C'est par 34 voix contre une (celle du Dr Moukheiber) et une abstention (M. Hraoui) que le Parlement a accordé les pleins pouvoirs au cabinet Karamé.
Sans être orageux, les débats n'ont pas été ternes ; et, lors du vote, 8 députés sur les 44 présents se sont retirés de l'hémicycle. Ne voulant pas refuser les pleins pouvoirs, ces députés – 7 membres du PNL et M. Joseph Chader (Kataëb) – ont préféré ne pas participer au scrutin.
Avant d'aborder le débat sur les pleins pouvoirs, la Chambre a consacré une heure pleine au vote de deux projets de lois revêtus du caractère de double urgence : le premier prorogeant d'un an le mandat des conseils municipaux : le second octroyant un mois de gratification aux membres des Forces de sécurité pour les dédommager de leurs efforts tout au long de la crise.
Le projet de loi prorogeant d'un an, à dater du 7 décembre 1958, le mandat des conseils municipaux a suscité un débat assez long avant d'être adopté.
M. Nicolas Salem a proposé que la durée de la prorogation n'excède pas six mois et que les élections municipales aient lieu en mars-avril. M. Jean Aziz – approuvé en cela par M. Sabri Hamadé – a fait remarquer que le gouvernement allait sans doute obtenir les pleins pouvoirs. Il pourra, de ce fait, innover et réformer, sans avoir recours à la prorogation devenue routinière du mandat des conseils municipaux.
« Le gouvernement, a répondu le ministre de l'Intérieur, n'a pas voulu inclure les lois électorales dans le projet des pleins pouvoirs ; c'est pourquoi il a adopté le projet de prorogation du mandat des conseils municipaux. »
Après de nouvelles interventions de MM. Georges Akl, Mahmoud Ammar, Nadim el-Jisr, Jean Aziz, Pierre Eddé et Anouar el-Khatib, le chef du gouvernement a clos ce débat en faisant remarquer que la prorogation du mandat des conseils municipaux n'aliène en rien le droit du gouvernement de dissoudre chacun de ces conseils, dans un but de réforme.
À la suite de quoi, le projet de loi a été approuvé à l'unanimité.

