Jusqu’à 5 000 civils sont toujours bloqués dans Debaltseve sans eau ni nourriture, selon la mairie de la ville. Une adjointe au maire, déjà évacuée, a déclaré recevoir des appels de détresse des habitants restés sur place. Andrey Borodulin/AFP
Les autorités ukrainiennes ont demandé hier à l'Occident d'infliger une réponse « sévère » à l'égard de Moscou après l'entrée des rebelles prorusses dans la ville stratégique de Debaltseve, dont ils occupent une partie au prix de violents combats, a rapporté l'AFP.
À l'occasion d'un entretien téléphonique avec la chancelière allemande Angela Merkel, le président ukrainien Petro Porochenko a dénoncé une « attaque cynique contre les accords de Minsk » et le cessez-le-feu censé être en vigueur depuis dimanche, selon un communiqué diffusé par ses services. M. Porochenko, qui devait s'entretenir dans la nuit avec le président américain Barack Obama, a par ailleurs exhorté le Conseil de sécurité de l'Onu à « ne pas permettre » l'éclatement d'un conflit « de grande envergure » aux portes de l'Union européenne.
Ce dernier, réuni hier, a aussitôt appelé, dans une déclaration unanime, les belligérants dans l'est de l'Ukraine « à cesser immédiatement les hostilités ». Les 15 pays membres, y compris la Russie, leur ont aussi demandé de « respecter les accords conclus à Minsk, notamment en facilitant l'accès pour les observateurs de l'OSCE », chargés de surveiller l'application de ces accords, et ont invité les belligérants à « traiter avec humanité les individus qu'ils détiennent ». Le Conseil a également adopté séparément en séance publique, de manière unanime aussi, une résolution d'inspiration russe appelant à « appliquer pleinement » les accords de Minsk, en particulier le cessez-le-feu.
Poutine : Pas de « solution militaire »
De son côté, l'Union européenne a une nouvelle fois appelé au retrait immédiat des pièces d'artillerie, comme prévu dans l'accord de cessez-le-feu. En outre, Bruxelles a lui aussi demandé aux belligérants de « cesser toute opération militaire ». Mais « les développements ne sont pas encourageants », a reconnu le chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, refusant toutefois de parler d'un « échec » total des accords de paix. « Les Russes et les séparatistes savent très bien que non seulement l'Europe, mais toute la communauté internationale s'attendent à l'application des accords » de Minsk, a-t-elle ajouté.
Un peu plus tôt en soirée, le président russe Vladimir Poutine avait déclaré : « J'espère que les autorités ukrainiennes ne vont pas empêcher les soldats ukrainiens de déposer leurs armes » ou les poursuivre en justice pour cette raison, affirmant qu'il n'y avait pas de « solution militaire » au conflit en Ukraine.
Car, pour la première fois, l'armée ukrainienne a reconnu hier soir que les séparatistes étaient entrés dans Debaltseve, une ville stratégique pour le contrôle de l'est du pays, qui était ces dernières semaines le point le plus chaud de la ligne de front. Des combats acharnés se poursuivaient dans la nuit, l'armée admettant que certaines de ses unités étaient encerclées. Le ministère ukrainien de la Défense a même annoncé que des soldats de la 101e brigade et du 8e régiment avaient été capturés, sans toutefois préciser le nombre de ces prisonniers ni la date précise de leur capture. Les séparatistes revendiquent le contrôle de 80 % de la ville. Kiev assurant pour sa part qu'une « partie » seulement de Debaltseve échappe à son autorité. « Ces prochains jours, voire aujourd'hui, Debaltseve sera nettoyée » par les séparatistes, a soutenu le responsable militaire rebelle, Vladimir Kononov.
Selon un porte-parole militaire ukrainien, Andriï Lyssenko, les leaders séparatistes n'ont pas encore donné l'ordre à leurs hommes de cesser le feu pour cause « d'absence de communication » avec ces derniers et « leur refus d'obéir ». Les séparatistes exercent également une pression psychologique sur les soldats ukrainiens, en leur envoyant une avalanche de textos les appelant à se rendre. « Les généraux vous ont trahis », indique par exemple un de ces messages.
Des milliers de civils avaient fui ces dernières semaines Debaltseve, mais jusqu'à 5 000 personnes y sont toujours bloquées sans eau ni nourriture, selon la mairie de la ville. Une adjointe au maire déjà évacuée, Tetiana Ogdanska, a déclaré recevoir des appels de détresse des habitants restés sur place. « Il y a beaucoup de civils blessés dans le sous-sol où ils se cachent, et la seule infirmière sur place ne peut pas les aider tous », a affirmé Mme Ogdanska, citant le témoignage d'une collègue jointe au téléphone.

