La flambée du franc suisse suite au récent changement de cap de la politique monétaire de la Banque centrale helvétique pourrait accélérer la concentration du secteur des banques privées en Suisse, a estimé le président de l'Association des banques suisses de gestion.
Jeudi dernier, la Banque nationale suisse (BNS) a pris les marchés par surprise en annonçant qu'elle abandonnait sa politique dite du « taux plancher », qui limitait jusqu'alors la hausse du franc suisse face à l'euro, provoquant une remontée en flèche de la monnaie suisse.
« Cela va avoir pour effet d'accélérer la consolidation de notre secteur », a déclaré Boris Collardi, directeur général de Julius Baer, un des plus gros établissements de gestion de fortune, et président de l'association, lors d'une conférence de presse à Berne.
Entre 2005 et 2013, le nombre de banques privées en Suisse a diminué de près d'un quart, passant de 182 à 139 établissements, notamment avec le départ de banques étrangères implantées en Suisse, face à la pression sur la fiscalité des avoirs des clients étrangers, à l'augmentation des coûts réglementaires et à l'érosion du secret bancaire avec l'échange automatique d'informations qui se profile.
La forte réappréciation du franc suisse va faire monter la pression d'un cran supplémentaire puisqu'elle va entraîner une remontée du ratio coûts-revenus, un indicateur de la rentabilité des banques, a-t-il prévenu.
Le secteur des banques privées peut être comparé aux industries d'exportations ou à des secteurs tels que le tourisme, a-t-il fait valoir.
Actuellement, 80 % de leurs revenus sont générés par le biais des sommes confiées par leurs clients en euro, en dollar et dans d'autres monnaies. Par contre, 80 % des coûts sont assumés en francs suisses, une grande partie de la gestion et du conseil à la clientèle étant réalisée en Suisse.
« Cela va impacter la rentabilité des instituts en Suisse si nous ne faisons rien et j'insiste sur le fait, si nous ne faisons rien », a-t-il expliqué.
« Le fait que le plancher ait été aboli fait que toutes les banques en Suisse doivent réfléchir à leur modèle d'affaires », a-t-il poursuivi.
Parmi les voies possibles, il évoque une concentration sur une clientèle plus ciblée, estimant que les petits établissements qui se concentrent sur des niches lucratives devraient tirer leur épingle du jeu.
Cette année, les banques suisses devront peut-être également réfléchir à leurs projets d'investissements libellés en francs suisses pour donner davantage la priorité aux investissements à l'étranger.
Boris Collardi a toutefois tenu à mettre en lumière les opportunités pour le secteur, pointant en particulier l'augmentation du nombre de grosses fortunes dans le monde, alors même que la Suisse dispose d'atouts importants, à travers sa stabilité et sa longue tradition dans la gestion de fortune.
La Suisse reste le premier centre financier mondial pour la gestion « offshore », c'est-à-dire pour les avoirs de clients étrangers gérés dans un pays où ceux-ci ne sont pas domiciliés, bien que la concurrence d'autres places financières se soit accrue.
(Source : AFP)
Économie - Finance
La hausse du franc suisse pourrait accélérer la concentration dans les banques privées
OLJ / le 21 janvier 2015 à 00h00


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