La couverture de l’ouvrage.
Dans le sillage des nombreuses manifestations qui vont jalonner la commémoration du centenaire du génocide arménien, le 24 avril, un livre parfaitement dans le ton et le mouvement. En devanture des librairies, un ouvrage combinant photographies et textes sur le camp des refugiés d'Alep (1922-1936) sous le titre de Mémoire arménienne par Vartan Dérounian (127 pages, Presses de l'Université Saint-Joseph).
Aperçu sur l'auteur, d'abord. Un homme dont la caméra est la plume... Vartan Dérounian (1888-1954) est l'un des meilleurs photographes du Proche-Orient de l'entre-deux-guerres. Ses albums d'inspiration orientaliste sont consacrés aux paysages et monuments archéologiques d'Antioche et d'Alexandrette ainsi que la vie dans les steppes syriennes.
Tout en n'ignorant jamais ses attaches arméniennes, on le voit dans ces pages, il se livre à une sorte de reportage sur le vif, qui s'étale sur une quinzaine d'années, pour témoigner des souffrances et des affres de l'exode. Ces photographies, regard douloureux, content l'histoire des réfugiés arméniens arrivés en Syrie au début des années 1920. Miracle de la vie, ils vont survivre et s'intégrer dans une société dont ils ignorent même la langue. À travers ces photographies, d'une intense charge émotionnelle et parfaitement maîtrisée dans l'art de croquer le dicible et l'indicible, on retrouve là l'œuvre non d'un simple photographe, mais d'un humaniste.
Un reportage poignant qui présente le camp des réfugiés d'Alep, de la misère noire des débuts jusqu'à la construction de nouveaux quartiers, mettant en scène le quotidien des déracinés qui travaillent, tout en s'attachant à leurs valeurs et héritages ancestraux, à leur réinsertion dans une société nouvelle qui leur est totalement étrangère. Travail minutieux et fidèle à la réalité que Vartan Dérounian exécute en toute conscience et concision pour inscrire à jamais, dans le passage du temps, ce lieu d'une mémoire dont il se fait le vibrant et lucide passeur.
À côté de ces images d'une saisissante éloquence, les plumes de deux spécialistes de l'histoire du génocide arménien, Raymond Kevorkian et Vahé Tachjian, ainsi que Jean-Claude David. Les mots, la pensée et les témoignages de documents historiques de trois écrivains pour accompagner ces images parfois insoutenables où l'être lutte pour son entité, son identité et sa dignité.


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