À l'éducateur Antoine Chartier.
Comme je regrette de ne m'être pas fait rappeler à son bon souvenir, ces dernières années ! Je n'en revenais pas d'apprendre la nouvelle de sa disparition. C'est que des personnes de la trempe d'Antoine Chartier donnent l'impression d'être immortelles, pour avoir immortalisé tant de belles choses que d'autres, avant moi, ont su dénombrer et continueront de le faire. Pour ma part, je voudrais simplement résumer ma propre modeste expérience avec « Monsieur Chartier », qui a laissé en moi plus que des souvenirs, des acquis que je porte et m'applique à transmettre. Je ne m'attarderai pas trop sur le judo, l'un des sports qu'il a implantés au Collège du Sacré-Cœur, ni du maître japonais qu'il a fait venir pour nous afin de nous assurer la formation authentique en la matière. C'est que l'inspecteur avait aussi l'âme de l'instructeur qui connaissait les vertus du sport et son caractère plus que nécessaire, vital pour l'éducation. Personne, aussi génialement que lui, n'a su si bien appliquer la devise « un esprit sain dans un corps sain ». Personne n'a si brillamment su conjuguer le sport avec l'éducation pour en faire un auxiliaire, une partie intégrante de cette dernière, une partie à son service, et non le contraire. Car le génial promoteur des sports nationaux ne doit pas faire oublier l'éducateur, et j'en sais personnellement quelque chose pour avoir enduré « l'inspecteur Chartier », qui n'avait certes rien d'un inspecteur Javert et tout d'un Jean Valjean de l'éducation. Il nous en a fallu du temps pour le découvrir, nous, élèves turbulents et ingrats. C'est en gravissant les échelons du cycle secondaire jusqu'au seuil de l'université que nous nous rendions compte, au fur et à mesure, que l'inspecteur Chartier n'était pas si dur que cela, mais qu'il nous formait à la dure, sachant ce qui nous attendait. C'était en fait un cœur tendre. Lorsque nous avions de la peine à transporter le seau rempli à la fontaine de la connaissance, l'inspecteur Jean Valjean était toujours là pour nous aider à le soulever. Et souvent, il nous soulevait à nous, de son regard paternel.
Bien que sa présence se faisait beaucoup plus sentir dans les corridors des classes qu'à l'intérieur, il était toujours à l'affût de la qualité de l'enseignement qui nous était dispensé, du bon déroulement de notre apprentissage, de l'exécution à la lettre du programme de chaque matière, de la tenue et de l'ambiance de la classe, et de la bonne synergie entre l'enseignant et ses élèves. Son « radar » était toujours là pour détecter la moindre défaillance, et beaucoup de parents d'élèves, convoqués par « l'inspecteur Chartier », peuvent l'attester (y compris les miens).
Je me souviens de ce concours littéraire que nous avions organisé ensemble, à mon retour du Canada, ayant pour thème « Souvenirs de mon collège », adressé aux élèves et aux anciens du Mont La Salle. Il avait été si vite conquis à l'idée pour la saisir et la mener excellemment et jusqu'au bout... en bon éducateur et amoureux des lettres aussi bien que des chiffres. Et j'appelle, de cette tribune, le collège à relancer un tel concours, sur ce thème, en hommage à l'éducateur Antoine Chartier. Il était tellement fin, de plus, qu'un beau jour dans son bureau, il m'avait remercié pour le même recueil de poèmes que je lui avais dédicacé pour la seconde fois, par mégarde, en ces termes : « Ça m'a fait vraiment plaisir de le recevoir pour la deuxième fois », me lança-t-il avec un sourire destiné à m'ôter tout embarras.
De mes souvenirs de collège, il y en a un qui lancine ma conscience, aujourd'hui, que je porte avec un peu de honte et dont l'aveu pourrait me soulager. Je me souviens de ces messes au collège où, durant le chant liturgique, nos petites bouches folles laissaient échapper un lâche « Seigneur, prends Chartier » au lieu de « Seigneur, prends pitié ». J'aurais dû lui en faire l'aveu de son vivant et je suis certain qu'il l'aurait pris avec le même sourire libérateur. D'ailleurs, je suis persuadé qu'il s'en doutait et savait qu'un jour, on dira le contraire. Eh oui, le Seigneur avait pris en pitié nos espiègleries, ne nous a pas écoutés et nous l'a gardé longtemps, pour notre bien et notre bonheur. Longtemps ? Des bâtisseurs pareils nous sont toujours enlevés trop tôt. Et je ponctue non pas par un point final, mais une reconnaissance infinie...
Comme je regrette de ne m'être pas fait rappeler à son bon souvenir, ces dernières années ! Je n'en revenais pas d'apprendre la nouvelle de sa disparition. C'est que des personnes de la trempe d'Antoine Chartier donnent l'impression d'être immortelles, pour avoir immortalisé tant de belles choses que d'autres, avant moi, ont su dénombrer et continueront de le faire. Pour ma part, je voudrais simplement résumer ma propre modeste expérience avec « Monsieur Chartier », qui a laissé en moi plus que des souvenirs, des acquis que je porte et m'applique à transmettre. Je ne m'attarderai pas trop sur le judo, l'un des sports qu'il a implantés au Collège du Sacré-Cœur, ni du maître japonais qu'il a fait venir pour nous afin de nous assurer la formation authentique en la matière. C'est que...

