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Liban

Je m’appelle Liban : grandeur, décadence... mais espoir toujours

Confidences

À chaque année nouvelle, on formule des vœux pour un avenir meilleur. Écoutons parler ce petit pays de 10 452 km² au destin hors du commun.

Nelly HÉLOU | OLJ
19/02/2015

Je m'appelle Liban et je ne suis pas né d'hier. Habité depuis l'aube des temps, mon nom figure à maintes reprises dans la Bible comme «terre de lait et de miel». À partir du IIe millénaire av. J.-C. mes fils, les Phéniciens, fondèrent l'une des premières grandes civilisations qui domina une partie de la Méditerranée. Ils créèrent des cités-États indépendantes, dont Byblos, considérée comme la plus ancienne ville en pierre, connue de l'humanité. On leur doit l'invention du premier véritable alphabet. J'ai toujours attiré les grands conquérants du monde en raison de mes abondantes ressources naturelles, des ports abrités qui jalonnent ma côte et des possibilités défensives qu'offrent mes hauts sommets. Mon histoire fut une véritable odyssée, et ma terre devint un creuset de cultures et de civilisations. Mais aucun conquérant n'a réussi à s'approprier mon territoire tel qu'en témoignent les stèles de Nahr el-Kalb. En 1516, sous la domination ottomane, la montagne libanaise acquiert un statut inédit au P-O., se constituant en une entité juridico-politique: «l'émirat du Mont-Liban» (voir Hyam Mallat Le Liban, émergence de la Liberté et de la Démocratie au Proche-Orient). Une particularité qui se reconfirme avec la Moutassarifiya (1861-1915) du Petit Liban autonome ayant Baabda pour capitale. Mon vivre ensemble se consolide avec le pacte national de 1943.

Du mandat à l'Indépendance
À la fin de la Première Guerre mondiale et du démantèlement de l'Empire ottoman, un nouveau destin se dessine pour moi. Le 27 octobre 1919, le patriarche maronite Youssef Hoyek, appuyé par les chefs religieux des différentes confessions du pays, remet à l'assemblée générale de la Conférence de la paix à Paris un mémorandum réclamant l'indépendance du Liban dans ses frontières historiques. Le 1er septembre 1920, le gouverneur français, Henri Gouraud, proclame à Beyrouth «l'État du Grand Liban», placé sous mandat français.
L'édification du Liban moderne est entamée. Le 22 novembre 1943, je reçois un beau cadeau. Grâce au combat politique et pacifique de mes fils, je suis reconnu par la communauté internationale comme État libre, indépendant et souverain, mon drapeau avec l'emblématique cèdre flotte sur les institutions, ma Constitution rédigée en 1926 régit la vie nationale et un pacte consensuel confirme le vivre en commun de mes concitoyens de toutes confessions. Je regarde autour de moi: dans Beyrouth, ma capitale, une marée humaine, formée de toutes communautés, régions et options politiques, clame sa joie. Je suis heureux et confiant: un avenir radieux s'annonce pour moi... J'ai un beau pays, des montagnes vertes, des plaines fertiles, une côte du nord au sud ouverte sur le monde et des compétences à tous les niveaux.

Triste décadence
Je m'appelle Liban. Nous sommes le 22 novembre 2014. Mon cœur saigne. Je regarde vers le palais présidentiel de Baabda, il est vide, je me tourne vers le Parlement et retrouve les mêmes visages. Les problèmes politiques et socio-économiques s'acculement, les cerveaux émigrent....
Mes 71 années d'indépendance ont été ponctuées de belles réalisations en tout domaine, économique, social, culturel, et j'en suis fier. Mais hélas, il y eut par la suite des années marquées par des guerres, des convoitises, des courants destructeurs. Le voisinage d'Israël et de la Syrie et leurs ambitions machiavéliques, la conjoncture régionale, les Palestiniens qui veulent le Liban comme patrie de rechange, le jeu des nations, la montée des courants politiques et religieux radicaux, fondamentalistes et extrémistes ont joué en ma défaveur. Mais au-delà, comment occulter la responsabilité de mes enfants? Le pays était vert, il est bétonné et ses montagnes déboisées, rongées par les carrières. La pénurie d'électricité persiste, l'eau, notre or noir, se perd dans la mer, la découverte de pétrole et de gaz au large de mes côtes est convoitée par ceux qui ne pensent qu'à se remplir les poches, la dette publique s'accumule, la politique politicienne, les
allégeances à l'extérieur, le partage du gâteau, la corruption, l'appât du gain, le clientélisme, le fanatisme religieux... Tous ces maux ont progressivement anéanti mes rêves.

