L'Afrique. La terre brune, porteuse des origines. Le temps est toujours aussi lent ici. C'est comme si la vie humaine s'était réveillée là et avait émigré dans le monde entier pour se développeer à une vitesse exponentielle.
Ce berceau est toujours aussi calme qu'au commencement. Il conserve sa face, ses traditions et bouge lentement, lentement.
Le continent est très riche et le peuple est misérable. La pauvreté n'est pas l'absence de l'argent, c'est plutôt l'absence des ressources ou l'ignorance de leur existence.
Le Masai n'est pas pauvre. Il est riche d'un système économique propre à lui: l'autosuffisance. Ses maisons sont construites de boue et de paille trouvées sur son territoire. Sa nourriture se limite au lait, au sang et à la viande que lui fournissent ses vaches. Il est riche sans argent. Il est riche puisqu'il est indépendant du système monétaire que nous connaissons.
Les Masais n'ont pas faim. Les Africains affamés sont ceux qui dépendent du gouvernement. Ils n'ont pas de ressources propres à eux. Leur dépendance du système monétaire les appauvrit et ils n'ont pas assez pour se nourrir et se loger.
Le voyage en Afrique, c'est le retour aux sources. C'est le retour à la communauté socialiste qui se contente de peu pour vivre en toute dignité et liberté.
Le chef de la tribu était étonné de m'entendre demander s'il payait la femme qui éduquait les enfants du village. Yeux tout ronds il a répondu: «Pourquoi payer? Elle a le temps, alors elle le fait.» J'ai pensé alors à cette symbiose qui a toujours existé dans la nature entre animaux et plantes. Cela existait aussi dans les sociétés que nous appelons «primitives».
J'ai voyagé en Afrique et j'ai dormi dans les savanes, entourée d'animaux sauvages sans même avoir peur d'être attaquée. Je risque beaucoup plus en pleine ville. Les sauvages et les primitifs sont plus dignes de confiance que les «civilisés». Ils vivent en symbiose avec la planète et n'en abusent pas.
Partir de Dubaï pour visiter l'Afrique, c'est recevoir un coup sec sur la face. Je ne suis pas experte en finances ni en économie, mais je n'en juge pas moins que le système monétaire adopté autour du monde est à reconsidérer.
Les ressources de la planète appartiennent à tous ses habitants. Prenez ce que cette terre a à offrir et partager, partagez justement!
J'ai vu la famine d'Afrique dont j'ai toujours entendu parler. J'ai vu la vieille femme disputer un enfant pour un œuf que je venais de lui donner. Imaginez un peu le degré de désespérance qui pousse une femme à une action offensive pareille envers un enfant vulnérable et mal nourri...
Faire un safari en Afrique m'a aussi appris que l'«homme blanc» n'a toujours pas arrêté d'exploiter l'«homme noir». Le pays est très riche en ressources naturelles, mais les investisseurs sont en majorité européens et américains. Le terme a changé. Je ne parle plus d'esclavage, mais d'exploitation car les dirigeants du pays sont le médiateur à l'action. Ils se laissent soudoyer et l'argent est transféré sur des comptes dans les banques étrangères. L'Africain voit son pays pillé, mais n'a pas le pouvoir de se révolter. Bien évidemment, les grands n'ont pas l'intention de soutenir des révolutions allant contre leurs intérêts financiers.
Voyager en Afrique, c'est faire la connaissance de l'homme bon, pur et riche sans argent, mais c'est aussi regarder l'hypocrisie et la cupidité humaine droit dans les yeux.
Rindala SEMAAN
Nos lecteurs ont la parole - Rindala Semaan
Retour d’un safari en Afrique
OLJ / le 16 octobre 2014 à 00h00

