Le poème de Calvet qui accompagne cette toile : « Déchirons, toi et moi, la doucereuse voile. L’âtre violent des rouges-gorges du passé. »
Les toiles rayonnent et exsudent la lumière. Tout comme les mots de cette poésie soyeuse et impalpable comme une poudre d'ailes de papillons. Une histoire, amusante sur les bords, où s'emmêlent l'art de la lyre et celui du pinceau. Une femme magistrat qui écrit des poèmes et un artiste fou de son chevalet. Les deux univers se croisent par le hasard de la beauté et de l'émotion. Mais aussi par l'intermédiaire d'une galeriste, Alice Mogabgab.
C'est Clara Calvet, dans le silence et la solitude de l'inspiration, une fois qu'elle termine la dernière rime (façon de parler, car on est en terrain de poésie libre, sans strophes ni mesure précise!) qu'elle envoie son recueil À terres d'ailes (grain d'humour pour dire que ce n'est pas à tire d'ailes qu'elle s'en irait car, au contraire, elle veut explorer au plus profond cette vie et ce monde!) à Alice Mogabgab qui le découvre dans son «mail box».
Germe alors l'idée de mettre des mots sur les cimaises en même temps que les couleurs... Et c'est Pascal Courcelles (en résidence d'artiste à Jezzine et à Beyrouth) qui en reçoit le coup de foudre. Dès lors naissent ce compagnonnage des images et des vocables, la symbiose des mixed medias et des associations verbales, l'agencement des miroitements d'un univers où règnent eau et végétation, et les brumes enveloppantes des phrases cueillant le frémissement de l'instant et le besoin d'éternité.
C'est dans ce mélange à la fois vaporeux et transparent que baigne le spectateur, qui passe d'une phrase poétique à une image aux transparences sereines. Comme un rêve touché par la grâce de l'insouciance et la méditation. Un rêve imprégné d'une nature qui neutralise et renforce nos peurs, nos angoisses, nos désirs d'évasion, notre volonté de sédentarité, notre soif d'infini, nos velléités, nos certitudes...
Née depuis toujours à la poésie, Clara Calvet dit qu' « un poète au XXIe siècle est celui qui écoute le chant du monde. Le poète a le devoir d'être son propre contemporain». Dans ce recueil, une «cosmogonie rêveuse», dit l'auteure, où les quatre éléments, par-delà onirisme et musicalité, ont des résonances perpétuelles.
Impressions, sensations fuyantes et radieuses qu'on retrouve dans les toiles (c'est du Monet revisité, diront certains) de Pascal Courcelles, paysagiste de bon aloi, qui en est à sa quatrième expo en ces mêmes lieux. Dans un monde d'oppression et de tragédie, Courcelles jette ces grands pans lisses et colorés, riches de matériaux, de scintillements (emploi subtil des paillettes) où éclate la joie de vivre, d'espérer, de rêver. Des bleus fabuleux, indigos ou azurs, des rouges vermillons comme on en voit rarement et ces imperceptibles taches de jaune, de vert, telles des pierres précieuses élégamment oubliées dans un bout de terre entre l'Europe ou l'Extrême-Orient.
Déployant douce nonchalance, ascétisme maîtrisé, teintes chaudes, délicatesse sans maniérisme et un flamboyant dépouillement, le pinceau de Pascal Courcelles rejoint et dépasse les vocables de Clara Calvet. Parfois hermétiques.
Comme un aveu indiscret, il paraît que lors de son séjour libanais pour travailler, l'artiste lâchait la voix de Feyrouz à grands décibels sur la platine. On en entend les échos encore sur le vibrant ruissellement des couleurs sur les toiles. Péremptoires appels, malgré notre poids de chair, pour un vol d'Icare. Invite sans ambages à briser tout cercle de noirceur et accéder à une aérienne légèreté de l'être...
* Jusqu'au 28 novembre.
C'est Clara Calvet, dans le silence et la solitude de l'inspiration, une fois qu'elle termine la dernière rime (façon de parler, car on est en terrain de poésie libre, sans strophes ni mesure précise!) qu'elle envoie son recueil À terres d'ailes (grain d'humour pour dire que ce n'est pas à tire d'ailes qu'elle s'en irait car, au contraire, elle veut explorer au plus profond cette vie...


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