak contre le groupe État islamique ou dans le Sahel contre d'autres groupes radicaux.
M. Fabius a achevé dimanche soir sa visite en Arabie saoudite en rencontrant le prince héritier d'Abou Dhabi, Mohammad ben Zayed al-Nahyane, de passage à Riyad. Ils ont évoqué l'achat éventuel par les Émirats arabes unis d'avions Rafale, une négociation au long cours. « J'espère que nous pourrons avoir de bonnes nouvelles et nous y travaillons », a déclaré M. Fabius. Le cas échéant, il s'agirait de la troisième vente de l'avion de combat français, après l'annonce de contrats avec l'Égypte et l'Inde. Quant au Qatar, il fait également partie des pays qui ont manifesté leur intérêt pour le Rafale.

Michel SAILHAN/AFP


La France avance ses pions dans le Golfe, en particulier à Riyad, profitant du désenchantement des Saoudiens vis-à-vis de leur allié traditionnel américain, dans un contexte marqué par la montée en puissance de leur grand adversaire régional, l'Iran.
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