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Nos lecteurs ont la parole - Rachel Khouri Acar

Une mission façon Charlemagne, ou pas trop ?

Cher Charlemagne,
Plusieurs décennies nous séparent. Toutefois, j'ai une question à vous poser : les écoles d'aujourd'hui, leur organisation, leurs missions, leurs programmes, leur savoir-faire... ça rejoint en quelque sorte votre vision de l'école ? C'est ce que vous aviez en tête quand vous aviez inauguré cette institution ?
Façonner l'homme par l'éducation, c'est dans ces mots que réside votre mission, une philosophie très simple qui permet à chaque être de jouir de l'apprentissage des langues, des sciences et des arts, tenu par des religieux savants, gratuit et pour tous.
Au Liban, le principe de l'époque carolingienne a été sauvegardé jusqu'à aujourd'hui, mais le fond a été remanié continuellement pour aller de pair avec les exigences de l'époque. Le monopole de l'éducation est tenu par des directeurs dont le but premier est d'avoir des écoles distinguées, pionnières et visionnaires. L'ardoise est remplacée par un tableau blanc ou un tableau interactif dans la plupart des établissements et les méthodes d'apprentissage sont devenues plus actives. Plusieurs disciplines ont été aussi ajoutées au programme scolaire et des professionnels spécialisés s'occupent de l'enseignement.
Oui, l'enseignement a connu un progrès remarquable. Mais, certes, qui paye le prix ?
Est-ce l'apprenant ? Nos programmes sont-ils vraiment faits pour former des apprenants autonomes, penseurs, ayant la curiosité d'apprendre pour des raisons autres que la note finale ? Est-ce que la mission des écoles, aider nos élèves à être de bons citoyens respectant les valeurs humaines, est atteinte ? L'enseignement public au Liban est-il à la hauteur ? De son côté, l'enseignement privé joue-t-il le rôle de « sauveur » en présentant un enseignement de qualité, destiné à un public précis et laissant parfois de côté la formation de l'être ? Et on reproche à nos apprenants d'être nonchalants et de n'avoir aucune idée de ce qu'on appelle « respect » et les « valeurs humaines » ! Nos élèves souffrent du manque de professionnalisme et de discipline dans les écoles publiques, du surplus de notions dans les écoles privées qu'ils oublieront une fois le test terminé et qu'ils n'utiliseront presque jamais dans leurs parcours universitaire et professionnel.
Est-ce les parents ? Ils payent cher l'éducation de leurs enfants, sans compter les frais des professeurs privés, des centres d'études ou des écoles pour assurer à leurs petits des cours de mise à niveau, de remédiation ou de poursuite des études. Sont-ils conscients que, dans la plupart des cas, tout ce qui compte pour leurs enfants est uniquement leur présence ? Pourtant, à quel point peuvent-ils être présents quand ils se trouvent dans l'obligation de travailler dur pour subvenir aux besoins vitaux de leur famille ? Ont-ils la force d'affirmer que l'échec de leur enfant n'est pas toujours la faute d'un professeur ?
Est-ce le professeur ? Êtes-vous vraiment convaincu qu'il est, comme on le présente il y a quelques mois, le bourreau qui viole les droits des parents en formulant des demandes injustes ? Un professeur qui est à la hauteur de sa mission consacre ses après-midi, ses week-ends et ses congés pour donner à notre jeunesse qui s'intéresse à peu de choses ce goût de l'apprentissage. Cependant, est-il bien payé pour le faire ?
À quel prix ? Qui est le bouc émissaire ?
Ces questions comptent le moins. L'on passe notre temps à se renvoyer les responsabilités et l'on néglige parfois que nous sommes, tous, les victimes d'un système stérile que personne n'ose changer.
Mon cher Charlemagne, il y a plein de points obscurs à rectifier, de blessures à soigner et de clans à réconcilier. L'éducation que vous aviez prônée pour être une arme de paix, de sagesse et de coopération devient entre nos mains, comme toute arme, un outil d'arrogance, de mésentente, de désunion et de dévastation des générations à venir.
Peut-être que ce que l'on cherche n'est pas tant une mission trop ambitieuse qu'une mission plus réaliste et simple ?
J'aspire à ce jour où je n'entendrai plus dans les couloirs : « Qui a eu cette idée folle un jour d'inventer l'école ? C'est ce... »
Avec tous mes respects.

Cher Charlemagne,Plusieurs décennies nous séparent. Toutefois, j'ai une question à vous poser : les écoles d'aujourd'hui, leur organisation, leurs missions, leurs programmes, leur savoir-faire... ça rejoint en quelque sorte votre vision de l'école ? C'est ce que vous aviez en tête quand vous aviez inauguré cette institution ?Façonner l'homme par l'éducation, c'est dans ces mots que réside votre mission, une philosophie très simple qui permet à chaque être de jouir de l'apprentissage des langues, des sciences et des arts, tenu par des religieux savants, gratuit et pour tous.Au Liban, le principe de l'époque carolingienne a été sauvegardé jusqu'à aujourd'hui, mais le fond a été remanié continuellement pour aller de pair avec les exigences de l'époque. Le monopole de l'éducation est tenu par des directeurs dont le...
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