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Moyen Orient et Monde

Les cloches des églises de Aden restent silencieuses au milieu des tensions

Reportage
OLJ/Mohammad HASNI/AFP
23/03/2015

La messe est rarement dite et les cloches restent silencieuses dans les églises de Aden, la grande ville du sud du Yémen où la pratique des religions autres que l'islam n'a cessé de reculer depuis l'unification du pays en 1990.


Alors que le Yémen sombre dans la guerre civile du nord au sud et que des combats ont éclaté à Aden même jeudi dernier, le sort des quelques milliers de chrétiens est totalement occulté, tellement les tensions sont vives entre musulmans sunnites et chiites, qui composent 99 % de la population. Les chrétiens sont des étrangers, réfugiés ou résidents temporaires pour la plupart, qui adoptent un profil bas par crainte notamment de groupes jihadistes.
« Il n'y a plus que deux églises où la messe est dite, celles de Saint-Joseph à Crater et de Saint-Antoine à Tawahi », deux quartiers de Aden, indique Bilal Ghulam Hussein, auteur d'une monumentale Histoire de l'État de Aden 1839 – 1967. « Après 1990, beaucoup d'étrangers ont quitté Aden et la pratique d'autres religions s'est réduite », ajoute-t-il, à l'ombre de l'église anglicane Sainte-Marie. L'édifice religieux, restauré il y a quelques années avec une aide internationale, est un monument marquant de Aden, qui a abrité le Parlement sous les Britanniques puis servi de poste de police sous le régime socialiste (1967-1990). Construite au XIXe siècle, elle a été transformée en siège du Parlement de Aden en 1947, sur ordre du gouverneur britannique, après une requête des dignitaires musulmans qui n'acceptaient pas qu'elle dépasse en hauteur les minarets de toutes les mosquées. Aden était jusqu'en 1967 une cité-État administrée par les Britanniques et comptait des dizaines d'églises, de temples et de synagogues.
« Toutes les confessions cohabitaient sous les Britanniques », rappelle M. Hussein, ajoutant « qu'après l'indépendance en 1967, les différents édifices religieux ont été préservés (...) et les rares non-musulmans ont continué à y célébrer leurs cultes ». Non loin de Sainte-Marie, la façade richement décorée d'un temple hindou témoigne de la forte présence d'une communauté indienne dans la ville. Mais le temple est aujourd'hui fermé et son entrée est obstruée par des briques recouvertes de slogans appelant à l'indépendance du Sud.

 

(Eclairage : Les attentats de Sanaa sont « la réaction des radicaux sunnites face à l’avancée des houthis »)

 

Hantise d'el-Qaëda
À l'église Saint-Antoine dans le quartier de Tawahi, le gardien met du temps à ouvrir la lourde porte de métal qui fait partie d'une enceinte haute de trois mètres isolant l'édifice religieux. Le père Anthony Joseph, le curé indien de cette église anglicane, ne cesse de s'inquiéter de la dégradation de la sécurité. Il finit par admettre qu'une messe hebdomadaire est organisée dans son église, mais refuse, « pour des raisons de sécurité », d'en donner le jour et l'heure, ou de détailler la taille et la composition de sa congrégation. Seuls « quelques ouvriers étrangers, venus notamment d'Afrique, et quelques marins » dont les navires mouillent dans le port fréquentent encore les églises de la ville, selon M. Hussein. « Les communautés religieuses qui cohabitaient dans Aden n'existent presque plus. »

 

(Lire aussi : « La rivalité régionale Riyad-Téhéran complique et amplifie le conflit au Yémen »)


Les deux églises encore ouvertes vivent dans la hantise d'une attaque jihadiste. Des craintes accentuées depuis l'unification du pays en 1990 et l'émergence d'el-Qaëda qui n'a cessé de renforcer son implantation dans le sud et le sud-est du Yémen. La pression des extrémistes ne s'exerce pas seulement sur les églises, mais sur tout ce qui faisait la singularité de Aden, comme son mode de vie libéral, ses lieux de loisir et ses activités culturelles. C'est ainsi que la seule brasserie de Aden a mis la clé sous la porte après l'unification, et que plusieurs théâtres et cinémas ont été fermés. Toutes les femmes ont adopté le niqab, qui dissimule tout le visage sauf les yeux, et les jeunes des deux sexes ne peuvent plus se mêler dans les lieux publics, alors qu'ils pouvaient fréquenter, avant 1990, boîtes de nuit et plages.

 

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