Une vue explicite des gradins du terrain de Manara, théâtre de la rencontre opposant La Sagesse au Club sportif... Les spectateurs étaient malheureusement bien impliqués dans les incidents qui ont émaillé cette rencontre...
La saison régulière du championnat du Liban de première division de basket-ball a pris fin dimanche par un spectacle obscène et insoutenable, le pugilat ayant mis aux prises Ali Mahmoud du Club sportif et Terrell Stoglin de La Sagesse étant plus proche d'une rixe entre dealers pour la conquête d'un territoire que d'un match de basket, et pourtant pas n'importe lequel... LE match tant attendu qui mettait aux prises les deux grands favoris du championnat sur le terrain des tenants du titre à Manara.
À qui incombe la faute n'est pas la question ; trop de haine, trop d'antagonisme existent entre ces deux équipes que tout sépare, de la politique à la religion, en passant par les mœurs et le mode de vie... À partir de ces paramètres, et en y ajoutant des supporters qui ne peuvent se voir ou s'entendre sans essayer de s'entre-tuer, tous les ingrédients sont présents pour faire de chaque rencontre opposant le Riyadi à La Sagesse une véritable poudrière prête à s'enflammer et à exploser à la moindre étincelle.
Curieusement, cette étincelle est venue dimanche du parquet du terrain Saëb Salam où se déroulait la rencontre et non des gradins (même si elle a embrasé comme une traînée de poudre les spectateurs qui sont d'ailleurs fin prêts à tout casser pour moins que ça), Ali Mahmoud se déchaînant comme un forcené devant les centaines de spectateurs et les milliers de téléspectateurs sur l'Américain Terrell Stoglin après l'avoir jeté à terre, à 48 secondes du buzzer et alors que le Club sportif se dirigeait tranquillement vers sa 13e victoire en championnat (109-98)...
Un mal profond
L'empoignade entre les deux basketteurs dégénéra en quelques secondes avec l'envahissement du terrain par les supporters du Riyadi qui s'en sont pris à plusieurs joueurs de La Sagesse sous le regard bovin et impuissant des forces de l'ordre.
Qu'importent les raisons qui ont conduit à un tel déchaînement de violence, le mal est beaucoup plus profond et, il faut se rendre à l'évidence, il ne peut être éradiqué d'aucune façon, car il touche à l'essence de cette société libanaise, qui est divisée selon les mêmes critères que les clubs et les supporters des deux camps.
Le passé, même récent, des derbys entre ces deux équipes est là pour nous le prouver. Rarement une finale entre ces deux équipes a pu être menée jusqu'à sa conclusion, rarement aussi une rencontre est arrivée à son terme sans incidents notoires à signaler (en sachant toutefois que la télévision évite parfois de retransmettre les scènes « chaudes », comme elle entreprend soigneusement d'éteindre les micros pour éviter aux téléspectateurs d'entendre les invectives et injures que les pseudo-supporters des deux camps s'échangent)...
Bon maintenant, comme les chaînes de télévision ont elles-mêmes un penchant (voire plus que ça) pour un certain courant politique et confessionnel, elles se font un plaisir de garder l'antenne et continuer ainsi la retransmission directe des événements selon l'équipe qui est plus impliquée dans lesdits événements...
On arrête tout
La question qui se pose, après tous ces incidents qui surviennent à répétition, est pourquoi cet acharnement aveugle à maintenir un championnat qui n'intéresse plus grand monde hormis les quelques meutes d'excités qui se rendent sur le terrain comme on irait à une ligne de démarcation ? Pourquoi la fédération ne punit-elle pas sévèrement les clubs et les joueurs impliqués ? Pourquoi les forces de l'ordre, si prompts à arrêter tout ce qui bouge, ne prennent-ils pas les mesures adéquates ? Pourquoi les députés ne votent-ils pas au Parlement une loi interdisant tout bonnement la tenue du championnat ?
Pourquoi les publicitaires ne boycottent-ils pas ce sport, privant ainsi les clubs et la télévision de leur principale source de financement ?
La seule réponse plausible, mais qui fait néanmoins froid dans le dos, est que tous sont coupables, tous sont complices, tous profitent d'une façon ou d'une autre de cette violence et cette haine gratuites qui viennent jeter de l'huile chaude pour alimenter le feu brûlant entre les religions et les confessions...
Tout le monde ? Non, car il existe désormais un petit groupe d'irréductibles Libanais qui ose se soulever contre cet envahisseur, ce mal perfide qui avance masqué, et qui ne veut plus être complice de cette mascarade qui n'a que trop duré...
Dorénavant, on a le regret (le plaisir plutôt) de ne plus publier dans ces colonnes les nouvelles du championnat de basket libanais, ni même de retranscrire les résultats. Jusqu'à nouvel ordre. Jusqu'au prochain clash. Qui interviendra lors de la prochaine rencontre opposant le Riyadi à La Sagesse, et même avant si les circonstances s'y prêtent.
Parce que la mascarade continue et qu'elle n'est pas près de s'arrêter.


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