Moyen Orient et Monde

Succès et succession

Le point
14/10/2014

Plus les problèmes se compliquent et plus faciles à trouver sont leurs solutions, dit un proverbe libanais, sans doute inventé par un imbécile heureux qui n'a jamais rencontré d'accroc dans le long fleuve tranquille de son existence.
Comme si les innombrables crises que connaît le Proche-Orient ne suffisaient pas, voici que les deux grands décideurs régionaux, le royaume wahhabite et la République islamique, sont confrontés à des difficultés de succession – graves comme le sont, plus souvent qu'à leur tour, les querelles dites de famille. On nous a appris qu'en régime démocratique, la passation de relais s'effectue suivant des normes régies par la Constitution. Ailleurs, ce sont les usages qui prévalent. Ailleurs encore, la loi est celle du glaive, une règle jadis en vigueur mais qui est considérée comme surannée, officiellement à tout le moins. Le roi est mort, vive le roi ! Le guide suprême rejoint son Créateur ? Un nouveau waliy el-faqih est choisi. Clair, non? Pas tant que ça.
Le jeudi 27 mars de la présente année, Abdallah ben Abdel Aziz surprend ses sujets en propulsant son demi-frère, Muqrin, 69 ans, au troisième rang dans la lignée, après le prince héritier Salman, 79 ans. « Un décret inchangeable », faisait savoir dans la foulée la maison royale, comme pour bien marquer autant l'importance de l'événement que la solidité de la dynastie au pouvoir. L'intéressé, le 34e et le plus jeune fils du fondateur du royaume, le roi Abdel Aziz al-Saoud, fut tour à tour un brillant pilote de chasse, le responsable numéro un des services de renseignements et le gouverneur de Médine. Maintenant que la maladie de Salman n'est plus un secret jalousement gardé, il devient, après le monarque, l'homme le plus puissant du pays. L'un des plus traditionalistes, indique-t-on, s'étant engagé dès sa désignation « devant Allah, le gardien des deux saintes mosquées, le prince Salman et le peuple à continuer de respecter la charia, ainsi que le Coran et la sunna comme Constitution »
Âgé de 90 ans, le souverain, qui avait été placé sous respirateur durant ses deux heures d'entretien avec Barack Obama, en mars dernier, s'est lancé depuis des années dans une patiente entreprise de modernisation dont commencent à apparaître les effets. De jeunes membres de la maison Saoud occupent aujourd'hui des postes-clés, dont le fils du roi, le prince Mout'eb, placé à la tête de la garde nationale, et le neveu du monarque, le prince Mohammad ben Nayef, devenu ministre de l'Intérieur. Le passage à la nouvelle génération, celle des petits-fils du fondateur d'un pays qui lui doit son nom, est en marche avec, à l'horizon, des nuages locaux, régionaux et même mondiaux qui n'ont rien de rose.
Problèmes de succession aussi de l'autre côté du Golfe où, fait sans précédent depuis 1979, se pose la question de l'après-Khamenei. On n'a pas oublié l'affaire Montazeri, successeur désigné de Khomeyni mais poussé à la démission par celui-ci, le 29 mars 1988, pour sa défense des droits du citoyen et de la libre économie. Le père de la révolution lui avait préféré Ali Khamenei, celui-là même qui vient de subir une ablation de la prostate hautement médiatisée, comme pour préparer l'opinion à un prochain retrait de la scène publique. C'est que le choix d'un nouveau guide de la révolution représente une affaire qui concerne au premier chef le clergé et le corps des pasdaran, un organisme tout-puissant militairement et économiquement. L'actuel waliy al-faqih, on le sait, doit son intronisation en 1989 bien plus aux hommes du général Yahia Rahim Safavi qu'aux membres de l'Assemblée des experts chargés officiellement de le nommer. Les choses semblent se compliquer du fait que le président de cette instance, l'ayatollah Mohammad Reza Mahdavi Kani, 83 ans, se trouve dans le coma à la suite de complications de son état de santé (il souffre d'une insuffisance cardiaque). Le mois dernier, Khamenei avait pris l'initiative de lancer un appel à l'unité, « même s'il peut exister des divergences d'ordre politique ». Maintenant que des noms sont déjà évoqués pour lui succéder – ceux de l'ayatollah Mahmoud Hachemi Chahroudi, de Ali Akbar Hachemi Rafsandjani, de l'ayatollah Sadeq Larijani -, les questions qui se posent portent sur le poids de l'autorité morale du prochain dirigeant, sur le type même de leadership qu'il serait appelé à exercer et surtout sur les rapports de l'Iran avec des voisins qui voient en lui un ennemi à l'ambition démesurée.
Ici et là, si elle devait se produire (plutôt improbable, mais sait-on jamais ?), la révolution se fera entre les murs du sérail. Elle pourrait n'en être que plus implacable.

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RE-MARK-ABLE

Un bel eclairage sur le fonctionnement des plaques techtoniques politiques dans la peninsula du golfe , mais excusez moi Merville , comparaison n'est pas raison ! mettre tout ce monde dans le meme sac releve d'un esprit qui n'a jamais ete le votre ! Pour rester dans le progres des idees il serait bon de souligner qu'en Iran il y a un parlement elu au suffrage universel , avec des composantes diverses et un groupe de juifs iraniens qui vote des lois , on a aussi une presidentielle au suffrage universel et la surprise a ete Rohani la derniere fois ! En Iran on a une democratie qui fonctionne , pas parfaite, entre nous ou le serait elle ? aux us , en france , en angleterre ??, laissez moi rire ! Alors que la binsaoudie c'est le desert total en tout point de vue , pas de parlement pas d'elections , pas de diversites d'expressions , rien , nada ... et vous nous faites des paralleles !! allons , pas vous ! avec tout le respect que je continue de vous devoir ...

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