Matteo Khodr en haute voltige. Photo Michel Sayegh
Une voix à cheval entre le féminin et le masculin, un look de dingue (mi-XVIIe siècle, mi-rock), Matteo Khodr, Matteo de son nom de scène, précise dès le début de l'entrevue: «Je suis un enfant de ce siècle et je vis comme tout le monde.» Oui... mais. Et le mais est omniprésent dans le parcours fastidieux et truffé de concessions du jeune contre-ténor.
Lorsqu'il découvre sa voix en imitant les dessins animés de Walt Disney, Matteo ne se doute pas qu'il allait faire carrière. Quelques années plus tard, s'étant inscrit à l'Alba, section architecture, une opportunité unique se présente à lui. «J'ai eu des circonstances prometteuses à l'âge dedix-sept ans. J'ai signé un contrat avec Universal Music France. Le contrat stipulait pourtant que je déménage à Paris. J'ai donc fait un double cursus: tout en poursuivant des études au Liban de graphic design (afin de travailler mon look et mon image), j'ai commencé à prendre des cours de chant à Paris. La machine était donc lancée et mes rêves devenaient réalité», dit-il.
Tout s'est alors passé très vite: cours particuliers et École normale supérieure de musique, couronnés par un diplôme de concertiste en chant baroque, et puis scènes internationales et concerts prestigieux. Mais dans ce milieu, on ne peut se contenter uniquement de décrocher les étoiles. Celles-ci, en effet, risquent d'être filantes. «Je suis contre-ténor, parmi 11 au Moyen-Orient et 63 au monde. Je n'ai pas une tessiture de voix banale, il faut la travailler au quotidien.» Dès le début, Matteo a délibérément choisi de mettre l'opéra à la portée de tous, de le mettre au goût du jour. Il a ainsi joué sur son image, qu'il a rendue «barock: si je suis un jeune homme moderne qui fait du sport tous les jours, suit la mode et ne se prive pas de vie nocturne, je dois par ailleurs m'astreindre à une certaine discipline».
Breuvages de Gargamel
Chaque matin en se réveillant, Matteo teste sa voix, «avec un peu d'angoisse». Une heure et demie de musculation vocale s'impose à onze heures. Son sacerdoce ? Un régime alimentaire particulier où il s'interdit l'eau froide, les épices, les caféines, les boissons gazeuses ainsi que les jus (pour le reflux). «Je ne fume pas ni ne bois, mais fais des bêtises comme tout le monde.» Quant au miel et aux tisanes, «c'est un mythe», confie-t-il en riant. « J'ai mes propres breuvages à la Gargamel.» Matteo craint sûrement de tomber malade. «Oui, bien sûr, c'est mon cauchemar, aussi bien que celui de ma mère qui me suit dans les tournées et s'inquiète lors des veilles de concert. C'est une maman poule, mais je lui dois beaucoup.»
Aujourd'hui , le jeune ténor de vingt-neuf ans, récompensé par le Beirut International Award Festival, surfe entre Genève et la capitale libanaise. Il multiplie les collaborations avec des artistes de tous milieux, comme Aziza. Il ne pense pas au futur mais aime à savourer le moment présent. Ayant réussi à fidéliser un grand public (entre autres, beaucoup de jeunes), il se dit «ravi» de continuer à chanter aussi bien dans sa ville natale qu'à l'étranger.
«Je ne cesse d'apprendre et d'évoluer, alors qu'ici je suis un produit fini.» Sauf qu'il est «content» d'avoir démocratisé l'opéra, «par un acte théâtral, par des plissements d'yeux ou des tonalités de voix différentes, j'accroche le public». Le but est donc atteint. Et s'il devient hystérique quand on lui demande de chanter la Habanera de Carmen alors qu'il a travaillé durant plus d'une heure une cantate de Vivaldi, le meilleur compliment qui lui fait plaisir et le fait sourire est : « Vous m'avez fait pleurer. »
Ce soir, en l'église des pères jésuites de l'USJ
Ce soir, mercredi 8 avril à 20h30, Matteo interprète en l'église des pères jésuites de l'Université Saint-Joseph un répertoire jamais chanté auparavant qui comprend une cantate de Bach, Ich habe genug, un motet de Vivaldi, Longe Mala Umbrae Terrores, un Ave Maria, et des airs baroques pour castrats de Handel et Broschi, entre autres.
Billets en vente au Virgin, ainsi qu'à la porte de l'église.
Lorsqu'il découvre sa voix en imitant les dessins animés de Walt Disney, Matteo ne se doute pas qu'il allait faire carrière. Quelques années plus tard, s'étant inscrit à l'Alba, section architecture, une opportunité unique se présente à lui. «J'ai eu des circonstances prometteuses à l'âge dedix-sept ans. J'ai signé un contrat avec Universal Music France. Le contrat stipulait pourtant que je déménage à Paris. J'ai donc fait un double cursus: tout en poursuivant...

