Les récents événements récurrents, un peu partout dans le monde, ont révélé encore une fois, si besoin est, la différence entre l'homme oriental et l'homme occidental. C'est une différence culturelle, liée à une structure économique et sociétale.
L'homme oriental, issu d'une société encore agraire, conserve une structure patriarcale et pyramidale, basée sur la famille, la religion, la collectivité, la séparation des sexes et la verticalité. L'homme occidental, issu d'une société industrialisée et post-industrielle, a adopté une structure démocratique, basée sur l'individu, les droits de l'homme, l'égalité des sexes, l'horizontalité. Chacun des deux types de société présente à la fois des avantages et des inconvénients.
La société orientale (patriarcale) insère l'individu dans une communauté qui l'encadre, mais peut l'étouffer, l'exclure ou le punir, en cas de marginalité. Le père est plutôt castrateur et autoritaire et porte la Loi ou le Livre. La mère peut acquérir une certaine puissance, en donnant la vie. Le lien social est primordial et les événements majeurs de naissance et de mort sont vécus collectivement. Il n'y a pas de véritable séparation, entre la vie publique et la vie privée. Toutefois on aurait tort de croire que ce type de société ne fait que brimer l'individu. Il prétend le protéger au sein du groupe, quitte à le sacrifier ou à le sauver en cas de besoin. Les générations sont liées par la transmission. La responsabilité entre elles est réciproque et réversible. Les parents protègent leurs enfants, qui se chargeront d'eux en retour, le moment venu. Le groupe établit une figure tutélaire, à laquelle il se réfère et évolue, sous forme de communauté, de clan, de tribu, où les rôles sont distribués, parfois consentis, mais souvent imposés. La lutte entre le père et le fils, l'oncle et le neveu, le frère aîné et le frère cadet, et en général les membres masculins d'un même groupe, peut revêtir l'aspect d'une rivalité, comme celui d'un dévouement, voire d'une dévotion ou d'une piété. Les femmes détiennent un pouvoir à part, lié à l'influence qu'elles peuvent avoir, en tant qu'épouses, qu'amantes ou que mères. La répartition des tâches fait que le monde intérieur (foyer) et le monde extérieur (société) sont distincts. En le plaçant dans une catégorie et en lui donnant une place définie dès la naissance, le groupe préserve un certain ordre établi des choses quasi définitif et qui n'est bouleversé que par la mort. Ce code culturel présente des inconvénients majeurs mais également des garanties non négligeables. En en dénonçant les vices, on en perd également les vertus.
La société occidentale (démocratique), repose, elle, sur l'individu et lui accorde une reconnaissance individuelle et une plus grande marge de manœuvre et de mobilité. Certes, dès le départ, elle le pousse à être autonome et à revendiquer son indépendance mais peut favoriser un certain individualisme et un certain isolement. Selon le cas, cet individu peut rapidement évoluer et conquérir son espace mais s'il n'y parvient pas, il pourrait se retrouver au ban de la société, fragile ou démuni. L'État, certes, est théoriquement censé le prendre en charge mais l'État est une structure rationnelle et abstraite, une organisation neutre, sans états d'âme. L'individu jouit, certes, de libertés individuelles mais en cas d'accident, le groupe ne l'identifie pas, ne le reconnaît pas et peut même se détourner de lui. Ce type de société ne privilégie pas l'affectif mais le rationnel. Le pulsionnel est organisé, voire condamné. Les choses primaires de la vie sont niées car la nature de l'homme doit être domestiquée. L'instinct de domination réapparaît, sous forme économique.
Aucune de ces deux sociétés n'est idéale et il y a un prix parfois fort à payer, tant dans la société patriarcale que dans la société démocratique. La première peut vous étouffer et la seconde vous isoler.
À force de développer les libertés individuelles, on peut briser le lien d'appartenance au groupe et aboutir à des situations de désordre et de chaos. À force de développer les libertés collectives, on peut bloquer l'individu et aboutir à des dictatures féroces et sanguinaires.
C'est cette négociation permanente entre l'appartenance vitale au groupe et les libertés individuelles indispensables qu'il faudrait sans cesse tenter de réussir pour ne pas sombrer, dans un sens comme dans l'autre, dans une société inhumaine. Nous ne pouvons pas donner libre cours à nos pulsions et à nos émotions mais nous ne parviendrons jamais à tout rationaliser. Tout en étant universels, nous devons nous insérer dans des cultures spécifiques qui nous structurent. Ce qui peut être naturel et normatif dans une société peut paraître choquant et transgressif dans une autre. Nous sommes élevés dans un code culturel qui aménage nos besoins et les réglemente. L'essentiel, c'est de conserver une relative adaptation à l'environnement immédiat dans lequel nous évoluons, mais dans une société mondialisée et largement virtuelle, on a des difficultés à remettre les frontières du réel. Entre conservatisme et progressisme, il faut mesurer son action, pour ne pas définitivement être livré à l'aventurisme ou à l'enfermement.
Nos lecteurs ont la parole - Bahjat Rizk
Homo orientalis, Homo occidentalis
OLJ / le 04 février 2015 à 00h00


Très belle réflexion qui montre les difficultés que rencontre la gente humaine dans un monde en constante évolution. Bien sur nous restons confiants que l'intelligence humaine finira par trouver l’équilibre idéal entre les sociétés a structure patriarcale et les celles régis par une relative démocratie.
11 h 47, le 04 février 2015