La relance de l'Exécutif selon une nouvelle formule aura nécessité l'intervention des grandes puissances. Un ministre révèle ainsi que de nombreux contacts ont été effectués à ce niveau, notamment avec Washington.
Ce souci de maintenir l'exécutif en marche est le corollaire du souci occidental d'élire un nouveau chef de l'État, motivé par la crainte que la vacance ne se répercute sur la situation des chrétiens au Liban et dans la région, d'une part, et qu'elle ne paralyse l'ensemble des institutions libanaises, d'autre part.
Ce souci affiché par Washington depuis le début de la vacance présidentielle a atteint désormais un degré supérieur et semble près de se concrétiser. Les visiteurs de la capitale US rapportent en effet un intérêt nouveau, plus urgent pour le dossier présidentiel libanais, qui avait été relégué au second plan, le souci de maintenir la stabilité au Liban ayant été jusque-là apaisé.
Des éléments intérieurs, mais surtout extérieurs, liés à l'avancée des négociations sur le nucléaire expliqueraient ce nouvel élan américain.
Certains responsables occidentaux craindraient un ébranlement prochain du statu quo qui avait été maintenu tant bien que mal au Liban. Il y aurait une crainte de l'effondrement de la situation, déjà fragile au Liban, face aux défis accrus liés aux organisations terroristes. Des responsables américains ont reconnu la responsabilité iranienne au niveau du blocage de la présidentielle, après les échecs des tentatives de convaincre le général Michel Aoun de se transformer de candidat en électeur principal. Cet aveu indiquerait la disposition de Washington à se mobiliser pour débloquer la présidentielle. La formule devant débloquer cette échéance est en cours d'examen entre l'Iran et les États-Unis, depuis que l'accord sur le nucléaire a déjà été finalisé, comme l'assurent des responsables américains. Les négociations entre Téhéran et Washington, d'une part, et Téhéran et le groupe 5+1, d'autre part, portent sur les dates de levée des sanctions sur l'Iran et sur l'avenir politique de la région.
Ce point inclut la répartition des rôles et l'instauration d'un nouvel équilibre des forces à travers les différents dossiers politiques régionaux. C'est ce volet des négociations qui fait l'objet de tiraillements, à cause des positions israéliennes et des appréhensions de plusieurs responsables arabes, qui doivent être éventuellement apaisées.
C'est cet enjeu que doit servir par ailleurs une possible rencontre irano-saoudienne, en début de semaine prochaine. L'approbation par Téhéran de l'initiative saoudienne pour une sortie de crise au Yémen préluderait à cette rencontre. Des sources diplomatiques prévoient ainsi un passage à Riyad du chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif, à l'issue de sa réunion avec son homologue américain John Kerry en Suisse et le groupe 5+1 en Belgique lundi prochain.
D'une manière générale, les prises de position iraniennes renvoient des signaux à la fois positifs et négatifs, qui indiquent sa disposition à s'ouvrir sur les pays du Golfe et à négocier la répartition des nouvelles zones d'influence dans la région.
Cet état des lieux rompt avec la position négative à laquelle s'était heurté l'émissaire de l'Élysée Jean-François Girault pour débloquer la présidentielle. Les responsables français étaient intervenus auprès des Iraniens sur ce dossier, en coopération avec Washington et le Vatican, révèle un responsable américain, mais Téhéran avait répondu qu'il n'interviendrait pas sur le dossier de la présidentielle, celui-ci étant strictement libanais, avant de référer ses interlocuteurs à son allié libanais, le Hezbollah.
Alors que l'Iran est désormais disposé à intégrer le nouveau paysage régional, les États-Unis veulent agir vite, notamment sur le dossier libanais, en coupant court à toute tentative possible de modifier l'équation ou la structure politique qui découle de Taëf. Conscients que la parité renforce les chrétiens, les USA considèrent l'élection d'un président de la République comme la garantie de préserver la formule libanaise. Ce dossier sera prioritaire au niveau des négociations qui accompagnent l'accord sur le nucléaire. La contrepartie qui sera donnée à Téhéran ne se trouvera visiblement pas au niveau du dossier libanais, mais dans d'autres États en crise, au niveau desquels la coopération irano-saoudienne constitue un enjeu plus important.
Liban - L’Éclairage
La présidentielle et la parité, deux priorités pour Washington, à la veille de la signature de l’accord sur le nucléaire
OLJ / Par Philippe Abi-Akl, le 14 mars 2015 à 00h47


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19 h 09, le 15 mars 2015