Croire en l'avenir
Mais en cette nouvelle année 2015, je refuse de me laisser porter par le désespoir, la crainte du lendemain, je refuse d'admettre que les opportunistes, les gens sans foi ni loi, les mafieux, les criminels, les fondamentalistes et intégristes religieux puissent gâcher la marche progressive du pays du Cèdre. Car je sais que sur ma terre il y a un peuple qui veut vivre en paix. Il y a une majorité de gens honnêtes qui veulent gagner leur pain à la sueur de leur front, donner la meilleure éducation à leurs enfants, faire fructifier la terre bénie des dieux, relancer l'économie, l'industrie, le tourisme, préserver mes ressources et richesses naturelles. Il y a tous ces bien-pensants, ces intellectuels et particulièrement tous ces jeunes sur qui je fonde plein d'espoir pour un meilleur avenir. Et cette société civile, ces ONG sans lesquelles je n'aurais pu survivre aux épreuves de la guerre. Je suis fier de mes fils dont les noms brillent au Liban et à l'étranger, reçoivent des prix prestigieux en tout domaine. Fier des Libanais de la diaspora qui font la une de l'actualité dans des secteurs allant de la recherche scientifique à la médecine, en passant par l'architecture, la littérature, l'art... Par leur intégration et leurs apports aux pays d'accueil devenus leur seconde patrie, ils occupent une place de choix. Je compte sur leur précieuse collaboration pour relancer notre économie.
Je tourne vers l'avenir un regard confiant dans l'espoir que le palais de Baabda trouvera au plus tôt un locataire digne de mener la barque, que de nouveaux députés siégeront place de l'Étoile, que la décentralisation administrative soit adoptée... J'espère voir mon armée, ses vaillants soldats et les organismes de sécurité prendre seuls la responsabilité de défendre mes frontières, mon intégrité territoriale, ma pleine souveraineté et la sécurité. Oui, tout est possible car mes enfants ont les compétences voulues.
Je m'appelle Liban et j'aspire à accéder à un statut de neutralité positive qui puisse me protéger des ingérences extérieures. Au respect du pacte consensuel de 1943 qui a fait du Liban un modèle unique au monde, qualifié par Jean-Paul II de «pays message», et qui aujourd'hui, avec tous les bouleversements dramatiques dans le monde, peut servir d'exemple à tous. Mes fils doivent préserver cet héritage, qui est à l'opposé des dictatures et théocraties, et exprimer haut et fort leur attachement ancestral aux valeurs démocratiques et aux libertés. Je voudrais voir le pays appartenir aux Libanais alors qu'ils sont en passe de devenir minoritaires sur mes 10 452 km². Je voudrais voir renaître cette classe moyenne qui a fait ma force, ma prospérité, ma particularité. Je demande à cette majorité dite silencieuse de réagir, de s'affirmer pour vaincre le mal par le bien. Les défis à relever sont multiples, mais j'ai confiance en mes fils. Je m'appelle Liban et je recherche le beau, le noble. «Seule la beauté peut sauver le monde», affirmait Dostoïevski.

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Le regret que lui laisserait le décès de ce patelin, la volonté d’exhaler ses vertus, les injustices et les violences dont il a été l’objet ici dans ces lieux d’éloignement si orientaux ; ajoutons son désir de montrer à ces Libanais(h) la voie sacrée et de les inciter à plus de sagesse en éclairant un tant soit peu leur chemin cabossé si pas crevassé, yâ waïyléééh ; furent autant de raisons qui déterminèrent ce Grand-Liban si solennel et si fier à consacrer les presque 100 années de sa survie à cette œuvre éhhh surhumaine, qui est celle d’assurer ne fut-ce qu’un soupçon d’avenir flamboyant à ces typiques montagnards ou citadins libanais(h) si Campagnardisés, yâ hassértéhhh ! Flamboyant dans le sens sacré, mais également volontariste pour la valeur des concepts surtout moraux sur lesquels cet avenir devra s’appuyer ; et par l’élévation d’une mentalité ou d’une praxis toujours servies par un comportement élevé qui ne sera jamais, oh non jamais, ici surpassé ! D’autres périodes avant la sienne, du même style, avaient tenté de suivre des voies presque similaires ; certainement elles eurent maybe(h) de l’influence sur lui, mais par la richesse et l’étendue de ses œuvres, il les laisse loin derrière lui : Suis ton chemin et laisse dire, fier et solennel Grand-Pays, c'est tout à ton honneur, car ainsi va la vie ici dans cette si orientale et si levantine contrée !

Abdallah Nelly

Merci chère Nelly
Ton cri du coeur nous rappelle qu'il ne faut jamais perdre espoir ! Que le Liban garde des ressources insoupconnées pour rebondir et faire face à tous les défis.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

MÊME L'ESPOIR EST L'OTAGE DES BOYCOTTEURS ET DE LEUR PARAVENT !!!

Atallah Simone

C'est beau, émouvant, un peu triste... Sweet and sour. Espérons que vous serez entendue.

FAHD Albert

UN Grand Merci pour votre Article et si nos politiciens pensaient un dixieme de votre Idee nous aurions put voir renaitre notre si beau Pays le L I B A N
En FRANCAIS on dit l Espoir fait Vivre
Un Fils d Emigre Albert FAHD

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