Manuel Valls à l’Université d’été du Parti socialiste, le 31 août 2014 à La Rochelle. Xavier Leoty/AFP
En mai 2012, ils ont cru en lui, en ses promesses, en son discours de rassemblement et de changement. Après des années de loyaux services à la tête du Parti socialiste, c'était lui, l'homme ordinaire, l'élu de Corrèze, désormais affûté et libre de tout engagement envers Ségolène Royal, qui devait incarner le retour de la gauche au pouvoir, qui devait être le successeur légitime de l'autre François, l'originel, François Mitterrand. Mais les mois ont passé, et les promesses n'étant pas tenues, la déception a rapidement pris le pas sur l'euphorie. Et l'antisarkozysme, qui avait au moins le mérite de rassembler la gauche, a vite été substitué par un « Hollande bashing » dont les plus fervents adeptes se sont trouvés dans son propre camp.
Aujourd'hui, cette critique permanente de chaque fait et geste du président contribue encore un peu plus à désacraliser une fonction en totale perte de repères et en constante recherche de légitimité depuis au moins 12 ans. Tout d'abord parce que l'inadéquation entre les qualités pour être élu président de la République et celles pour gouverner apparaît de plus en plus béante, mais aussi et surtout parce que, dans un contexte mondialisé, la marge de manœuvre de la plus haute autorité de l'État se rétrécit d'année en année. Aussi, la fonction présidentielle semble devoir être totalement repensée à l'aune des réalités du XXIe siècle, et il serait injuste de reprocher à François Hollande une dégénérescence qui s'inscrit dans la logique continuité de ses prédécesseurs.
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Un parti divisé
En fait, ce qui est tout à fait topique dans le cas de M. Hollande, c'est qu'à défaut d'avoir réussi à redonner à la gauche son prestige et surtout sa fraîcheur d'antan, il risque d'entraîner tout son parti, pourtant presque cinquantenaire, dans sa chute. Entre un Premier ministre qui clame haut et fort son amour pour l'entreprise, un (très jeune) ministre de l'Économie qui présente un projet de loi où le travail dominical n'est plus tabou et une majorité qui n'hésite pas à critiquer ouvertement la politique du gouvernement, il semble assez difficile par les temps qui courent d'être adhérent au Parti socialiste. Des adhérents qui ne sont plus que 150 000 et dont seulement 60 à 70 000 sont à jour de cotisation, contre 170 000 fin 2013.
Idéologiquement et désormais politiquement divisé entre les héritiers de la branche Delors/Rocard, prônant un modèle socio-libéral qui se différencie de la droite uniquement sur certaines questions sociétales (mariage pour tous), et les héritiers de Mitterrand, favorable à un fort interventionnisme étatique, à une politique redistributrice et considérant certains acquis sociaux comme immuables, le Parti socialiste traverse une crise existentielle. Les fers de lance de la gauche forte ont été désignés comme les frondeurs et écartés du gouvernement. Et désormais les Montebourg, Hamon, Fillippetti, parfois rejoints par Aubry, tellement heureuse de prendre sa revanche sur Hollande, et Taubira, dernière figure de la gauche encore au gouvernement, n'ont de cesse de critiquer la politique, jugée trop libérale, du gouvernement Valls II. Ainsi, ils alimentent quotidiennement, bien aidés il faut le dire par les incohérences de l'exécutif, les dissensions qui rongent les derniers rouages de l'héritier de la SFIO. Et la crise est d'autant plus exposée qu'elle se révèle, logiquement, diront les mauvaises langues, alors même que le parti vient à peine de retrouver le pouvoir.
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Schizophrénie
Dès lors, si le PS veut éviter de revivre le scénario catastrophique de 2002, il va devoir se remettre en question et vite. Peut-être en envisageant, ceux que certains ont déjà évoqué, d'organiser des primaires en 2017. Mais surtout en apportant une réponse concrète à une question qui apparaît tout à fait théorique à l'heure actuelle : qu'est-ce que cela veut dire d'être de gauche, en France, au XXIe siècle ? Soit le PS ou son (ou ses) descendant(s) décideront de sacrifier le social et de se positionner uniquement sur des questions sociétales, avec comme principal objectif de séduire l'électorat de la gauche caviar des grandes villes, soit il assume son positionnement historique, sa lutte contre l'ultralibéralisme et sa défense de la valeur travail face à la valeur capital. Mais dans tous les cas, il ne pourra survivre plus longtemps à cette schizophrénie à la fois conservatrice et populiste. Seule éclaircie au tableau, le retour de Sarkozy devrait permettre de donner un peu de sursis à cette très lente agonie. C'est toujours ça de pris.
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