Moyen Orient et Monde

La der des ders ?

Le point
06/01/2015

La « guerre contre le terrorisme » déclenchée par George W. Bush au lendemain des attentats de septembre 2001, les Américains ne sont pas près de l'oublier. Elle leur aura coûté 4 500 tués et 32 000 blessés. Les estimations côté irakien sont plus lourdes encore, variant entre 190 000 et un million de morts. Le coût financier, lui, donne le vertige : 2 trillions de dollars pour les opérations militaires, 60 milliards pour la reconstruction d'un pays ravagé, 25 milliards destinés à entraîner une armée qui n'a pas tenu quarante-huit heures face aux barbus d'Abou-Bakr al-Baghdadi, enfin la coquette somme de 500 milliards versés à des soldats devenus dans l'intervalle des vétérans. Faites l'addition. Et ne parlons pas du coup pris par la réputation d'invincibilité de la toute-puissance américaine.
Parlons plutôt des retombées de l'expédition : la Somalie qui renoue avec l'horreur, le Yémen qui redécouvre les joies du confessionnalisme, la Libye qui en vient presque à regretter les folies du kadhafisme, la Syrie atteinte de strabisme militaro-politique, l'Égypte qui regrette déjà d'avoir récupéré ce satané Sinaï. Quoi encore ? Ah oui, le réveil des démons kényans et le Sud-Soudan en proie au chaos, en attendant nombre d'ex-oasis de paix désormais funambules, en équilibre hautement instable au-dessus du gouffre de tous des dangers.
Il est évident que les raids de F-15, F-16 et F-18 (porteurs de bombes de 500 pounds), secondés par les MQ-1 Predators et leurs bombinettes de 20 pounds, n'ont pas permis de libérer la moindre parcelle des territoires irakien et syrien. Il est tout aussi évident que la promesse de Barack Obama (no boots on the ground) n'est plus qu'un lointain souvenir. Dès lors, toute la question est de savoir à quel moment la troisième guerre d'Irak adoptera sa vitesse de croisière. On dénombre déjà sur place 3 000 GIs, hâtivement baptisés conseillers ou entraîneurs pour ne pas effaroucher l'homme de la rue et faire hurler certains sénateurs qui, comme John McCain, s'entêtent à croire que Bush fils était, avec son new surge,sur le point de gagner la guerre et que c'est son successeur qui est en train de la perdre...
Les spécialistes le savent : l'efficacité d'une armée de l'air est fonction de l'apport inestimable des troupes au sol, susceptibles de guider les bombardements en fournissant des données précises sur les positions ennemies. Un moment, on a cru aux drones, ces tueurs aveugles parés de toutes les vertus. Bien vite il a fallu déchanter, le précédent pakistanais puis yéménite ayant démontré que s'il est possible d'éliminer quelques chefs fanatiques, il n'est pas aisé de supprimer une vogue. Concernant l'Irak, le chef d'état-major interarmes planche actuellement sur des plans prévoyant de lancer dans la bataille, vers le milieu de l'année en cours, une quinzaine de milliers de combattants capables de faire la différence face à un État islamique dont les effectifs sont trop éparpillés. En Syrie, il s'agira de former 15 000 rebelles que l'on convaincra de s'opposer à l'EI plutôt qu'à l'armée de Bachar el-Assad. Martin Dempsey devrait, pour cela, avoir les coudées franches parce que le nouveau patron du Pentagone, Ashton Carter, qui vient de remplacer Chuck Hagel, outre qu'il n'a jamais servi sous les drapeaux, serait heureux de ne pas lui chercher noise. En outre, le président lui-même a fini par se résigner à l'inéluctable, à deux ans de la fin de son second mandat. Un troisième point plaide en faveur d'un éventuel cavalier seul du général : l'opinion publique aurait opéré un virage à 180 degrés. À en croire un sondage d'opinion (remontant il est vrai au 17 octobre dernier), 46 pour cent des Américains sont favorables à l'idée contre 32 pour cent d'avis défavorables et 22 pour cent qui réservent leur réponse.
La Maison-Blanche a trop répété des mois durant que l'option politique est indispensable et qu'elle doit intervenir avant un règlement par les armes. Or, le remplacement de Nouri Maliki en août par Haïdar el-Abadi ne s'est accompagné d'aucune modification de l'équilibre entre les forces en présence, les gains enregistrés étant, pour beaucoup, le fruit des actions entreprises par les peshmergas kurdes. Croire en outre que les Américains pourraient changer la donne en grignotant (à quel prix ?) quelques kilomètres carrés de terre irakienne à l'EI, c'est négliger le résultat qui en découlerait : un repli de celui-ci vers le territoire syrien où ses hommes sont présents en force.
Son second mandat, Barack Obama l'a entamé par un tonitruant « une décennie de guerre a maintenant pris fin » qui n'en finit pas de résonner à l'oreille de ses concitoyens. Que n'a-t-il suivi le sage conseil du roi Salomon, lequel recommandait de « tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler ».

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Ma Fi Metlo

Une autre catastrophe non énumérée serait d'oublier de nous dire que l'artisan de cette situation est encore en liberté, et se tape des BBQ arrosé de Jack Daniels en paix dans son ranch du texas! et même mieux on planifie de nous envoyer le frère Jeb qui paraitrait il serait le plus intelligent de la famille !!! L'amérique comme le dit Merville ne peut plus se targuer d'invincibilité , comme son acolyte usurpateur non plus ,d'où la nécessité de s'entourer de mercenaires grassement fourgués par l'allié docile corvéable et malléable à merci , la binsaoudie .Ashton Carter, qui vient de remplacer Chuck Hagel, ne veut pas chercher noise à Bashar est révélateur de ce qui se passe sur le terrain militaire , s'en prendre à sa création immonde du daech ,couterait moins cher que de s'en prendre à son ennemi surtout quand ce dernier à les moyens de sa politique, aidé par les nouvelles puissances régionales bien en place .Ceux qui en savent le moins en diront le plus , pour au final ne rien dire de vrai ! Belle analyse Merville .

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