Des heurts ont éclaté dans la banlieue de Manama entre manifestants et policiers, qui ont lancé des gaz lacrymogènes sur les protestataires. Mohammad al-Shaikh/AFP
Les appels se sont multipliés hier pour la libération du chef de l'opposition chiite à Bahreïn, arrêté dans ce royaume du Golfe où les autorités peinent à étouffer un mouvement de contestation qui dure depuis près de quatre ans.
L'arrestation dimanche de cheikh Ali Salmane, secrétaire général du mouvement al-Wefaq, constitue une « escalade » qui menace la « stabilité sociale » et la « paix civile », ont averti le Wefaq et quatre autres groupes d'opposition dans un texte conjoint. Des organisations locales et régionales de défense des droits de l'homme ont également exigé la « libération immédiate et sans condition » de cheikh Salmane, détenu pour avoir exercé son « droit à la liberté d'expression », selon un communiqué. Dénonçant dans un communiqué une arrestation « arbitraire », le Hezbollah libanais a réclamé sa libération. Pour sa part, Nabeel Rajab, directeur du Centre bahreïni des droits de l'homme, a réagi à l'arrestation de l'opposant en affirmant que « le silence de la communauté internationale a contribué » au durcissement des autorités.
Des manifestations sporadiques, émaillées d'incidents, ont eu lieu hier soir dans des banlieues à majorité chiite de Manama, selon des témoins. Des heurts ont notamment éclaté entre policiers et manifestants près de la résidence de cheikh Salmane. Dans la matinée, des dizaines de dignitaires religieux chiites avaient protesté dans une mosquée en brandissant des portraits du chef de l'opposition qui n'a pas été libéré après un interrogatoire de près de dix heures dimanche.
« Toute escalade de la violence sera traitée par les autorités conformément à la loi », a de son côté mis en garde en soirée le ministre de l'Information Isa Abdulrahman al-Hammadi. Cheikh Ali Salmane est interrogé pour avoir « enfreint la loi, y compris en incitant à la haine et à la violence », a expliqué M. Hammadi dans un entretien téléphonique avec l'AFP depuis Dubaï. Il n'a « pas encore été inculpé », a indiqué le ministre, ajoutant que le leader de l'opposition était aussi interrogé pour avoir plaidé en faveur d'un « changement politique en utilisant des moyens illégaux ».
Proche allié des États-Unis et siège de la Ve flotte américaine, Bahreïn (1,3 million d'habitants) est secoué depuis février 2011 par un mouvement de contestation animé par la majorité chiite qui réclame une monarchie constitutionnelle. La dynastie sunnite des al-Khalifa a jusqu'ici réprimé d'une poigne de fer toutes les manifestations violentes. Un dialogue national, entamé en juillet 2011 et auquel a participé le Wefaq, n'a abouti à aucun résultat tangible. Des élections législatives, organisées en novembre, ont été boycottées par l'opposition.

