En dépit de la division suscitée par la question de la prorogation du mandat du Parlement, la décision a été adoptée et les parlementaires se voient investis une nouvelle fois d'une nouvelle législature de 31 mois.
Le chef du Parlement, Nabih Berry, qui était au départ contre la prorogation, a fini par emboîter le pas au Hezbollah qui avait exprimé ses craintes de voir s'installer le vide. Son secrétaire général avait déjà affirmé la veille que son parti était en faveur de la continuité des institutions. Hassan Nasrallah avait également tranché la question relative à un éventuel changement de régime, martelant l'idée que le parti chiite ne soutenait en aucun cas l'idée d'une Assemblée constituante.
Après avoir modifié sa position initiale, M. Berry a convaincu à son tour les Forces libanaises de la nécessité de voter en faveur de la prorogation afin de lui insuffler une dose supplémentaire de légitimité, surtout que le président du Parlement a échoué dans sa tentative de convaincre le Courant patriotique libre d'aller dans le même sens.
Une chose est certaine : la prorogation a suscité un climat d'entente, notamment entre les leaderships sunnite et chiite, ouvrant ainsi les canaux de communication entre les députés du courant du Futur et ceux du Hezbollah. Une ouverture que le président du Parlement, Nabih Berry, entend mettre à profit, lui qui a laissé entendre devant ses visiteurs que la prochaine étape consiste à prendre contact avec le chef du courant du Futur pour tenter de conduire à maturité l'échéance présidentielle.
Un député du 8 Mars révèle d'ailleurs à ce propos que le chef du PSP, Walid Joumblatt, a joué un rôle certain pour rapprocher les points de vue et susciter un climat positif susceptible de relancer le dialogue entre le Futur et le Hezbollah, une idée saluée par le secrétaire général du parti chiite.
Hassan Nasrallah a ainsi saisi l'occasion pour rendre en même temps hommage au rôle joué par Saad Hariri lors des derniers incidents de Tripoli et à sa position de soutien à l'armée.
Selon des observateurs, la prorogation et les développements sur le plan régional sont en tous les cas susceptibles de briser la polarisation aiguë entre 8 et 14 Mars et de créer un nouveau climat incitatif au dialogue entre les différentes forces politiques.
Ainsi, assure un député du 14 Mars, la prorogation entraînera inéluctablement un changement de la donne au plan politique. On en voit déjà les prémices, notamment dans la modération des discours politiques de part et d'autre.
Tout aussi symptomatique est le discours de Hassan Nasrallah qui a réclamé l'élection d'un président de la République en toute urgence, appelant à retirer cette échéance des mains des puissances régionales et à ne pas parier sur les changements régionaux.
En somme, un discours d'autant plus révolutionnaire – dans le sens positif du terme – que le secrétaire général a usé d'un ton on ne peut plus conciliant cette fois-ci après avoir tiré à boulets rouges sur l'Arabie saoudite dans son dernier discours.
Pour l'instant, les forces du 14 Mars prennent leur temps avant de réagir, quand bien même elles estimeraient que la position du numéro un chiite est venue répondre à l'initiative de Saad Hariri et à la politique de la main tendue qu'il avait inaugurée.
Ce nouveau pas en direction du chef du courant du Futur serait-il d'inspiration iranienne, se demandent certains observateurs qui sont tentés d'y voir un signe envoyé à l'Occident, plus précisément aux États-Unis à la veille de l'accord sur le nucléaire. Une manière, selon eux, de rehausser l'image de la République islamique aux yeux de leurs interlocuteurs.
Un lifting dont celle-ci aurait besoin aujourd'hui plus que jamais à la lumière des développements dramatiques dans la région et de la guerre acharnée que mène le Hezbollah dans le Qalamoun avec le front al-Nosra et l'État islamique.
La question est également de savoir si Hassan Nasrallah est sincère dans sa démarche ou s'il s'agit d'une manœuvre pour gagner un peu de temps, n'ayant pu se soustraire à l'initiative de Saad Hariri après les incidents tragiques de Tripoli.
Il est également légitime de se demander si l'approche du secrétaire général n'est pas une mesure prise dans le but de réduire la tension dans la rue musulmane, entre sunnites et chiites, et d'étouffer la discorde grandissante.
En rendant hommage à Saad Hariri et au leadership du courant du Futur dans son ensemble, le Hezbollah a-t-il voulu en outre lui arracher une position de soutien à la présence du parti chiite en Syrie ? En annonçant fermement que le général Michel Aoun est leur candidat naturel à la présidence, Hassan Nasrallah a-t-il cherché par ailleurs à inciter Saad Hariri à œuvrer pour obtenir des responsables saoudiens un appui à la candidature de M. Aoun ?
On pourrait également envisager le fait qu'en annonçant son appui à Michel Aoun, le secrétaire général du Hezbollah a peut-être voulu brandir une carte qui pourrait lui servir par la suite dans les négociations autour d'un candidat consensuel, le chef du CPL ayant été présenté par M. Nasrallah comme étant le chef d'un camp politique et non l'homme du consensus.
D'ailleurs, estime un observateur, le fait de rendre un tel hommage à Saad Hariri pour ses positions à Tripoli ne peut qu'embarrasser ce dernier qui se voit alors obligé de réagir positivement à cette attitude. Celle-ci le place cependant dans une position tout aussi embarrassante par rapport à la rue sunnite. C'est ce qui fera dire à certaines figures islamistes que le Hezbollah a tout simplement cherché à coincer Saad Hariri et non à lui tendre la main pour aller le retrouver à mi-chemin alors que le courant du Futur y voit, pour sa part, du positif autant que du négatif.
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