Le secrétaire d’État américain John Kerry a récemment qualifié le TNP de « l’un des plus grands accomplissements du monde moderne ». AFP / Getty / David Bebber
En ces temps de tempêtes économiques, de potentielles pandémies et de troubles civils généralisés, il n'est pas surprenant que tant de personnes partout dans le monde considèrent encore que la plus grande menace de l'humanité reste le conflit nucléaire.
Et à raison. Imaginez les effets potentiels d'une explosion nucléaire de 50 mégatonnes, comparable à celle de la Tsar Bomba qui a explosé en octobre 1961, faisant éclater des vitres à quelque 900 kilomètres (560 miles) de là et projetant un nuage atomique au-dessus de la stratosphère.
Les accords internationaux comme le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires ainsi que l'humeur de bonne volonté générale émergée à l'issue des années de guerre froide ont peut-être convaincu qu'une telle arme ne serait jamais utilisée en situation de combat. Mais il devient de plus en plus clair que le pire n'est peut-être pas encore tout à fait écarté.
Depuis dix ans, la considération des risques vise moins à empêcher que plus de pays n'acquièrent l'arme nucléaire qu'à empêcher que ce ne soient des groupes terroristes ou tout autre acteur qui ne serait pas un État qui acquièrent l'arme (ou n'importe lequel de ses composants).
Les enjeux sont élevés et la menace est réelle. Le danger du terrorisme nucléaire constitue l'une des principales menaces à notre sécurité collective. La moindre quantité de matériau nucléaire pourrait tuer ou blesser des centaines de milliers d'innocents. Les réseaux terroristes pourraient acquérir ces matériaux pour assembler leur arme nucléaire, bouleversant ainsi profondément la paix et la stabilité globale, avec probablement d'extraordinaires pertes humaines et dommages économiques.
Tel a été le principal thème abordé au Sommet biennal sur la sécurité nucléaire, organisé à partir de 2010 avec 47 pays et trois organisations internationales. Mais le sommet a jusqu'à présent limité son champ d'action à la protection des infrastructures et des matières nucléaires contre d'éventuels mauvais usages. Il est largement temps d'élargir la définition de la notion de sécurité nucléaire.
Nous ne pouvons nous permettre le luxe d'approcher les questions conjointes du contrôle des armes à feu, du désarmement et de la non- prolifération indépendamment les unes des autres. Dans notre monde actuel profondément complexe et interconnecté, il nous faut envisager toutes les menaces nucléaires de manière holistique.
Un bon point de départ serait de déterminer dans quelle mesure le Traité sur l'interdiction complète des essais nucléaires contribue à la sécurité nucléaire. En interdisant toute explosion nucléaire, ce traité freine à la fois le développement initial d'une arme nucléaire et les éventuelles substantielles améliorations qui pourraient lui être apportées. La Corée du Nord est, depuis quinze ans, la seule nation à avoir réalisé des essais nucléaires – confirmant ainsi son statut d'État voyou.
Il est certain que ces deux traités ont renforcé la sécurité nucléaire. Seule une poignée de pays ont développé l'arme nucléaire en dehors du Traité de non-
prolifération et le traité d'interdiction des essais nucléaires a permis de considérablement réduire le nombre de ces essais, passés de près de cinq cents tous les dix ans à une petite poignée.
Mais du fait de la non-ratification du traité pour l'interdiction totale des essais nucléaires par huit pays, il n'a pu entrer en vigueur, et la question de sa contribution à la sécurité globale n'a pas encore été inscrite à l'ordre du jour du sommet. Compte tenu de l'existence d'un système de vérification technologiquement très sophistiqué, capable de détecter les moindres essais souterrains – ce que le secrétaire d'État américain John Kerry a récemment qualifié de « l'un des plus grands accomplissements du monde moderne », ceci est particulièrement décevant.
L'échec de la communauté internationale à faire appliquer le traité pour l'interdiction totale des essais nucléaires est l'une des raisons qui explique que les aiguilles de l'iconique pendule Doomsday Clock du Bulletin of Atomic Scientists restent positionnées sur minuit moins cinq – elle n'a jamais été aussi proche de minuit depuis les temps forts de la guerre froide. S'il y a donc bien des sujets d'inquiétude, il n'y a cependant pas de raison de perdre espoir.
Le prochain sommet sur la sécurité nucléaire aura lieu aux États-Unis en 2016. Et une autre opportunité sera offerte par la Conférence de révision du Traité de non-prolifération l'année prochaine, qui permettra au monde de s'attaquer à la question de la sécurité nucléaire à long terme de manière inclusive. Il faudrait en amont de ce sommet de 2016 mettre en place un processus qui fasse avancer l'action internationale en matière de menace nucléaire de manière globale, y compris en assurant l'entrée en vigueur du traité pour l'interdiction totale des essais nucléaires.
Nous le devons à nous-mêmes ainsi qu'aux générations futures de profiter de toutes les opportunités qui nous sont offertes pour créer les conditions de confiance élargie et de compréhension mutuelle indispensables pour libérer le monde de la menace nucléaire. Élargir notre compréhension de la menace et concevoir une approche globale de la sécurité nucléaire ne signifie pas diluer nos efforts ni perdre le cap. Bien au contraire, cela signifie faire attention à n'exclure aucun soutien ou outil utile qui permettait de réduire le risque que l'impensable ne devienne réalité.
Traduit de l'anglais par Frédérique Destribats
© Project Syndicate, 2014.
Lassina Zerbo est secrétaire exécutif de l'Organisation du Traité pour l'interdiction globale des essais nucléaires et membre du Conseil de l'agenda global sur la sécurité nucléaire 2014-2016 du Forum économique mondial.


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