Le Pr Henri Awaiss, doyen de la faculté des langues de l’USJ, au cours de sa présentation. Photos Michel Sayegh
La Journée mondiale de la langue arabe fixée par l'Onu au 18 décembre (jour anniversaire de l'inclusion de l'arabe parmi les langues officielles et les langues de travail de l'Assemblée générale des Nations unies) a été célébrée cette année en deux temps, une quinzaine de jours à l'avance, pour des raisons d'organisation, par la faculté des langues de l'USJ.
Nommé « Porta lingua » (Porte des langues), l'événement, qui s'est tenu alternativement à l'USJ et au Lycée Abdel Kader, se proposait de montrer comment les langues peuvent devenir « des portes qui s'ouvrent à l'autre », plutôt que des cadenas qui emprisonnent une culture jalousement conservée, en voie de dépérissement.
Cinq tables rondes, portant chacune un nom emblématique, ont marqué la journée : Sublime Porte, une table ronde généraliste, Bab Idriss pour la langue arabe, Porte Dauphine pour la langue française, Golden Gate pour la langue anglaise et Puerta Del Sol pour la langue espagnole.
La Journée se voulait une occasion d'insister sur l'importance des langues comme moyen de communication pacifique dans un monde où prévaut la violence.
Daccache, l'anti-Babel
Inaugurant l'événement, c'est justement sous cet angle que le Pr Salim Daccache s.j., recteur de l'USJ, a abordé le sujet. « Je pense que le contraire de la "porta", c'est Babel, c'est la confusion et le chaos des langues, c'est la tour où les humains ne vivent plus d'une manière horizontale les uns tournés vers les autres pour se parler mais tournés chacun vers soi-même et vers ses intérêts parlant une langue non connue des autres », a-t-il affirmé.
Sur le plan académique, le P. Daccache a insisté sur l'importance accordée par l'USJ au plurilinguisme et au multiculturalisme dans la formation des générations futures. Pour lui, « la meilleure université est celle qui assure à ses étudiants un enseignement de qualité dans les trois langues ».
420 millions d'arabophones
De son côté, la directrice générale de la Fondation Rafic Hariri, Salwa Siniora Baassiri, a mis l'accent sur l'importance de la construction du savoir et de l'ouverture culturelle, ainsi que sur la nécessité d'œuvrer afin que les langues (notamment la langue arabe dont le nombre de locuteurs est actuellement de 420 millions) s'ouvrent les unes aux autres.
La séance inaugurale s'est conclue par la signature d'un protocole d'accord entre l'USJ et la Saint Louis University, une prestigieuse université jésuite des États-Unis spécialisée dans l'enseignement de l'anglais comme seconde langue. La Saint Louis, représentée à la signature par Bert Barry et Jerry Edris, supervisera l'acquisition par les étudiants de l'USJ de la maîtrise de la langue anglaise (devenue obligatoire), à côté des langues française et arabe.
En coup d'envoi de l'événement académique, le doyen de la faculté des langues, Henri Awaiss, a considéré que « la communication possède d'autres moyens que le sang et la violence pour s'adresser à l'autre, dialoguer avec lui, penser avec lui et surtout remarquer que sa langue n'est pas un îlot tout à fait à part, mais qu'elle est terre d'accueil, d'emprunt, parce que les langues se font des cadeaux et s'enrichissent les unes les autres ».
L'arabe, langue de savoir
Dans cette optique, le doyen de la FDL a formulé trois souhaits : « Le premier : que les "ouvreurs de langues" se multiplient et qu'ils rendent l'expression plus facile entre les peuples. Le second : que le voyage des mots et des expressions se perpétuent et qu'ils œuvrent à l'acceptation et au respect de la langue de l'autre. Le troisième : que la langue arabe demeure comme elle le fut de façon suréminente, langue de transmission de savoir. »
Prenant à son tour la parole, lors de la séance inaugurale, l'ambassadrice d'Espagne, Milagros Hernando Echeverria, représentée par Luis Javier Ruiz Sierra, le directeur de l'Institut Cervantès à Beyrouth, a évoqué l'importance de la langue arabe pour la langue espagnole. « Douze à quinze pour cent des mots espagnols sont d'origine arabe », a-t-elle expliqué dans son texte.
Les « mots voyageurs »
Et de souligner l'intérêt qu'elle porte au projet des « Mots voyageurs » lancé par l'Institut Cervantès, il y a cinq ans, qui recense principalement, mais pas exclusivement, les mots d'origine arabe intégrés dans le dictionnaire espagnol.
« Notre histoire commune nous impose le devoir de mieux nous connaître », a lancé à son tour de parole l'ambassadeur turc, Suleiman Inan Oz Yoldiz, qui a révélé que « de plus en plus de Turcs essaient d'apprendre l'arabe moderne et l'arabe, enseigné en Turquie comme une deuxième langue étrangère, et qui gagne du terrain dans les écoles et les universités. »
Enfin, le directeur du Centre culturel russe, Ayrat A. Akhmetov, a pris la parole – en arabe –, pour souligner l'importance du Liban et de la Syrie comme « passage obligé de tout orientaliste qui recherche à comprendre le monde arabe, son peuple et sa langue ».
Remise des prix Joseph Zaarour
À l'issue d'une synthèse du Pr Jarjoura Hardane, directeur de l'École doctorale sciences de l'homme et de la société, une cérémonie a été organisée pour la remise du prix Joseph Zaarour 2014 de la meilleure traduction, un concours très couru – près de 370 participants cette année –, qui en est à sa treizième édition. Les prix ont été décernés à Julien Sfeir (Champville) ainsi qu'à Imane Younès et Najat Fadlallah (Lycée al-Kawthar), qui ont respectivement remporté le premier et deuxième prix ex aequo pour les classes de terminales au niveau de tout le Liban, ainsi qu'à Sarah Bou Moussa (Collège de la Sagesse, Brasilia) et Michèle Théa Norenzian (Collège de la Sagesse, Brasilia), qui ont reçu le premier et deuxième prix pour les classes de première également au niveau de tout le Liban.
l Porta lingua est organisée par la FDL et les institutions qui lui sont rattachées :
l'École de traducteurs et d'interprètes de Beyrouth et le Centre de recherche et d'études arabes, en association avec la Saint Louis University (SLU) et la Fondation Rafic Hariri, ainsi qu'avec la collaboration de l'ambassade d'Espagne au Liban.

