Des membres du personnel de l’hôpital La Paz demandent la démission de la ministre espagnole de la Santé Ana Mato, après qu’une aide-soignante espagnole a contracté le virus Ebola. Andrea Comas/Reuters
Les autorités sanitaires espagnoles ont entamé hier une course contre la montre pour identifier les contacts de la première personne à avoir contracté le virus d'Ebola hors d'Afrique, une aide-soignante madrilène, et tentaient de répondre aux questions de l'Europe inquiète. Trois personnes supplémentaires étaient hospitalisées hier à l'hôpital Carlos III : le mari de l'aide-soignante, ainsi qu'une infirmière et un ingénieur, de retour d'un voyage au Nigeria, selon les autorités de l'hôpital, ces deux derniers ne présentant cependant aucun symptôme. De son côté, « la Commission européenne a envoyé lundi un message au ministère espagnol de la Santé pour obtenir des éclaircissements » sur ce qui a rendu possible cette première contamination hors du continent d'origine, a expliqué un de ses porte-parole, Frédéric Vincent. « Il y a évidemment eu un problème quelque part », alors que les États membres de l'UE sont censés avoir mis en place des procédures coordonnées pour prévenir l'entrée du virus sur le territoire de l'Union européenne, comptant 507 millions d'habitants, a-t-il souligné. « Le plus important », a expliqué hier matin à Madrid la directrice générale de la Santé publique, Mercedes Vinuesa, est maintenant « d'isoler les contacts » de cette aide-soignante, contaminée en s'occupant d'un des deux missionnaires atteints par l'Ebola, rapatriés du Liberia et de Sierra Leone, et décédés respectivement le 12 août et le 25 septembre à Madrid. « On ne peut pas se bander les yeux », a aussi admis le coordinateur du Centre d'alertes et de secours du ministère de la Santé, Fernando Simon : une victime d'Ebola a été en contact avec d'autres personnes et « la possibilité que l'un de ses contacts soit infecté existe », d'autant que cette femme, atteinte de symptômes dès le 30 septembre, n'a été hospitalisée que lundi. De plus, les autorités sanitaires ont identifié 52 personnes potentiellement exposées : l'équipe de soignants des premiers patients et le personnel ayant été en contact avec la malade lorsqu'elle était contagieuse. Pour les autres, les recherches dans l'entourage se poursuivaient. De leur côté, des experts européens ont pointé des failles dans le système de prise en charge de l'Espagne. « Si des mesures de confinement appropriées avaient été prises, cela n'aurait pas dû se produire », a estimé Jonathan Ball, professeur de virologie à l'Université britannique de Notthingham, cité par Science Media Centre, agence spécialisée dans les sciences.
Colère des personnels de santé
Par chance, l'aide-soignante d'Alcorcon, une ville de banlieue de classe moyenne au sud de Madrid, qui était en vacances, n'a pas quitté la capitale, évitant une diffusion plus large de la maladie. Mais parmi ses collègues, qui se disaient victimes de « désinformation », la psychose régnait et chacun se demandait qui avait été en contact avec la malade et quand. L'affaire d'Ebola ? « Tout l'hôpital ne parle que de ça. Mais nous ne savons rien, c'est la désinformation », déclare un médecin des urgences, service dont plusieurs infirmières ont dû intervenir auprès de deux patients rapatriés d'Afrique à Madrid et morts du virus. « C'est la psychose », témoigne aussi une cardiologue à l'hôpital de La Paz-Carlos III. « On ne comprend pas comment une personne qui avait une double combinaison et deux paires de gants a pu être contaminée »,
explique-t-elle encore en estimant que l'Espagne n'était pas à la hauteur pour recevoir des missionnaires souffrant de cette fièvre hémorragique. « Le seul protocole qu'il y a eu pour nous, c'est un cours de 15 minutes pour expliquer comment on met et on enlève la combinaison », accuse une autre collègue. Ils exprimaient surtout leur colère, jugeant les protocoles insuffisants, de même que les combinaisons de protection, le traitement des déchets, l'isolement de l'hôpital ou encore la formation du personnel, colère relayée en Espagne par syndicats et partis d'opposition. « C'est un échec national », a ainsi tonné, au Congrès, le député Gaspar Llamazares, élu du parti écolo-communiste Izquierda Unida, tandis que devant plusieurs hôpitaux, des infirmières ont manifesté aux cris de « Ana Mato (la ministre de la Santé), démission ! »
Les « cinq S »
En outre, une étude commandée par la Commission européenne rendue publique le 29 septembre concluait que le risque d'une propagation d'Ebola en Europe à partir d'un malade évacué d'Afrique « est considéré comme extrêmement faible ». L'estimation est fondée tant sur le mode de transmission de la maladie, qui suppose un contact direct avec « les cinq S » (sperme, selles, sang, sueur et salive) que sur la qualité de la prise en charge médicale et sanitaire en Europe. De plus, le cas espagnol n'a d'ailleurs pas fait avorter le plan de rapatriement d'une femme médecin norvégienne employée par Médecins sans frontières et infectée par le virus Ebola en Sierra Leone, arrivée hier à Oslo. Le premier cas de contagion hors d'Afrique ne permet « absolument pas » d'anticiper une diffusion du virus en Europe ou dans le monde, a affirmé hier le patron de l'Institut Pasteur. « Le fait qu'il y ait eu deux ou trois personnes au contact de personnes malades en Espagne ne veut absolument pas dire que l'on va avoir une diffusion dans toute l'Europe et dans le monde entier », a estimé le Pr Christian Bréchot, directeur général de l'Institut Pasteur. « Je pense qu'il y en aura d'autres. C'est à la fois préoccupant, cela confirme la gravité de l'épidémie », souligne-t-il.
Mais « les mesures d'isolement qu'on peut prendre dans un pays comme la France ou dans d'autres pays d'Europe sont efficaces, et personnellement, je suis convaincu que l'épidémie sera contenue », ajoute-t-il. Une impression confirmée par Zsuzsanna Jakab, directrice pour l'Europe de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
Enfin, l'Union européenne a annoncé hier une opération aérienne pour acheminer de l'aide aux pays touchés par le virus Ebola. Trois Boeing 747 cargo vont être envoyés en Sierra Leone, au Liberia et en Guinée.
(Sources : agences )

