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Nos lecteurs ont la parole - Jacques Beauchard

I - Chaos millénariste et double ennemi : un nouvel enjeu stratégique

À travers le terrorisme jihadiste, le chaos du Moyen-Orient nous menace.
La France et l'Europe repensent les bases des politiques sécuritaires. Le 11 janvier 2015, face aux assassinats, le soulèvement national le plus important depuis la Libération dresse la puissance sociale et l'unité politique comme opposition radicale à la violence terroriste. Une nouvelle conscience collective a pris corps. Reste à reprendre sans cesse la compréhension des faits et une nouvelle stratégie.
Les combattants « martyrs » d'el-Qaëda Yemen tuèrent au nom de Dieu, tout en offrant leur vie comme entrée dans l'éternité. Hautement individuels, ces sacrifices humains relèvent du passage par le chaos et la mort comme affirmation du sacré et d'un universalisme catastrophique qui prend racine au Proche-Orient. On a dit qu'il s'agissait de fous ou encore de loups solitaires voire de jihadistes de banlieue, en fait ce sont des guerriers engagés dans une lutte contre la mécréance (kafir) au prix de leur vie ; ils se considèrent comme les fils spirituels d'un mouvement mondial. Ce ne sont pas des politiques, mais des soldats souverains qui font de l'autre un ennemi, qui lui-même se dédouble entre le frère ennemi et l'agent d'un symbole à abattre. Pour eux, l'ennemi de l'ennemi est aussi un ennemi. Leur combat ne laisse place à aucune dissidence ou opposition, la parole s'est effacée au profit de l'arme. Ils ont fait grandir en eux la vision d'un monde perverti qu'il faut détruire ; ils ont fait du passage par la mort leur salut. Le foyer de cette cristallisation religieuse s'est produit dans la tourmente des violences syriennes avant d'essaimer en Irak. Sous l'effet de la répression et des combats, entre millénarisme et double ennemi, une dynamique conflictuelle singulière s'est répandue : elle porte en elle le terrorisme des martyrs. C'est ce que nous expliquons ici.

