Moyen Orient et Monde

L’heure des jusqu’au-boutistes

Le point
20/11/2014

On a eu tort de ne pas accorder à l'« Op Ed » paru le 5 de ce mois dans le New York Times l'attention qu'il méritait. Et pourtant en lui-même, le titre était d'une éloquence rarement atteinte dans les écrits d'une caste politique qui a toujours choisi de façonner ses mots au bullodozer : « For Israel, two-state is no solution. » Le signataire de l'article énumère à l'appui de son affirmation une série d'arguments allant des 4 500 roquettes tirées par le Hamas l'été dernier à l'émergence de l'État islamique (EI) en passant par une kyrielle d'incidents ayant éclaté après de timides retraits militaires. Naftali Bennett, tel est le nom de l'auteur de cette percutante analyse, détient le portefeuille de l'Économie dans le présent gouvernement. Il est en outre, avec l'autre fleuron de l'équipe en place, l'inénarrable ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman, le principal allié d'un Likoud dont l'étoile n'est plus à son zénith.
Autant dire que Benjamin Netanyahu, lui-même loin d'incarner une douce et blanche colombe, ne dispose d'aucune marge de manœuvre. En conséquence, il a choisi de faire sien l'adage qui conseille, si l'on ne peut vaincre l'adversaire, de se joindre à lui (« if you can't beat them, join them »). Le 29 septembre dernier, il a prononcé devant l'Assemblée générale des Nations unies un discours percutant pour dénoncer le discours ... « provocateur » du président de l'Autorité palestinienne, trois jours auparavant, devant la même instance. Sans parler de son idée fixe, la République islamique d'Iran dont il ne cesse de vitupérer à intervalles réguliers le programme nucléaire.
De l'avis de son entourage, le Premier ministre est conscient du fait qu'il réchauffe au sein de son équipe deux vipères, Bennett et Lieberman, qui se disputent le droit de devenir calife à la place du calife, qui disposent de larges soutiens financiers et surtout pour qui l'excès de patience n'est pas une vertu cardinale. Menacé d'être débordé sur son aile droite, « Bibi » a promis de recourir à la « main de fer » contre les Palestiniens. Joignant le geste à la parole, il a commencé hier par ordonner la destruction de l'appartement d'Abdel Rahman Shalodi, cousin de l'un des deux auteurs de l'attentat de mardi contre une synagogue de Jérusalem et lui-même auteur d'une attaque qui avait fait, le 22 octobre dernier à Jérusalem, deux tués, dont un bébé de trois mois. La riposte risque d'aggraver une situation qualifiée d'explosive, sans parler de son efficacité, jugée plus que contestable, surtout que les démolitions sont appelées à se poursuivre et que l'on peut s'attendre au pire demain vendredi, jour où les fidèles se rendront en masse à la mosquée al-Aqsa.
La violence a atteint la localité d'Ourif, au sud de Naplouse, sur la rive occidentale du Jourdain, où une école a été attaquée par des colons, et dans le secteur de Hébron où des Israéliens s'en sont pris à des autobus transportant des ressortissants palestiniens. En définitive, il faut croire que le falot Mahmoud Abbas aura mouillé sa chemise pour rien, lui qui s'était empressé dès mardi soir de dénoncer l'agression qui a fait cinq morts israéliens, dont quatre rabbins, ainsi que les deux hommes qui l'ont perpétrée, les cousins Oudaï et Ghassan Abou Jamal.
Israélienne, la radicalisation est aussi palestinienne et elle ne date pas d'hier. Fin septembre déjà, le Palestinian Center for Policy and Survey Research publiait les résultats d'une enquête exhaustive qu'il venait de conduire. À Tel-Aviv où l'inquiétude grandit depuis, on n'a pas fini d'en soupeser les conséquences. Si une présidentielle devait se dérouler aujourd'hui en Cisjordanie et à Gaza, c'est Ismaïl Haniyeh (Hamas) qui l'emporterait par 55 pour cent des voix contre 38 pour cent à Abou Mazen. Au Conseil législatif, la proportion serait de 39 contre 36 pour cent. Dans l'enclave, la cote des sympathisants du Mouvement de la résistance islamique atteint 40 pour cent et elle est de 38 pour cent dans la rive ouest contre 33 pour cent au Fateh. Un dernier chiffre : parmi les personnes ayant répondu aux questions des sondeurs, 63 pour cent sont favorables à l'approche militante du Hamas alors que 34 pour cent y sont opposés.
Il y a quelque temps, une Britannique invitait ses concitoyens à tirer la leçon suivante des événements contemporains au Proche-Orient : « La violence nourrit la violence », disait-elle. Son nom ? Sayeeda Warsi, baronne, ancienne ministre d'État britannique (elle a démissionné en août 2014) et ex-coprésidente du Parti conservateur, où elle n'est plus en odeur de sainteté. Comme quoi au Royaume-Uni, comme partout ailleurs, il est des vérités qu'il vaut mieux taire.

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LA TABLE RONDE

Et Merville plutot que d'en taire prefere d'en dire ! Sur les teles sio on parle de plus en plus de guerre judeo/sunnite , il faut le dire puisqu'on est dans le deni des mots vrais . Et une petite lacune Merville , etrangement bizarre que daech n'en dise mot sur le massacre de sunnites palestiniens par des juifs a Jerusalem et ailleurs en pays usurpe , 3eme site religieux le plus important de l'Islam ./ Vous ne trouvez pas ??? ces criminels ont tout massacre sur leur route , au nom de l'Islam , meme des sunnites et surtout des sunnites , pourquoi pas un mot sur des juifs ??? ont ils peur de la mort ?? je ne crois pas !

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