La Cour constitutionnelle allemande a jugé vendredi que les enseignantes ne pouvaient se voir interdire le voile islamique que si cela troublait la bonne marche de l'école, ce qui devrait entraîner une vague de recours devant les tribunaux.
Le port du voile par les enseignantes dans les écoles publiques ne peut être interdit que s'il existe un "danger concret" de remise en cause de la neutralité de l'Etat, ou s'il vient perturber le bon fonctionnement d'un établissement, ont estimé les juges de Karlsruhe.
L'arrêt de la Cour devrait relancer un débat passionné dans un pays qui compte entre 3,8 et 4,3 millions de musulmans (sur 82 millions d'habitants), et qui s'est déroulé jusqu'ici surtout sur le terrain juridique. Depuis 2003 et une première décision de la Cour constitutionnelle, plusieurs Etats régionaux parmi les plus grands et les plus peuplés ont interdit le port du voile pour les institutrices ou professeurs musulmanes dans l'enceinte des établissements scolaires publics.
Mais la Cour constitutionnelle a estimé vendredi qu'"une interdiction générale des manifestations religieuses dans l’apparence extérieure des enseignants et enseignantes dans les écoles publiques n'était pas compatible avec la liberté de croyance" prévue dans la Loi fondamentale (Constitution) de 1949. Elle a également jugé que les valeurs et traditions chrétiennes ne devaient pas être privilégiées, comme c'est le cas dans l'Etat régional de Rhénanie du Nord-Westphalie, la région la plus peuplée d'Allemagne avec Düsseldorf pour capitale.
Le Conseil central des musulmans d'Allemagne, l'une des organisations représentatives de la communauté, a salué cet arrêt de Karlsruhe, y voyant "un signal positif". "Même si ce jugement ne signifie pas une autorisation générale du port du voile, il est très réjouissant", a estimé Nurhan Soykan, secrétaire générale du Conseil.
Les juges avaient été saisis du cas de deux enseignantes musulmanes de nationalité allemande de Rhénanie du Nord-Westphalie. L'une d'elle avait reçu un avertissement de son établissement scolaire car après avoir accepté de ne plus porter le voile, elle s'était présentée dans ses cours avec "un béret rose avec des bords sur les côtés en tricot et un pull colle roulé pour couvrir son cou", selon le jugement. L'autre, chargée de l'enseignement du turc dans plusieurs établissements scolaires, avait été renvoyée par l'Etat régional car elle refusait de retirer son voile.
En Allemagne, le débat autour du port du voile à l'école s'est surtout concentré sur le cas des enseignantes musulmanes, plus que des élèves, comme dans d'autres pays européens comme la France. Il est rendu d'autant plus difficile que l'enseignement est de la compétence des Etats. Ainsi, certains Länder comme la Bavière, le Bade-Wurtemberg ou la Hesse interdisent le port du voile pour les enseignantes. A Berlin, ce sont tous les signes d'appartenance religieuse qui sont interdicts dans la fonction publique. En revanche certaines régions d'ex-RDA (Est), où vivent très peu de musulmans, n'ont pas de législation spécifique. L'Allemagne assiste depuis octobre à une vague de manifestations d'un mouvement islamophobe baptisé Pegida, qui a ses racines à Dresde (Est).
Le port du voile par les enseignantes dans les écoles publiques ne peut être interdit que s'il existe un "danger concret" de remise en cause de la neutralité de l'Etat, ou s'il vient perturber le bon fonctionnement d'un établissement, ont estimé les juges de Karlsruhe.
L'arrêt de la Cour devrait relancer un débat passionné dans un pays qui compte entre 3,8 et 4,3 millions de musulmans (sur 82 millions d'habitants), et qui s'est déroulé jusqu'ici surtout sur le terrain juridique. Depuis 2003 et une première décision de la Cour constitutionnelle, plusieurs Etats régionaux parmi les...


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