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Économie - Prix Du Pétrole

Voir au-delà de la pompe à essence !

Alors que des inquiétudes se sont fait jour à l'automne quant à la robustesse de la croissance mondiale, notamment dans la foulée du rapport trimestriel du Fonds monétaire international, il faut rappeler que la récente baisse des prix du pétrole, si elle s'avère pérenne, aura un impact qui va bien au-delà du constat que nous pouvons faire à titre individuel lors de nos arrêts aux stations-service.
Le cours de la qualité Brent, soit le pétrole de la mer du Nord, est passé de 100,8 dollars le baril à environ 85 dollars ; celui de la qualité West Texas Intermediate de 98,4 dollars à un peu plus de 81 dollars le baril. Globalement, une telle baisse entraînera, d'une part, une redistribution des producteurs vers les consommateurs/importateurs d'énergie et, d'autre part, une accélération de la croissance mondiale.
Concernant l'impact sur la croissance, nous remarquerons tout d'abord qu'aucune récession mondiale n'a au cours des dernières décennies été précédée par une baisse des prix du pétrole. Ensuite, au moment d'essayer de quantifier l'effet d'une baisse du prix du pétrole, il faut relever assez ironiquement que le Fonds monétaire international a récemment étudié l'influence d'une hausse de prix de 20 % dans le cas où la situation géopolitique se détériorerait. En retenant une hypothèse (très simplificatrice, il est vrai) de symétrie des conséquences d'un choc de prix énergétique, nous obtenons le chiffrage suivant, soit un accroissement du produit intérieur brut mondial (PIB) de l'ordre de 0,3 à 0,4 point de pourcentage en 2015 et en 2016, puis un effet qui va en s'affaiblissant jusqu'en 2019. Pour mémoire, les prévisions du Fonds monétaire international font état d'un taux de croissance mondial de 3,1 % en 2014 et 3,8 % en 2015, hors chocs pétroliers.
Bien sûr, cet effet sur le PIB mondial n'est pas réparti uniformément entre pays. Les gagnants seraient dans l'ordre les pays émergents, la Chine, le Japon, la zone euro et, finalement, les USA. L'impact sur le niveau du PIB lors de la seconde année après le choc se situerait à hauteur d'un peu plus de 0,5 % au Japon, en Chine et dans les pays émergents, et d'un peu moins de 0,5 % en zone euro et aux USA. Au-delà du caractère un peu abstrait de ces pourcentages, on peut rappeler à titre d'exemple que le total des ventes de produits pétroliers représente 363 milliards de dollars par an aux USA. Parmi les perdants, nous compterions la Russie et l'Arabie saoudite. Ceux-ci auraient à supporter un impact négatif sur le niveau de leur PIB de l'ordre de 2,5 % pendant l'an 2.
Les USA eux-mêmes ne trouveront pas que des avantages à une baisse du prix du brut. En effet, le pétrole de schiste est relativement coûteux à produire : on estime qu'aux États-Unis, environ un tiers de la production n'est plus rentable au-dessous de 75 à 80 dollars le baril de qualité WTI. Dès lors, compte tenu de la très grande fragmentation de l'offre (de nombreux puits disséminés dans des propriétés individuelles), on peut s'attendre à une grande élasticité-prix. C'est ce que montre le graphique ci-après, dans lequel la courbe de variation de la production exprimée en glissement annuel suit de près celle décrivant les changements du cours du baril.
Au-delà du coût de production, le cours du brut importe également pour les finances publiques des pays producteurs. Ainsi, le niveau actuel des cours est très largement au-dessus du coût de production de l'Arabie saoudite, mais il est inférieur au niveau (environ 90 USD selon le FMI) qui permettrait d'éviter un déficit public. Il faut ici se souvenir qu'en réponse au « printemps arabe », les dépenses publiques de nombreux producteurs se sont fortement accrues. L'Irak, l'Algérie, l'Iran et Bahreïn n'équilibreront leurs finances publiques qu'avec un cours supérieur à 100 dollars. Seuls le Koweït, le Qatar et les Émirats arabes unis dégageraient un excédent en 2014 avec des cours autour de 80 dollars le baril.
Un peu plus au nord, la Russie a besoin d'un cours du Brent de 105 dollars par baril pour équilibrer son budget.
Ces constatations pourraient être de nature à exacerber le risque géopolitique, mais celui-ci sera mitigé par le niveau très élevé des réserves de change accumulées par les producteurs (450 milliards de dollars pour la Russie, 735 milliards pour l'Arabie saoudite).

Dr Paul WETTERWALD,
Chief Economist, Crédit Agricole Private Banking

Alors que des inquiétudes se sont fait jour à l'automne quant à la robustesse de la croissance mondiale, notamment dans la foulée du rapport trimestriel du Fonds monétaire international, il faut rappeler que la récente baisse des prix du pétrole, si elle s'avère pérenne, aura un impact qui va bien au-delà du constat que nous pouvons faire à titre individuel lors de nos arrêts aux stations-service.Le cours de la qualité Brent, soit le pétrole de la mer du Nord, est passé de 100,8 dollars le baril à environ 85 dollars ; celui de la qualité West Texas Intermediate de 98,4 dollars à un peu plus de 81 dollars le baril. Globalement, une telle baisse entraînera, d'une part, une redistribution des producteurs vers les consommateurs/importateurs d'énergie et, d'autre part, une accélération de la croissance...
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