Le Liban, c'est un peu le Far West. On y trouve des gangsters et des hors-la-loi qui pillent impunément les caisses de l'État, des vautours qui dépècent le peuple, des cow-boys et des Indiens qui se tirent dessus, la cavalerie qui accourt à chaque escarmouche, et un shérif : Waël Bou Faour. En lançant sa campagne tous azimuts contre les restaurants, instituts de beauté, laiteries, (aéro)ports et silos qui contreviennent aux règles les plus élémentaires de la santé publique, le ministre a secoué le cocotier et, par la même occasion, s'est fait un nom. Mais cette initiative musclée commence à agacer pour plusieurs raisons :
1°. Cette campagne foule aux pieds la justice et la présomption d'innocence. Il appartient en effet aux tribunaux de juger les infractions, de condamner les contrevenants et d'ordonner la publication des sentences dans la presse, après avoir entendu les arguments de la défense. Mais qu'un ministre zélé lynche les établissements dans les médias « sans autre forme de procès » et se comporte en juge et en justicier, voilà un pas qu'on ne saurait franchir dans un prétendu « État de droit ».
2°. Cette campagne est sélective : il eût fallu appliquer scrupuleusement les normes internationales et contrôler tous les établissements concernés, quartier par quartier, avant de se lancer dans cette bataille qui a mis dans le même sac le bon grain et l'ivraie.
3°. M. Bou Faour se targue d'être soutenu par son parti (qui s'érige tout à coup en donneur de leçons !) pour dénoncer, en bon « socialiste », « les cartels de la restauration », comme s'il s'agissait là de la lutte du prolétariat contre le capitalisme. Or, M. Bou Faour ne doit pas oublier qu'il est désormais le ministre de tous les Libanais et que les théories trotskistes sont inopérantes en la matière.
4°. Jeter le bébé avec l'eau du bain n'est pas une bonne recette. Notre ministre de la Santé suit la politique de la terre brûlée, au risque d'ébranler la réputation (déjà ternie) du Liban, le tourisme et l'économie, sans proposer de solutions de remplacement : depuis la fermeture de l'abattoir de Beyrouth, jugé insalubre, nombre de bouchers officient dans la rue !
« L'enfer est pavé de bonnes intentions », dit-on. À l'heure des bonnes resolutions pour l'an 2015, notre shérif bien-aimé se doit d'adopter une politique moins impulsive, plus scientifique et plus respectueuse du droit, afin que sa campagne, très louable en soi, ne se transforme en croisade infernale !
Alexandre NAJJAR


Merci pour cet article cible...clair,logique...
17 h 45, le 08 janvier 2015