De nos jours, on vit au rythme de percées de l'État islamique, de hordes de tout bord, du virus Ebola, de massacres, de déportations et autres exactions religieuses et... un comité international inerte et impuissant.
Dans le tumulte des années de guerre et de désarroi général, la voix sublime de « Sabbouha » la lumineuse avec son « abou zoulouf » unique et mythique nous laissait croire en des jours meilleurs... Nous faisions alors un petit effort pour réécouter les pièces de Ziad Rahbani ) la voix limpide de Dame Feyrouz, pour connaître un peu plus notre culture et prendre plaisir à entendre les chansons qui parlent encore notre langue et qui ont bercé notre jeunesse et notre enfance.
L'inoubliable Asmahane « ليالي الأنس في فيينا », « يا حبيبي » la mélodie qui se répète, qui nous plonge dans un autre temps et que nous retrouvons avec bonheur, un parfum de « camélia » léger et nostalgique, une bouffée de cigarette qui garde en mémoire la belle Asmahane.
Quelle élégance !
Oum Kalthoum, ses mélopées traînantes, son mouchoir « mandil » qu'elle humait en cadence, ses broches précieuses qui étouffaient l'échancrure d'un décolleté généreux...
Le célèbre « Allo Hayété », la voix envoûtante de Abdel Majid Majzoub, la regrettée Hind Abillama et la pétillante Férial Karim.
Les séries télévisées, les feuilletons mexicains, « Maria Mercedes » et suite, meublaient alors les années de tourmente et de solitude.
L'interminable « Bonanza », point de ralliement de toute la famille en soirée.
Les jumeaux « Dallas », « Dynasty », la fougueuse et inoxydable Joan Collins en quête d'une jeunesse revigorante et toujours de service à bientôt 80 ans et un époux de 32 ans son cadet.
Quelle santé ! Il faut le faire !
Le larmoyant « Les oiseaux se cachent pour mourir », témoin des derniers moments de mes félines.
La série culte « Plus belle la vie », dix ans d'âge et nullement décidée d'arrêter, la série s'offre un lifting en changeant de logo, de générique, et l'arrivée inopinée de la chanteuse Tal qui fait rebondir une trame qui sommeillait.
Et puis, sans crier gare, un Sound of Music renaît de ses cendres et nous ramène loin dans un passé bon enfant qui n'est plus d'actualité.
C'était surtout le Festival de Baalbeck, les temples de Bacchus, de Jupiter qui résonnaient de partout ! Les sonates pour piano La Symphonie héroïque, la 6e, dite Pathétique, Mozart et ses Quintettes enchantaient les quelques mélomanes, et j'en connais qui, bercés par les grands sommets de la musique, la tête penchée sur l'épaule du voisin ou d'une voisine, laissaient échapper un ronron en bémol, interrompu par un tonnerre d'applaudissements. C'était déjà la fin du concert.
On se devait de faire partie de l'élite et d'être reconnu comme tel.
À l'égal des contes de fées, un refuge dans un passé fabuleux, la merveilleuse saga de l'Aga Khan et de ses héritiers.
De quoi rompre la morosité ambiante, les frasques du fameux Ali Khan, son mariage avec Rita Hayworth, sa relation avec le mannequin Bettina Grazziani et des héritiers pour superviser le réseau Aga Khan, l'annonce d'un héritier, la dynastie ismaélienne est sauvegardée.
À l'égal d'un conte de fées, il était une fois la duchesse d'Albe, une légende la plus titrée du monde, trois mariages dont le dernier a été célébré en 2011 quand elle avait 85 ans, ce qui l'amusait plutôt :
« Si on t'oublie, tu n'es plus rien. »
À la sortie de la cérémonie, elle exécute quelques pas de flamenco, elle affiche plus de légèreté que jamais, nul ne soupçonne qu'elle tirera bientôt sa révérence.
Quel panache !
Nous sortons tous d'une durable nostalgie : la création, la mode, le design sont là. La modernité n'est plus une injure.
Le futur reprend des couleurs et nous contemplons notre destin avec plus de bienveillance.
Le sourire de ce petit bonhomme en est la plus vivante.


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