Le PM français Manuel Valls a souligné le « défi redoutable » auquel était confrontée la France. Philippe Wojaze/Reuters
Deux semaines après les attentats de Paris au retentissement international, la France, soutenue par l'Union européenne, a dévoilé hier une série de mesures pour renforcer la lutte antiterroriste, combattre la radicalisation et mieux surveiller les jihadistes.
Le Premier ministre Manuel Valls a souligné devant la presse le « défi redoutable » auquel était confrontée la France et « qui impose de prendre des mesures exceptionnelles » après les attaques qui ont fait 17 morts du 7 au 9 janvier. « En tout, ce sont près de 3 000 personnes à surveiller » dans le pays, en raison de leurs liens avec des jihadistes ou « des filières terroristes en Syrie et en Irak », a-t-il poursuivi, évoquant une envolée du nombre des personnes à suivre, notamment via « la sphère cyberjihadiste francophone ». Toutes les mesures s'inscriront « dans le respect de l'État de droit », a assuré le gouvernement socialiste.
En France, le plan de renforcement de la « lutte contre le terrorisme » prévoit 425 millions d'euros d'investissements en moyens et en effectifs sur trois ans, a précisé Manuel Valls. Avec les frais de personnels, le fardeau s'élève à plus de 700 millions d'euros au total. Il sera « compensé » par des économies sur la dépense publique. Toujours sur trois ans, 2 680 emplois spécifiquement alloués à la lutte contre le terrorisme seront créés, notamment au bénéfice des ministères de l'Intérieur, de la Défense et de la Justice. « Soixante aumôniers musulmans supplémentaires » seront recrutés pour les prisons, s'ajoutant aux 182 existants. Deux des trois jihadistes auteurs des attaques de Paris s'étaient radicalisés en détention. Le Premier ministre a indiqué que des quartiers spécifiques pour les détenus extrémistes allaient être définis. Un site Internet visant à informer le grand public sur les moyens de lutter « contre l'embrigadement jihadiste » sera créé. Alors que 122 000 policiers, gendarmes et militaires ont été mobilisés pour protéger les sites sensibles du pays, le président François Hollande a décidé de supprimer 7 500 postes de moins que prévu dans l'armée française pendant la période 2015-2019. Dans l'après-midi, M. Hollande, déterminé à renforcer le respect de la laïcité en France et à mieux former les jeunes à la diversité et à l'esprit civique, a assuré qu'« aucun incident ne sera(it) laissé sans suite » dans les écoles. En effet, l'image d'unité du pays, après les attentats de Paris, a été écornée par la perturbation dans plusieurs établissements scolaires, notamment de quartiers sensibles, des hommages aux victimes, voire le soutien affiché par des élèves aux jihadistes.
L'enquête sur les attentats se poursuit parallèlement. La justice française a annoncé l'inculpation et l'emprisonnement de quatre hommes âgés de 22 à 28 ans, tous habitant dans la banlieue parisienne. Ils sont soupçonnés d'avoir fourni du matériel à Amédy Coulibaly, meurtrier de quatre otages juifs dans un supermarché casher à Paris et d'une policière. Un Français de 28 ans, Fritz Joly-Joachin, soupçonné de liens avec les frères Kouachi, auteurs de l'attaque contre le journal satirique Charlie Hebdo, pourrait être extradé par ailleurs de Bulgarie, où il a été arrêté le 1er janvier alors qu'il s'apprêtait à entrer en Turquie. En Belgique, la justice belge a décidé hier le maintien en détention préventive de trois personnes inculpées dans le cadre de l'opération antijihadiste menée la semaine dernière, et l'inculpation d'un quatrième suspect. Treize personnes avaient été arrêtées dans le cadre de cette opération qui s'est soldée par la mort de deux suspects lors d'un assaut jeudi dernier à Verviers, dans l'est du pays.
Dans la foulée des annonces françaises, la Commission européenne s'est dit prête à modifier sa proposition de création d'un registre européen des passagers aériens (PNR). Le principe de ce fichier avait été approuvé en 2011 par les États membres de l'UE, qui y voient un outil de lutte contre le ralliement de jeunes Européens au jihad en Syrie et en Irak. Mais la directive sur le PNR est bloquée depuis 2011 au Parlement européen : les eurodéputés réclament au préalable une législation commune sur la protection des données, dont les États membres ne veulent pas entendre parler.
Démission du leader de Pegida
En Allemagne, le leader du mouvement allemand contre l'islamisation Pegida, Lutz Bachmann, a démissionné hier, après la parution dans la presse d'une photo prise de lui en Adolf Hitler. Interrogé par Bild, le dirigeant de Pegida, mouvement qui organise à Dresde (Est) des manifestations tous les lundis depuis le 20 octobre, avait expliqué avoir fait ce cliché « chez le coiffeur » à l'occasion de la parution de la version audio d'un ouvrage satirique sur Hitler, Il est de retour de l'Allemand Timur Vermes (2012). D'autres déclarations de M. Bachmann, postées sur Facebook en septembre 2014, avaient également attiré l'attention. Le leader de Pegida affirmait notamment qu'il n'y avait « pas de véritables réfugiés fuyant des conflits ». Il les traitait également de « salauds » et de « bêtes ». Et dans la soirée, le groupe Legida, qui se présente comme la déclinaison de Pegida à Leipzig, a par ailleurs rassemblé 15 000 manifestants dans cette ville d'ex-RDA, très loin des 40 000 à 60 000 prévus par les organisateurs.
Enfin, en Turquie, le président islamo-conservateur turc Recep Tayyip Erdogan a exhorté hier les dirigeants des pays musulmans à faire front commun contre le terrorisme et le racisme. « Peut-être que nous parlons des langues différentes, que nous venons d'endroits différents, que nous avons des origines ethniques différentes. Mais nous devons mettre de côté toutes ces différences face au terrorisme et au racisme », a déclaré M. Erdogan lors d'une réunion de l'Organisation de la coopération islamique (OCI) à Istanbul. « Des étrangers viennent (dans nos pays), posent des bombes et tuent. Pourquoi laissons-nous les autres régler ces problèmes plutôt que de les régler nous-mêmes ? » a poursuivi le chef de l'État turc, appelant ses pairs à une « autocritique ».
(Source : AFP)


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