Le corps d’un combattant houthi dans la rue après des affrontements avec des partisans du président Hadi à Aden. Photo Reuters
Les États-Unis ont dénoncé hier le soutien apporté aux rebelles chiites yéménites ayant pris la capitale Sanaa et de vastes régions du Yémen, avant de déferler vers le Sud.
Le secrétaire d'État américain John Kerry a affirmé sans détour que son pays savait que l'Iran armait les rebelles houthis. « L'Iran doit savoir que les États-Unis ne resteront pas les bras croisés alors que la région est déstabilisée et que des gens lancent une guerre ouverte à travers les frontières internationales des autres pays », a déclaré M. Kerry. « Il y a eu – il y a, de toute évidence – des vols en provenance d'Iran. Chaque semaine, il y a des vols d'Iran, nous les avons localisés », a-t-il ajouté.
Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, s'en est pris pour sa part à l'Arabie saoudite et aux frappes de sa coalition. Il a demandé l'arrêt de ces « actes criminels », ajoutant que cette opération « dans la région est inacceptable », la qualifiant de « génocide qui peut être passible des tribunaux internationaux. Ne tuez pas les enfants innocents. Un grand peuple comme celui du Yémen ne se rendra pas avec des bombardements », a de son côté lancé le président iranien Hassan Rohani à l'adresse des « pays de la région ». Il a appelé « tout le monde » à « penser à la fin de la guerre, au cessez-le-feu et à l'aide humanitaire » dans ce pays.
Dans ce contexte, le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, a réitéré hier ses appels à la négociation, mettant en garde contre les « répercussions régionales profondes et durables » du conflit. M. Ban a aussi appelé les belligérants « à protéger les civils et à permettre aux travailleurs humanitaires de fournir en toute sécurité une assistance vitale », soulignant « la gravité de la crise humanitaire ». De fait, l'Unicef, l'Agence des Nations unies pour l'enfance, s'est de nouveau alarmée de la mort d'enfants, à la suite du décès de deux écoliers dans un raid mercredi sur une école d'Ibb dans le centre. Au moins 77 enfants ont été tués et 44 blessés depuis le début des raids, selon l'organisation. De passage à Genève, le représentant de l'Unicef au Yémen, Julien Harneis, a déclaré qu'un tiers des combattants des groupes armés étaient des enfants et s'est inquiété d'un prochain pic de malnutrition.
Raids à travers le pays
Sur le terrain, et dans le cadre du renforcement de son soutien à ses alliés du Golfe, l'armée de l'air américaine a commencé à ravitailler en vol des avions de chasse de la coalition, selon le Pentagone. Washington lui fournissait déjà des renseignements.
Par ailleurs, des raids de la coalition ont touché hier le ministère de la Défense à Sanaa, contrôlée par les houthis. D'après des témoins, deux bases de la garde républicaine ont également été visées à Fajj Attan, dans le sud de Sanaa, et à Arhab, dans le nord de la capitale. La garde républicaine est une unité d'élite restée fidèle à l'ex-président yéménite Ali Abdallah Saleh, aujourd'hui allié aux houthis. La coalition a aussi touché des positions rebelles dans les régions de Taëz (Sud-Ouest) et du Nord, selon des témoins.
Dans le Sud, qui connaît les plus violents combats, 20 rebelles chiites ont été tués dans la nuit entre mercredi et jeudi. « 14 houthis ont été tués dans une série de huit raids de la coalition près de Dar Saad », à l'entrée nord de Aden, a déclaré à l'AFP une source au sein des forces fidèles au président Abd Rabbo Mansour Hadi. À Dhaleh, ville au nord de Aden, des combattants sudistes soutenant M. Hadi ont tendu une embuscade à des combattants houthis, en tuant six, selon un chef du mouvement autonomiste sudiste, Nasser al-Chaïbi.
Près de Ateq, capitale de la province de Chabwa (Sud), le camp militaire de Morra, où sont installés des militaires fidèles à l'ex-président Saleh, a été visé à minuit par un raid aérien de la coalition, a dit un responsable provincial, sans pouvoir avancer de bilan. Ces militaires se sont déployés par la suite dans la ville de Ateq, où les partisans du président actuel Abd Rabbo Mansour Hadi ont disparu. Cette avance rapproche les houthis de l'important terminal gazier de Belhaf, essentiel à l'économie du pays, situé sur la mer de Oman à 150 km au sud-est de Ateq. Profitant de l'absence de forces de l'ordre, 85 prisonniers, dont des membres d'el-Qaëda, se sont évadés de la prison de la ville, ont indiqué des responsables locaux.
De son côté, le porte-parole de la coalition militaire arabe, le général de brigade Ahmad Assiri, a affirmé, lors de son point de presse quotidien à Riyad, que l'Égypte avait participé ces dernières 24 heures aux frappes qui ont visé des centres de communication utilisés par les houthis à Sanaa et dans leur fief à Saada (Nord). « Les directions des rebelles se retrouvent désormais isolées », a-t-il annoncé. Les raids ont aussi ciblé des véhicules et des dépôts d'armes, a-t-il ajouté en accusant les houthis de dissimuler leur armement « dans les zones résidentielles, notamment chez les chefs de tribus ».
(Sources : agences)


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