Le ministre d’État insiste sur la nécessité de moderniser l’administration libanaise pour la rendre plus efficace. Photo NNA
Le ministre d'État pour la Réforme administrative, Nabil de Freige, a participé samedi, à Broummana, à un atelier organisé par les salariés du secteur public et de l'association Friedrich Ebert. La réunion a été le théâtre de discussions portant sur l'avenir de la fonction publique au Liban, en présence de nombreux acteurs des mouvements syndicaux mobilisés depuis de longs mois pour obtenir l'adoption de la loi de la nouvelle grille des salaires. Le directeur général du ministère du Travail, Youssef Naous, le président de la Ligue des fonctionnaires, Mahmoud Haïdar, le président de la Ligue des enseignants du secondaire, Hanna Gharib, le président de la Ligue des enseignants du primaire, Mahmoud Ayoub, ainsi que le mohafez du Liban-sud, Mahmoud Daou, ont également assisté à la réunion.
M. de Freige a déclaré qu'il était « favorable à l'adoption d'une nouvelle grille des salaires, à condition que celle-ci soit accompagnée d'une série de réformes de la fonction publique ». Le ministre d'État a ainsi estimé que « l'évaluation de la productivité des fonctionnaires était un préalable à toute nouvelle évaluation des traitements dans la fonction publique ». Il a également mis en avant la nécessité d'adapter « avec précision » l'amplitude horaire de chaque poste aux besoins de l'administration. M. de Freige a par ailleurs rappelé que la légitimité des revendications des employés du secteur public, comme la nécessité de procéder à un ajustement de leur rémunération de façon pérenne, ne devait pas se faire au détriment de l'équilibre budgétaire.
Le ministre d'État est ensuite revenu sur le protocole d'accord récemment signé avec la ministre française de la Décentralisation et de la Fonction publique, Marylise Lebranchu. Rappelons que ce texte vise à renforcer la coopération franco-libanaise en matière de modernisation de l'État et de la formation des fonctionnaires. M. de Freige a utilisé cet exemple pour insister sur l'importance de la coordination entre les syndicats et le gouvernement en vue de réaliser les avancées indispensables à la modernisation de l'administration. Une mission qui passe aussi bien par l'informatisation des services de l'État que par la suppression des obstacles bureaucratiques ou encore l'optimisation du processus de recrutement et de formation des fonctionnaires.
De son côté, M. Haïdar a énuméré la liste des exigences des fonctionnaires qui feront l'objet de discussion au sein des commissions parlementaires mixtes à partir de ce début de semaine. L'augmentation des traitements « d'au moins 75 % avec effet rétroactif à compter de la date du premier juillet 2012 et sans augmentation corrélative du temps de travail » figure en tête de liste des revendications exposées. M. Haïdar s'est également prononcé contre l'augmentation du temps de travail de 32 à 35 heures sans contrepartie, et pour la suppression des articles 29, 31 et 33 concernant le nouveau régime des indemnisations de santé, entre autres doléances.
Le rassemblement comme mot d'ordre
M. Haïdar a ensuite appelé les partis politiques à s'accorder, malgré leurs désaccords, pour faire passer la réforme, rappelant que le Comité de coordination syndical avait réussi l'exploit de « rassembler les Libanais au-delà des clivages » autour d'une question centrale dont dépend la viabilité de l'administration du pays. Il s'est aussi exprimé contre un nouveau retard dans l'adoption de la grille des salaires, assurant que dans le cas contraire « le mouvement de protestation se poursuivrait ». Il a enfin estimé que le financement de cette réforme « devait mettre à contribution les propriétaires de biens-fonds maritimes comme les établissements bancaires », et il a appelé la nécessité pour l'État de « lutter contre la corruption au sein de ses services ».
Les participants à la réunion ont ensuite pu attaquer la première session de travail axée sur le droit des fonctionnaires à participer à l'action syndicale, animée par le représentant du député Samy Gemayel, l'avocat Charles Saba.
Rappelons que la commission parlementaire des Finances et du Budget, présidée par le député Ibrahim Kanaan, s'est réunie mercredi dernier avec des représentants du Comité de coordination syndical. À noter également que les finances publiques doivent composer avec près de 200 000 fonctionnaires et plus de 80 000 retraités de la fonction publique répartis selon un organigramme institué dans les années 60. Le président du CCS, Maroun Khawli, a par ailleurs déclaré que les syndicats représentés « ne pouvaient accepter que le financement de la grille des salaires se fasse aux dépens des personnes à faible ou moyen revenu ». Une déclaration qui laisse supposer que le débat risque encore se prolonger.


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