Le commissaire Mahmoud Ajouz, chef de la brigade mobile, a été arrêté hier par M. Bouchède, directeur de la Sûreté générale du Haut-Commissariat. Relevé de ses fonctions, il a été aussitôt écroué à la prison militaire de Saint-Élie (...)
Voici dans quelles conditions s'est produite cette arrestation qui a suscité en ville une vive émotion (...)
L'attention des autorités avait déjà été éveillée par le fait que malgré les nombreuses perquisitions opérées dans quelques tripots entourant la place des Canons, les descentes de police n'ont jamais donné jusqu'ici de résultats intéressants (...)
Mercredi, M. Bouchède recevait un visiteur inattendu. C'était le fameux Darouiche Baydoun. Celui-ci, introduit, lui fit les révélations suivantes :
« Vous savez certainement que j'exploite un établissement de jeux de hasard près de la place des Canons, et je ne chercherai pas à le nier (...) Mais ce que vous ne savez peut-être pas, c'est que pour m'éviter des ennuis avec la police, le chef de la brigade mobile, chargé de nous donner la chasse, est d'accord avec moi et partage mes revenus.
« Toutes les fins de semaine, je lui versais régulièrement une part de 10 livres or sur mes recettes. Mais la semaine dernière, la cagnotte n'ayant pas rapporté suffisamment, il me fut impossible de régler le commissaire Ajouz. Or non seulement celui-ci se fâcha, mais il me prévint que désormais ce serait une somme de 16 livres or que je devrai lui remettre au lieu de 10.
« Je trouvai que la mesure était comble, et c'est ce qui m'a déterminé à venir vous trouver. »
Pour dissiper les soupçons de M. Bouchède, le tenancier offrit de faire la preuve : « Voici les 10 livres que je reste devoir à Ajouz et que je vais lui remettre dans une heure. Faites à ces pièces la marque que vous voudrez et vous les retrouverez dans les poches du commissaire. »
M. Bouchède ne crut pas devoir repousser cette proposition. Ayant marqué à la lime les 10 livres or en question, il les remit à Baydoun qu'il fit accompagner de deux agents de la Sûreté.
Baydoun se rendit directement chez un marchand de tabac de la place des Canons qui servait d'intermédiaire entre lui et la police. Il lui confia la somme.
Quelques instants après, Mahmoud Ajouz se présenta chez le marchand qui lui remit le dépôt. Il ne l'avait pas plutôt empoché que les deux agents de M. Bouchède, qui se tenaient aux abords, l'appréhendèrent immédiatement, tandis que le directeur de la Sûreté arrivait lui-même en automobile et invitait le commissaire à l'accompagner (...)
Mis en présence des faits, Ajouz fit des aveux complets. Au cours de la confrontation, il y eut une discussion assez pathétique entre le policier et son accusateur :
– « Tu sais, Baydoun, que j'ai une famille nombreuse et que tu vas me ruiner. » – « Ne te plains pas, répliqua Baydoun, impitoyable. Tu as déjà ruiné assez de familles » (...)

