Xavier de Maistre, ou l’art suprême de pincer les cordes d’une harpe. Photo Sami Ayad
Un moment exceptionnel dans les maillons des concerts de Beirut Chants qui s'égrènent comme les grains d'un chapelet. La harpe, céleste, d'une frémissante poésie, alliant notes de cristal et d'or, est au cœur de l'événement. Non sous le charme féminin mais, dérogation à la règle, c'est Xavier de Maistre, 41 ans, silhouette de jeune homme tout en noir, cheveux coupés «neat and clean», qui fait courir ses doigts, telles de grandes tarentules blanches, sur le rideau des cordes d'une harpe Lyon and Healy, amoureusement jetée entre ses bras.
Un menu riche et savamment concocté (car la littérature pour harpe est relativement réduite) avec des transcriptions de l'interprète virtuose, offrant ainsi au public l'occasion unique de redécouvrir, dans des sonorités différentes, des œuvres immortelles, telles ces pages d'une sonate de Mozart, un extrait d'Eugène Oneguine de Tchaïkovski ou un cycle de la Moldau de Smetana.
Délicates, aériennes, chargées d'une incroyable douceur, impalpables comme une poudre d'ailes de papillons, ces notes sont une myriade de lucioles, agiles, luisantes, lumineuses, insaisissables. Elles tournoient, vibrionnent, s'élancent et
remplissent l'air de leur narration diaphane, translucide.
Des accords véhéments de Tarrega à la sensualité d'une danse orientale ou la fougue d'une toccata de Khatchadourian (partitions écrites justement et avec brio pour harpe), en passant par la lyrique mélodie d'un Impromptu de Fauré, la harpe a de suaves et tendres accents éoliens. Du vent dans les cordes de la harpe pour dire toute la brutalité d'un monde habité par la violence et le chaos.
Par-delà chromatismes, arpèges, glissando ou cordes pincées, un constant chant des sirènes où ciel et terre se confondent en une zone vaporeuse, une boule de cristal où la vie est transparence, clarté et fervente poésie.
Ovation monstre pour cette prestation où les séraphins, en une assemblée divine, convocation des fées, marraines de la délicatesse et de l'enchantement, ont joint le déploiement de leurs ailes pour parler, en murmure, chuchotis et froissement soyeux, des rêves de paix, de sérénité, d'élévation et d'harmonie. Pour cette parcelle d'éternité échappée aux cordes d'une harpe maîtrisée jusqu'aux plus insoupçonnables nuances, on se souviendra avec délectation et gratitude de ces soixante minutes bénies et hors du temps.


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Quel talent! Quelle virtuosité! Quelle belle soirée distincte par son originalité et le choix des morceaux interprétés. Un grand merci aux organisateurs (surtout Mme Micheline Abi Samra) et aux sponsors. Espérons revoir Xavier l'année prochaine. Espérons aussi que nos politiciens virtuoses(accrochés à leurs sièges!?)pourraient diriger notre cher Liban avec talent,intégrité et surtout dans l'intérêt de la Patrie.
08 h 55, le 06 décembre 2014