Le message du Liban ne communique pas un passé statique mais un futur dynamique, à construire ensemble dans la sensibilité, la pensée, la volonté et l'action. C'est le devoir de bonheur accordé à nous-mêmes et à nos enfants. Être à ce moment grandement homme et non superficiellement homme pour accéder à l'humanité intérieure plutôt que de rester à la porte de l'humanité extérieure (voir L'Orient-Le Jour du vendredi 30 janvier 2015).
L'humanité intérieure, libérée donne son sens à la vie, et cette prise de conscience est unique puisqu'elle peut tout changer. Grâce à cette perspective, une nouvelle dimension de la vie, comme de soi-même, devient possible : la découverte de la profondeur du monde exprimée par l'amour de ce monde et de ses créatures, basé sur ce lien intime, transcendant avec Le Créateur, médiateur et régulateur des désirs mimétiques saccageurs. Tel est le message du Liban, tel est le message de tout peuple digne, tel devrait être le message de tout citoyen et de tout être sur terre. On peut vivre sans cette « société intérieure », mais combien moins bien et avec de fréquentes rechutes. La vie intérieure change tout. Elle favorise le respect en portant sur les êtres et la vie un regard chargé d'attention créatrice de sens. D'où la notion du devoir, cette contrainte libératrice allant dans le sens de nos plus profonds désirs humains. Notre devoir est le choix du « nous », le choix de l'amour et du bonheur pour soi et les autres, voilà un projet de société qui vaut la peine d'être vécu. Voilà ce qu'on est appelé à vivre mais qui se situe encore au stade du balbutiement timide et maladroit, faute de lucidité, de courage, de confiance...
Quand l'intériorité est investie, les institutions, religions et morales viendraient nécessairement des profondeurs de l'individu, toujours alerte. Quand chacun va au plus profond de lui-même, il se retrouve et trouve tous les autres. Abêtir la personne humaine par de grands systèmes impersonnels, radicalisés et endoctrinés n'est qu'un moyen d'arriver à l'anti-message d'ouverture, d'harmonie et de paix préconisé. C'est un grand mensonge qui va à l'encontre de la profonde humanité. Mais pour arriver à un réel progrès de la conscience humaine, une éducation plus appropriée serait à envisager. Cultiver, aider à grandir et à s'ouvrir par et pour le dialogue et l'amour, ne pas s'arrêter à l'étape du moulage éducatif et de la course à « l'avoir », mais aller plus loin, vers la réalisation de l'être, à travers un esprit critique et une éthique personnelle. De cette façon, le sujet dynamiserait le monde qui dépendra de lui et non l'inverse, afin de libérer la quantité de possibles imprévisibles et insoupçonnés. C'est le génie de l'humanité ; cultiver les hommes et l'existence pour faire surgir de la création. Création nouvelle du monde.
L'éducation à partir de bases nouvelles serait donc la clé du développement humain dans l'avenir et le meilleur investissement qu'une nation puisse faire pour assurer la cohésion de son peuple. Elle devra passer par le savoir et la raison, mais aussi par le savoir-être, la sensibilité supérieure et la contemplation ; toucher le sens du beau universel qui élève et spiritualise le monde en révélant l'harmonie entre les sujets et la beauté intrinsèque de la vie, par les valeurs universelles de l'être et leur expression cohérente. À son tour, cette profondeur humaine devrait être vécue et manifestée à travers l'expression de cette beauté dans le monde, par un savoir-être et un savoir-faire unifiant la pensée, le cœur et les comportements. Une éducation qui préparerait à l'envol et au chemin ascendant de l'humanité.
Ce soir-là, avec les copines, nous avons voulu explorer ce chemin, au fond de nous-mêmes, par une réflexion sur ce que voulaient dire ces mots, si souvent prononcés et si souvent incompris : Liban-message. Ces paroles sonnent creux si elles ne passent pas par la vie, si elles ne s'incarnent pas dans la chair. Paroles de vie. Au fur et à mesure que l'on discutait, notre rêve prenait forme et nous avons alors fait l'ultime expérience de l'écoute mutuelle, de l'acceptation de nos différences, du dialogue ouvert et surtout de l'amour qui tisse en silence ce genre de liens. À ce moment, nous avons eu une révélation intéressante ; à chaque fois que ce type de rapport est initié, c'est une pierre de plus qui est posée dans la construction de notre Liban rêvé et de notre monde attendu, « Le Royaume ». Mais celui-ci relèverait de notre responsabilité, nous tous.
Carla BEJJANI ARAMOUNI

