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Et Mstislav Rostropovitch débridait son violoncelle. À 62 ans, il en paraissait vingt, trente à peine. Mais G ne le voyait plus, ne l'entendait plus : il avait éteint le son, détourné les yeux de la télévision. Son angiome picotait un peu. Qu'est-ce qui le retenait d'y aller, là, tout de suite, maintenant, à la porte de Brandebourg ou sur la Bornholmer Straße, prendre une pioche, un pic, même à mains nues : grand-père Panteleï aurait été très déçu s'il ne l'avait pas fait, et aider les démolisseurs à dynamiter ce mur de la honte? Même Raïssa n'aurait pas dit non. Entre chaque pierre qu'il aurait arrachée, comme on arrache du tissu métastasé d'un organe pourtant encore vivant, comme on arrache les socles d'un Parti communiste (de l'Union soviétique) en crachant, comme on arrache les yeux des tortionnaires des Grandes Purges de 1937, ceux-là mêmes qui avaient fait du mal à grand-père Panteleï, entre chaque geste donc, il se serait reposé en lisant Pouchkine. Eugène Oneguine, sûrement. Non. G n'aurait pas été dans l'übercœur berlinois. Pas parce que cela ne fait pas, qu'un premier secrétaire du PCUS aille briser le chef-d'œuvre de toute une vie (de toutes les Russies). Pas parce qu'il n'aime pas ces Est-Allemands qui hurlaient Gorbi, Gorbi, hilf uns, aide-nous, il a même cru apercevoir une certaine Angela Merkel sortir du sauna ce 9 novembre-là, au contraire, il les adore. Pas non plus parce qu'il comptait aller foutre une belle claque à George Bush père, à François Mitterrand, à Margaret Thatcher, qui crevaient de trouille dans leurs palais. Ni parce que les die wende, les tournants en tous genres, lui faisaient peur. Non, encore non. G était juste occupé à dessiner. Des frontières. À les redessiner plutôt. Des Sykes-Picot immémoriaux et slaves. Et tant pis si le maître, l'autre Mikhaïl, le grand, Souslov, allait lever les yeux aux cieux. Tant pis si Lénine, si Staline, si Khrouchtchev, si Andropov et les autres, tous les autres, ces 293 millions d'habitants de l'URSS allaient le haïr à jamais, pour toujours. Tant pis si c'est la fin de Yalta, la fin de l'héritage de Joseph, de l'écrasement de l'Allemagne hitlérienne dans la grande guerre. G s'en tape. G aime dessiner. L'Estonie. La Lituanie. L'Azerbaïdjan. L'Ukraine aussi, surtout l'Ukraine. Il aime dessiner des sourires sur le visage d'Edouard Chevarnadze, son Edouard. Il aime dessiner des place Rouge atrocement anamorphosées, historiques, comme un certain 1er mai 1990 à venir. G entend déjà : À bas Gorbatchev ! , À bas le PCUS, exploiteur et pilleur du peuple!, À bas le socialisme ! , À bas l'Empire rouge fasciste ! , etc. G redessine son artère carotide, redessine des trèfles à quatre feuilles, redessine Vladimir Poutine qu'il exècre. G n'en peut plus. En 2009, il disait qu'il était fier, que si l'Union soviétique l'avait voulu, elle aurait pu stopper la réunification allemande. Et que ce serait-il produit alors ? Je ne sais pas, peut-être la troisième guerre mondiale. Cinq ans plus tard, son angiome le brûle, Raïssa n'est plus là, Poutine est de plus en plus exécrable, il en a marre de donner des conférences et de répondre aux questions, il a 83 ans, 830 dans sa tête, Pouchkine ne l'amuse plus, ses compatriotes le méprisent, il dit : Le monde est peut-être aux portes d'une nouvelle guerre froide. G(orbatchev) a mal à sa Russie, il veut aller à Barcelone.


ET POURTANT GORBO... COMME THÉSÉE... EN QUITTANT L'ENFER BOLCHEVIQUE... LE FIT QUITTER À TOUT LE PEUPLE RUSSE ET LES SATELLITES DE LA SOVIÉTIQUE RÉDUITS PAR LES DÉMONS BOLCHOS AU MARTYRE !
14 h 27, le 11 novembre 2014