La dynamique du chaos
La destruction des États et des villes par la rébellion jihadiste illustre la toute-puissance d'un ordre sacré qui ne repose pas d'abord sur un projet politique mais sur un passage à l'acte : ce sont les conséquences qui gouvernent l'action. Ainsi, la matrice de l'effondrement de la résilience n'est autre que le régime syrien qui, depuis 50 ans, prend pour criminel tout opposant et réprime aujourd'hui en bombardant systématiquement les populations civiles. Dans le magazine Moyen-Orient n° 22 (avril 2014) nous avons déjà décrit la perversion du politique qui tire puissance de la destruction de la société. L'exercice du pouvoir conduisit par élimination à faire disparaître toute opposition modérée. Depuis 2011, par étapes successives, le régime et ses alliés, Hezbollah et pasdarans iraniens, ont exaspéré l'extrémisme islamique : l'ennemi terroriste est devenu dominant, ce qui légitimait le pire. C'est là l'œil du cyclone. L'Égypte, souvent citée comme cœur de l'arabité et du despotisme, n'engendre pas un pareil engagement suicidaire1. À la différence de l'Égypte, totalement polarisée par la violence, la société syrienne éclate en libérant la recherche de la puissance à travers la rivalité sans fin des ennemis ; la fission à l'œuvre s'est étendue à l'Irak et se propage dans les réseaux islamiques. Elle implique de plus en plus l'affrontement entre Israël et la Palestine, et se répand en Afrique. Ainsi, le chaos caractéristique du Moyen-Orient résulte d'une dynamique conflictuelle complexe et contagieuse qui, du plan local au plan régional, fait apparaître des triades polémogènes : chacun a pour ennemi l'autre et son contraire, tous partagent une inimitié radicale qui exclut a priori toute négociation. Mais il faut ici revenir sur le renversement des
rapports de force traditionnels sur lesquels se fonde notre compréhension des faits.
La figure classique du conflit, sur laquelle se construisent les politiques actuelles, est bipolaire ; l'ennemi de l'ennemi est un ami : ce qui permet des coalitions. Or, dans le cas du M-O, le raisonnement stratégique habituel se trouve distordu par la réalité du double ennemi : toute intervention militaire étrangère contre l'un ou l'autre apparaît alliée à l'un ou l'autre alors que celui-ci demeure un ennemi.
La résolution 2 170 du Conseil de sécurité du 15/08/2014, prise à l'unanimité, désigne el-Qaëda et l'État islamique (EI) comme l'ennemi commun. Pour la première fois, une grande coalition s'esquisse qui implique dans le même camp l'Iran, les USA et la Syrie de Bachar el-Assad. Ce qui a immédiatement entraîné Obama, comme Hollande, à réaffirmer leur hostilité vis-à-vis du régime syrien et de ses crimes. Pour les deux présidents, l'intervention militaire ne saurait apparaître comme un soutien de Damas. On notera que les forces saoudienne, émiraties, qatarie, jordanienne et bahreïnie se sont engagées tout en tenant à l'écart les forces syriennes et iraniennes qu'elles combattent.
La réalité du double ennemi décrite dans M.-O.n° 22 d'avril dernier s'en trouve réaffirmée. Obama, dans sa déclaration du 10/09/14, confirme qu'il poursuivra l'EI en Syrie sans pour autant coopérer avec le régime. Pour ne pas apparaître aux côtés de Bachar el-Assad, et pour l'instant la France s'interdit d'intervenir contre l'EI en Syrie.
L'ennemi de l'ennemi reste un ennemi ce qui, ici, bloque a priori toute entente entre ceux qui rejettent Damas et ceux qui le soutiennent. Entre eux et a priori, toute coopération demeure impossible. À ceci près, que sur le terrain irakien les engagements iraniens apparaissent bien complémentaires au combat américain, alors que Téhéran a tout d'abord déploré l'intervention de la coalition en Syrie comme un viol de la souveraineté syrienne. Au Congrès, faucons républicains et démocrates considèrent toujours l'Iran comme l'ennemi public numéro un. Cependant, après avoir dénoncé toute intervention à Rakka sans son accord, Assad ne s'est pas opposé aux premiers bombardements : il ne pouvait apparaître comme l'allié du calife Ibrahim, le chef suprême de l'EI, qui se positionne comme son ennemi. En fait, la construction de la coalition engendrée par la Résolution 2 170 bute sur la reconnaissance du régime syrien jugé lui-même terroriste.
Dans les jours qui ont suivi la résolution soutenue par la Russie et l'Iran, l'aviation syrienne bombarde Rakka et se trouve engagée contre l'EI. Dès lors et suivant la résolution 2 170, Lavrov (Russie), Zarif (Iran) et Mouallem (Syrie) soulignent l'importance de leur coopération quant à la lutte antiterroriste : ce qui à leurs yeux légitime rétrospectivement le bien-fondé de l'engagement syrien qui, dès 2011, se justifiait, en dénonçant le soulèvement populaire comme terroriste. En cohérence avec la résolution 2 170, ils défendent un ennemi unique et dénoncent le « double ennemi » comme un double jeu. Ce qui réhabilite le régime syrien et rend nécessaire, selon eux, son intégration dans la coalition. Abdel Fattah al-Sissi, le président de l'Égypte qui accuse les Frères musulmans de terrorisme, se tient à l'écart de la coalition américaine tout en se rapprochant du régime syrien et des Russes. La Turquie et le Qatar voient leurs relations internationales piégées par un double ennemi.
Au-delà de l'évidence du piège, nous devons observer l'aberration du rapport ami/ennemi : a priori, toute politique est déstabilisée, voire bloquée. Coup par coup, double jeu, jeux tournants et alliances contradictoires s'imposent : la tactique l'emporte sur la stratégie. La détresse du politique que nous avons décrite s'en trouve accentuée. En Syrie, aucune recherche du compromis n'est possible, seule la quête de la puissance polarise toute action. L'EI met en scène le pire, tels les exécutions de masse, l'égorgement, la vente des femmes, la mise en esclavage, le nettoyage ethnique, ce qui dans l'horreur concurrence la destruction systématique des villes rebelles par le régime syrien ; lequel a jeté sur les routes la moitié de la population, suscité 3 millions de réfugiés et causé 200 000 morts.
En Syrie, dès les premières manifestations pacifistes et face à la répression du régime, on observe la puissance du sacrifice à l'œuvre, non tout d'abord comme acte politique mais comme manifestation de la foi. Dans l'article « Printemps arabe : la violence et le sacré » (revue Grotius International cf. www.grotius.fr 2012), nous avons montré l'impact de la crise sacrificielle provoquée par le chahid : le martyr musulman se distinguant du martyr chrétien, tant par le don de sa vie, le musulman met en contact l'ici-bas avec l'au-delà, suivant une toute puissance qui fait de l'ennemi un damné.
Le domaine du politique est exclu alors que tout s'inscrit dans l'oumma. Un ordre divin s'impose à l'ordre terrestre identifié à une communion. Ainsi de part et d'autre aucun contact ne fut possible tandis que la fracture entre les camps ne cessa de s'accroître pour le pire : le pire tenant lieu de politique ou du moins de maintenance de la puissance.

