Moyen Orient et Monde

La guerre faille que faille

Le point
07/10/2014

L'honorable Joseph R. Biden (R pour Robinette) est à l'administration démocrate ce que le duke of Edinburgh, earl of Merioneth, baron Greenwich, royal knight of the most nobel order of the garter (on vous fait grâce du reste des titres du prince consort) est à la cour de Sa Gracieuse Majesté) : un incorrigible et dangereux récidiviste de la gaffe. La dernière en date de ses bourdes ? Alors qu'il se trouvait le week-end dernier à Istanbul, le vice-président américain a sorti la grosse artillerie. Extrait : « Les Turcs sont de grands amis, ainsi que les Saoudiens et les résidents des Émirats arabes unis. » Jusque-là, ça va, mais attendez la suite : « Malheureusement leur seul intérêt est de renverser le président syrien Assad et pour cela ils ont mené une guerre par procuration entre les sunnites et les chiites et fourni des centaines de millions de dollars et des dizaines de milliers de tonnes d'armes à tous ceux qui acceptent de lutter contre Bachar. »
Rétropédalage quelques heures plus tard : le number two se confondait en excuses et multipliait les coups d'encensoir à l'adresse d'un Erdogan furibard (il n'en faut pas beaucoup pour le faire sortir de ses gonds celui-là, mais on reconnaîtra que, cette fois, le cow-boy avait trop forcé sur la gâchette, peut-être aussi sur le bourbon) et des Émirats, ceux-ci plus mesurés dans leur explosion de colère. S'il avait pris la peine de jeter un coup d'œil sur la revue de presse diligemment préparée tous les matins par son secrétariat, il aurait appris que Turcs et Émiriens avaient tourné casaque et décidé de rejoindre la vaste coalition des anti-Daech.
Ouf ! Il va s'en dire que la mise sur pied d'une armada aérienne d'une cinquantaine de pays ne saurait aller sans couacs. Mais dans le cas présent, on a frôlé la catastrophe. Et ces pauvres Américains sont loin d'être au bout de leurs peines tant sont profondes les contradictions et innombrables les failles dans le système hâtivement mis en place. Que l'on en juge.
En Irak d'abord, l'État islamique avait trouvé des alliés de choix dans les rescapés baassistes de la débâcle généralisée de 2003-2011. En Syrie, depuis quelques semaines, il se bat contre le même parti mais dans une version ennemie, bien que les fondateurs – le grec-ortohodoxe Michel Aflak, le sunnite Salah Bitar, l'alaouite Zaki Arsouzy, qu'on a trop tendance à oublier – soient les mêmes. Le divorce ayant été prononcé aux torts des deux conjoints il y a un peu moins d'un demi-siècle, le grand écart idéologique, s'il ait jamais existé, s'en trouve facilité.
Restons en Syrie, sujet épineux s'il en est, qui donne des céphalées aiguës à la Maison-Blanche. Question : les frappes de l'aviation US et alliés servent-elles ou non la cause du régime ? Surtout ne pas se dépêcher de répondre par oui ou par non, s'agissant d'une situation sans précédent que Sun Tzu lui-même n'avait pas imaginée. Quoi qu'il en soit, les résultats de 250 bombardements intensifs demeurent discutables. L'armement destiné à certaines parties présentes sur le terrain? Washington continue de débattre avec ses alliés des éventuels bénéficiaires répondant à la définition de l'adjectif « acceptable », condition sine qua non posée par Barack Obama. Des rebelles dits modérés, une fois obtenue l'aide promise par Washington pour combattre le régime en place, se préparent à rejoindre bien vite les rangs des coupeurs de têtes. Le chef du Front syrien révolutionnaire, Jamal Maarouf, s'est avéré être un opportuniste, aujourd'hui partisan d'el-Qaëda. Hassan Abboud, leader du groupe Ahrar el-Cham et ennemi juré des tueurs islamistes, a eu la malencontreuse idée de traverser une ruelle d'Alep au moment où explosait une voiture surchargée de TNT. Le Front al-Nosra, pour peu que l'on accepte de détourner le regard au bon moment, aurait pu représenter un excellent contrepoids à l'influence daëchiste, si seulement l'animateur du groupe, Abou-Mohammad al-Joulani, ne reconnaissait pas être à court d'effectifs, d'argent et d'armes, sans compter que ses troupes ont le moral à zéro. À tout cela s'ajoutent, dommages collatéraux de la guerre sans doute, une incompétence notoire, un climat général de corruption et cette indiscipline qui fait, comme on le sait, la faiblesse des armées. D'où cette réflexion désabusée d'Obama, dans une récente interview au New York Times : « Le champ des alliés locaux modérés est plutôt restreint. »
Les stratèges du Pentagone peuvent toujours tabler sur les failles tactiques dans la stratégie Daëch (étirement excessif des effectifs, animosité grandissante des autochtones...). Mais les fruits seront lents à mûrir. Au moins dix ans, disent les Saoudiens et les Américains, d'accord pour une fois. De quoi décourager ce « guerrier malgré lui », comme l'on surnomme le président, sur les bords du Potomac.

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La Maison Blanche a sèchement répondu lundi au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu qui avait jugé que les prises de position de l'administration américaine sur la colonisation à Jérusalem-Est étaient "contraires aux valeurs américaines"."C'était étrange de sa part d'essayer de défendre les actes de son gouvernement en affirmant que notre réponse ne reflétait pas les valeurs américaines", a lancé Josh Earnest, porte-parole de l'exécutif américain, lors de son point de presse quotidien."Ce sont les valeurs américaines qui expliquent le soutien indéfectible de ce pays à Israël", a-t-il toutefois poursuivi."La politique américaine a toujours été claire et n'a pas changé depuis plusieurs administrations, à la fois démocrates et républicaines: nous sommes opposés à toute action unilatérale visant à préjuger des questions de statut final, en particulier le statut de Jérusalem", selon lui.
Mener à bien ces constructions "ne pourrait que susciter la condamnation de la communauté internationale" et "éloigner Israël même de ses plus proches alliés", avait souligné peu après le porte-parole de la Maison Blanche.Dans une interview accordée à CBS et diffusée dimanche, le Premier ministre israélien s'était déclaré "déconcerté" par les réactions américaines. "Cela va à l'encontre des valeurs américaines et cela n'augure rien de bon pour la paix", avait-il déclaré.
Comme quoi un Malheur n'arrive jamais seul a ceux qui s'allient avec le diable de la peste noire .

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