Cet article a été rédigé suite à une longue conversation que j'ai eue avec une voisine, amie d'enfance, propriétaire de son appartement où elle a accueilli son fils, sa belle-fille et leurs deux enfants et qui, sur le retour d'âge, se sent délaissée et considérée comme la bonne à tout faire dans sa propre maison.
Cela est hélas un exemple du destin de certaines personnes âgées, qui ont consacré leur vie à l'éducation de leurs enfants et qui se sentent aujourd'hui mises à l'écart, sans avoir souvent droit à la parole dans leur environnement hostile.
Ayant atteint un âge canonique, je m'amuse à recevoir dans mon magasin des voisins qui, comme moi, ont atteint un certain âge et qui passent leur vie en visites régulières chez les quelques amis qui leur restent car, chaque année, la Grande Faucheuse leur en arrache quelques-uns.
La première constatation que je fais, c'est que ces personnes âgées sont surtout victimes de la chaleur et de l'humidité qui, cet été, se sont abattues sur notre pays et qui condamnent cette catégorie de la population à subir un air conditionné très mal conditionné hélas, et aussi des coupures de courant et des moteurs cahotants. Résultat : ces enrhumés perpétuels, après chacune de leurs visites, m'obligent à me réapprovisionner en kleenex. Ce n'est là qu'un détail sans importance.
La seconde constatation porte sur le nombre de cigarettes qu'ils fument durant leurs visites, et cela pour oublier leurs ennuis. Antifumeur par principe, j'absorbe cette fumée qui attaque mes poumons fragiles par obligation amicale.
Troisième constatation : la solitude continuelle qui caractérise la vie dans notre pays touche cette catégorie de personnes âgées qui n'ont rien pour se distraire.
Qu'ils habitent avec leurs familles ou seuls, « les vieux », comme les appelait Jacques Brel, sont la catégorie de Libanais la plus délaissée et pourtant la plus humaine. Ce sont eux qui, chaque matin, accompagnent les enfants à l'école. Ce sont eux qui gardent ces mêmes enfants quand les parents sont de sortie. Ce sont eux qui rangent la maison, qui préparent le repas quand les parents travaillent et qui, souvent, ne reçoivent des remerciements que du bout des lèvres d'une bru qui vit dans leur appartement et qui se croit tout permis.
Dans ce Liban d'aujourd'hui, quelle part réserve-t-on à ces personnes qui parfois, plus de 50 ans durant, ont trimé pour faire vivre leurs familles, élever et éduquer leurs enfants dans les meilleures écoles du pays et qui souvent n'ont même pas la chance de voir grandir leurs petits-enfants dont les parents, grâce aux économies de leurs propres parents et aux études supérieures dont ils ont bénéficié, sont allés s'installer dans d'autres pays plus accueillants et où le gain est plus facile.
Pour ma part, je remercie le Bon Dieu de m'avoir donné une famille unie et reconnaissante, mais je prie pour mes concitoyens moins fortunés, hommes ou femmes, et je dis à leurs familles et aux autorités de ne pas oublier « les vieux », car comme le dit le proverbe « ils sont la vraie semence de la terre et de l'amour ».
Encore une fois, c'est grâce aux vieux que le Liban continue d'exister ;
c'est grâce à leurs sacrifices quotidiens que ce petit pays, si grand par le cœur et par l'esprit, continue à être un exemple de convivialité familiale et communautaire ; en temps de guerre ce sont eux qui sont chargés de garder les appartements et parfois aussi les animaux de compagnie, qu'ils soignent et promènent avec amour. J'ai connu des centaines de personnes du troisième âge qui, grâce à leur présence, ont sauvé appartements et mobilier, parfois au risque de leur vie, ayant choisi, envers et contre tous, de demeurer sur cette terre parfois inhospitalière.
Dans notre Liban, qui traverse une période difficile de son histoire, les personnes âgées doivent être fêtées avec honneur en ces premiers jours d'octobre. Prenons exemple sur eux et continuons de vivre en parfaite harmonie avec tous.
Nos lecteurs ont la parole - Raymond Nahas
Les « vieux », ces vrais héros
OLJ / le 08 octobre 2014 à 00h00


PAUVRES VIEUX "DE TOUS"... VOUS DONNEZ, EN VOTRE JEUNESSE, LE SOIN, L'AMOUR, LA BONTÉ ET LE DÉVOUEMENT... ET VOUS AVEZ EN RETOUR, EN VOTRE VIEILLESSE, : LA NÉGLIGENCE, L'INDIFFÉRENCE, LA DÉSILLUSION ET LA DÉCEPTION ! ET SI CE N'ÉTAIT QUE çA...
21 h 42, le 09 octobre 2014