(À suivre)

Jacques BEAUCHARD

(1) Rougier Bernard/ Lacroix Stéphane, L'Égypte en révolutions, PUF Paris 2015.

À travers le terrorisme jihadiste, le chaos du Moyen-Orient nous menace.La France et l'Europe repensent les bases des politiques sécuritaires. Le 11 janvier 2015, face aux assassinats, le soulèvement national le plus important depuis la Libération dresse la puissance sociale et l'unité politique comme opposition radicale à la violence terroriste. Une nouvelle conscience collective a pris corps. Reste à reprendre sans cesse la compréhension des faits et une nouvelle stratégie.Les combattants « martyrs » d'el-Qaëda Yemen tuèrent au nom de Dieu, tout en offrant leur vie comme entrée dans l'éternité. Hautement individuels, ces sacrifices humains relèvent du passage par le chaos et la mort comme affirmation du sacré et d'un universalisme catastrophique qui prend racine au Proche-Orient. On a dit qu'il s'agissait de fous ou...
commentaires (3)

CORRECTION ! MERCI : ".... débordent de leur Reste de subconscient bââSSyrianique, c’est l’aspect sûr bête et irrationnel de leur conduite qui a et qui toujours sidèrera."

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

13 h 16, le 18 février 2015

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Commentaires (3)

  • CORRECTION ! MERCI : ".... débordent de leur Reste de subconscient bââSSyrianique, c’est l’aspect sûr bête et irrationnel de leur conduite qui a et qui toujours sidèrera."

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    13 h 16, le 18 février 2015

  • RÊVE(S)... ET... DIVAGATION(S) ! ON S'IMAGINE ET ON CRÉE DES RAISONS ET DES CAUSES À LA BESTIALITÉ LA PLUS ABJECTE !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    11 h 30, le 18 février 2015

  • Imaginons cette sale sphère bääSSyrienne ; si c’est encore permis. Ainsi, cette clique älaouïtique ne peut qu’être du doigt pointée. Elle sait maintenant, que la Justice va l’atteindre finalement. Révulsée, maudira cette époque satanée, errera et tentera sûrement de s’enfuir n’osant même pas l’asile demander ; ni même son crime énoncer ; tant elle craint confusément qu’on lui reproche d’avoir attenté à 1 très importante autre sphère, sunnite, de beaucoup plus grande qu’elle ! Ce qui est arrivé, n’est-il pas perçu comme étant de sa faute ? Et de nature à justifier qu’elle perde son rôle, very horrible au demeurant ! Finalement, on risque fort de l’emballer dans un drap pour la sortir subrepticement de sa mouise ; un drap blanc, comme un linceul quoi ! On s’en souviendra longtemps encore, de leurs visages qui passent et repassent en boucle dans leurs boîtes nouSSaïrîes à images. Faciès de glaise, comme tuméfiés, se dégradant en gros plan. Les cernes s’accusant. La bouche se défaisant. Les yeux furetant, sans qu’ils arrivent à les poser sur un quelqu’un dorénavant ! Leurs antécédents les coulant. Ils sont coupables, puisqu’ils sont de tout…. capables ; et c’est ça leur drame, et c’est le pire ! Au mieux, ils intriguent encore quand même. Car, tout de même, on a beau évoquer les pulsions des "identités meurtrières" et nombre de ces catharsis qui, parfois, débordent de leur subconscient bââSSyrianique, c’est l’aspect sûr irrationnel de leur conduite qui a et qui toujours sidèrera.

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    07 h 41, le 18 février 2015

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