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Hani Fahs : le courage de la parole vraie

Hommage
27/09/2014

Je voulais, je veux toujours écouter Hani Fahs. Sa parole, chargée de vérité et d'amour, incarnée, émane de l'expérience, de la souffrance et du cœur, à l'encontre du discours idéologique, formaté et en vogue.
Un homme de foi dans un siècle d'idéologie, de principe quand les normes élémentaires de la vie publique sont galvaudées et édulcorées. Un homme de courage à l'âge de l'opportunisme, du positionnement et de l'équidistance.
Je mesurais souvent à quel point son âme est triste, sans qu'il puisse se soulager par la polémique stérile, la culpabilisation d'autrui et l'autovictimisation facile, car sa foi profonde et vécue ne peut se concilier avec l'hostilité.

* * *

Cet homme de dialogue, de vrai dialogue, sans louvoiement, avec discernement, lucidité et courage, donne un sens et une perspective à ce qu'on appelle aujourd'hui dialogue interculturel. À l'âge du relativisme sauvage, des religions idéologisées, des marchands du temple qui ont envahi tous les temples, Hani Fahs est un homme bien enraciné dans sa libanité, son arabité, son islam, son chiisme... et aussi d'un humanisme universel.
Hani Fahs, engagé dans la foi et la vie publique, est celui qui ne s'est jamais tu. Durant trois générations, des responsables religieux arabes ont gardé le silence complice,par intérêt, par crainte, par paresse... face à un islam qui n'est plus l'islam.
Hani Fahs est parti, emporté par un mal physique et par une tristesse morale bien plus pesante, dans presque une ambiance de solitude parmi des pairs et des compatriotes.

* * *

C'est avec des personnes comme Hani Fahs que le dilemme à l'origine de la création de la Fondation libanaise pour la paix civile permanente, dans les années 1980, est pleinement résolu.
Ce que nous vivons aujourd'hui de risques de fanatisme d'un autre âge, de délabrement et de décadence valorielle,est le fruit mortel de ceux, à des positions privilégiées, qui se font malléables, mollusques, méduses, traîtres à la vérité et à la justice. Antoine de Saint-Exupéry dit à propos de ceux-là : « Je les vomis et les rends à leurs nébuleuses : venez me voir quand vous serez bâtis. » (« Citadelle », XCVI).
À l'ère de bâtir, de rebâtir dans l'authenticité et l'universalité, tant pour l'islam que pour les relations islamo-chrétiennes, au Liban et dans le monde arabe en général, la figure de Hani Fahs est source d'inspiration, un modèle, un exemple, un mode d'emploi pour tous les jours.

Antoine MESSARRA
Membre du Conseil constitutionnel
Chaire Unesco des religions comparées, du dialogue et de la médiation, USJ

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