Moyen Orient et Monde

Sous la férule de maître Dollar

Le point
04/11/2014

Tout le monde paraît résigné à ce qui semble inéluctable : les démocrates à la défaite, leur leader à un cinglant « No, you can't », les Américains à une certaine continuité dans l'apparent changement (ou l'inverse...) et les républicains à un cadeau empoisonné. C'est dire que les élections d'aujourd'hui ne représenteront pas pour les deux grandes formations une promenade de santé. Pourtant, les augures sont favorables au parti de l'éléphant dont les caciques disent s'attendre à un véritable raz-de-marée qui leur permettra d'élargir leur majorité à la Chambre des représentants et même à rafler la mise au Sénat, réussissant ainsi un parfait une-deux.
Lors des 21 midterms précédents, le parti du président a mordu la poussière avec une consternante régularité, perdant en moyenne 30 sièges à la Chambre basse et 4 autres à la Chambre haute. Cette fois, les candidats ont concentré leurs efforts sur huit États susceptibles de faire la différence : Alaska, Louisiane, Georgia, Colorado, Kansas, Iowa, Kentucky et New Hampshire. Il suffira au Grand Old Party d'enlever six de ces places fortes – ce qui, déjà, n'est pas une mince affaire – pour espérer mener la vie dure à la Maison-Blanche durant les deux années à venir. Dans l'actuelle législature, la proportion est de 55-45 en faveur des démocrates, si l'on compte les deux sénateurs indépendants qui font bloc avec ces derniers.
Durant les ultimes heures séparant le pays du jour J, chacun manie, avec une dextérité née d'une longue praitique, l'understatement pour ne pas trop effrayer ses partisans mais aussi pour éviter autant que faire se peut un nombre trop important de désaffection, la palme de la litote revenant aux stratèges démocrates qui parlent d'un « environnement stimulant » (challenging). Leurs adversaires, eux, évoquent avec une compréhensible appréhension une clientèle de transition (transient), celle dont l'opinion varie d'un instant à l'autre et qui inspire aux sondeurs une terreur justifiée. L'ambiance malsaine, résultat des innombrables erreurs de trajectoire de la présente administration, fait qu'il y a tout lieu de craindre une sentence anti-Obama qui donnerait du tableau politique du pays une image forcément déformée. Alors que les consultations de mi-mandat sont traditionnellement boudées par les Américains non partisans mais généralement favorables au régime en place, cette fois, cet électorat-là ne cache pas sa volonté de se tourner vers le camp adverse. Malgré tout, la partie est tellement serrée que l'issue dans une dizaine d'États – une douzaine, selon certaines sources – se joue à une différence (minime) de cinq points. Pour peu que l'on veuille ajouter à ce chiffre le pourcentage d'indécis, on aboutit à un tableau plutôt flou mais qui autorise tous les espoirs.
Depuis trois semaines, les regards se sont tournés vers ce Général Dollar qui pourrait représenter un facteur déterminant. D'ores et déjà il est établi qu'il s'agira, avec un budget global de quatre milliards de dollars, des midterms les plus onéreux de l'histoire avec ceux de 2010 qui avaient plafonné à 3,6 milliards et à 6,2 milliards si l'on y ajoute les frais de la présidentielle qui se disputait cette année. Ce qui coûte cher ? Les publicités, les appels téléphoniques, les courriels... Rien qu'au cours des deux dernières semaines, les équipes techniques des républicains et celles des démocrates auront claqué chaque jour la somme de 19,4 millions de dollars.
Les milliardaires n'ont pas rechigné à sortir leur chéquier pour donner des sommes de sept et parfois huit chiffres. À lui seul, l'ancien maire de New York Michael Bloomberg, virulent critique de la loi sur la détention et le port d'armes, y est allé d'un généreux cadeau de 20 millions. Il n'est dépassé que par le libéral Tom Steyer, ardent défenseur de l'environnement, une cause pour laquelle il a donné la somme record de 73 millions. Et les PACs (Political action committees) ont emboîté le pas, enhardis par l'arrêt dit Citizens united vs Federal election commission rendu le 21 janvier 2010 par la Cour suprême, autorisant la participation financière des entreprises aux campagnes politiques et enterrant du coup la loi sur le financement des campagnes électorales.
Les amendements successifs à la législation jusqu'alors en cours font qu'une sénateur, Kay Hagan (démocrate, Caroline du Nord), a été péjorativement qualifiée d'« extreme liberal » et sa collègue de la Louisiane d'accélérer le phénomène d'inflation.
Au pays de tous les excès, où tout est matière à spectacle, ce ne sont là que peccadilles, tout juste bonnes à agrémenter le numéro d'un auteur de late show. L'important étant de gagner, tous les coups sont permis, même les plus déloyaux. La grosse caisse, c'est fait pour ça.

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RE-MARK-ABLE

Je pense que la blanche amérique n'a plus envi de rire , ils ont voulu amuser la galerie en imposant un "folklorique" et le cœur n'y est plus . On disait pourtant que pour les amerlocks seule l'économie compte , voilà qu'elle va mieux mais on rejette le bonhomme , une preuve que les candidats ont une feuille de route ou cahier des charges à remplir , pour plaire aux " guides suprêmes" des lobyistes divers et connus .

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