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Nos lecteurs ont la parole - Jalal El-Ahdab

Charlie, dessine-moi mon islam

C'est à peine si je peux trouver les mots pour le dire. J'aurais voulu d'ailleurs, plutôt qu'écrire ces lignes, demander à Cabu, ce personnage si familier pour moi depuis que je suis arrivé en France à l'âge de 5 ans : « Dessine-moi une douleur », comme tu voudras, mais avec ironie. Mais voilà, avec d'autres, il n'est plus là car, avec du sang, ils nous les ont raturés. Ils ne sont pas gommés pour autant : leurs dessins et leurs idées resteront. Alors, il faut continuer, il faut s'exprimer, plus que jamais. Personnellement, je dois le faire, comme citoyen français blessé, comme fanatique de la République, comme fils d'immigré accueilli par elle, comme Libanais musulman qui a fui son pays en pleine guerre confessionnelle, comme avocat dont la vraie religion est la contradiction. Et, par-dessus tout, comme orphelin aujourd'hui de la plume et de la dérision. À tous ces titres, je veux crier ici à tous ces fous de Dieu : vous nous avez peut-être touchés, mais vous nous rendez plus forts encore !
Il n'y a aucune place ici pour la nuance, car un retour aux fondations et la nécessité de faire bloc, massivement, face à cette barbarie, imposent des choix clairs, sans aucun compromis : le débat plutôt que le tabou ou la violence, la liberté – d'abord celle de tout dire – contre l'oppression, les cultures plutôt que la doctrine, la laïcité plutôt que la révérence religieuse, la justice et non la vengeance, l'intelligence individuelle face au fanatisme et au populisme des foules.
Alors, bien entendu, les Français musulmans sont aujourd'hui, plus que jamais, consciemment ou non, pointés du doigt (« On vous l'avait dit ! »). Légitimement? Beaucoup finissent par penser – et ce n'est plus une tentation – que la violence serait consubstantielle à l'islam, et que la répétition des barbaries commises en son nom est bien « la » preuve de ce message qui se propage dangereusement et qu'il faudrait désormais accepter comme un fait politique. Bien évidemment, on trouve dans ces textes sacrés la guerre sainte, la loi du talion, des interdits (y compris celui de penser), la vérité divine et dogmatique... Mais comme dans toute religion.
Alors, aux musulmans et musulmanes, en France et ailleurs, je dis qu'il est désormais l'heure du sursaut face à ceux qui veulent voler les paroles du Prophète. De grâce, dépassez une bonne fois pour toutes et condamnez cet islam de la « soumission », du strict respect de la lettre, du voile et de la pratique temporelle à l'excès. Ce n'est pas parce que cet islam-là existe qu'il n'est pas politiquement dévoyé et qu'il ne faut pas lui préférer l'islam du vrai jihad – la perfection de soi plutôt que des autres –, de la poésie et des douceurs, de la critique et des libertés, d'Averroès... Celui-là aussi est dans le Coran !
À tous les autres, je dis, humblement : n'oublions pas que l'on brûlait des livres et des hommes durant l'Inquisition, n'oublions pas qui a tué Yitzhak Rabin, prix Nobel de la paix, avant qu'il ne s'exprime dans un meeting à Tel-Aviv, en 1995. N'oublions pas que les révolutions arabes de 2011, porteuses d'espoir et de libertés, étaient d'abord laïques, mais ont été détournées par les religieux. Amin Maalouf rappelait que l'on accorde trop de poids à l'influence des religions sur les peuples et pas assez à l'influence inverse. Seule cette double lecture nous sauvera de la fracture en nous empêchant d'assimiler fanatisme et fatalisme.
Je ne parle pas au nom des musulmans français et encore moins de l'islam. Je m'exprime au nom de mon islam, celui de la République, celui de la liberté : je parle au nom de Charlie. Je n'oublie pas pourquoi je suis français (j'ai été accueilli en France avec mon père, qui a frôlé la mort seulement pour s'être exprimé dans des journaux). Je n'oublierai jamais Charlie.

Jalal EL-AHDAB
Avocat aux barreaux de Beyrouth, New York et Paris

C'est à peine si je peux trouver les mots pour le dire. J'aurais voulu d'ailleurs, plutôt qu'écrire ces lignes, demander à Cabu, ce personnage si familier pour moi depuis que je suis arrivé en France à l'âge de 5 ans : « Dessine-moi une douleur », comme tu voudras, mais avec ironie. Mais voilà, avec d'autres, il n'est plus là car, avec du sang, ils nous les ont raturés. Ils ne sont pas gommés pour autant : leurs dessins et leurs idées resteront. Alors, il faut continuer, il faut s'exprimer, plus que jamais. Personnellement, je dois le faire, comme citoyen français blessé, comme fanatique de la République, comme fils d'immigré accueilli par elle, comme Libanais musulman qui a fui son pays en pleine guerre confessionnelle, comme avocat dont la vraie religion est la contradiction. Et, par-dessus tout, comme orphelin...
commentaires (2)

UNE VOIX DE LA LOGIQUE ! MAIS... L'ÉCHO SE PERD DANS L'ENCHEVÊTREMENT DES FANATISMES BARBARES... ET DU SILENCE DES SPHÈRES !!!

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

12 h 59, le 21 janvier 2015

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Commentaires (2)

  • UNE VOIX DE LA LOGIQUE ! MAIS... L'ÉCHO SE PERD DANS L'ENCHEVÊTREMENT DES FANATISMES BARBARES... ET DU SILENCE DES SPHÈRES !!!

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    12 h 59, le 21 janvier 2015

  • Bravo !

    Halim Abou Chacra

    10 h 44, le 20 janvier 2015

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