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Les ingérences intempestives du Qatar seraient-elles un atout ?

En Libye, Doha parie sur la « revanche » politique des islamistes

22/09/2014

De plus en plus complexe, la situation en Libye devient difficile à décrypter. Milices armées, gouvernement parallèle, rivalités tribales et affrontements meurtriers, la Jamahiriya est au bord de la guerre civile et bien loin de sortir du bourbier dans lequel elle se trouve depuis le commencement de la révolte populaire début 2011.
La mise en place d'un gouvernement n'aura pas suffi à ramener le calme après la chute de Mouammar Kadhafi en octobre 2011, le pouvoir se révélant incapable de contrôler les nombreuses milices encore armées disséminées à travers le pays. En février dernier, le général Khalifa Haftar décide de reprendre les choses en main et d'affronter les milices islamistes. Parmi ces dernières, Fajr Libya (Aube de la Libye), qui serait soutenue par le Soudan et le Qatar. Il y a quelques jours d'ailleurs, le chef du gouvernement libyen Abdallah al-Theni a clairement accusé ces deux pays – qui ont tout de suite démenti l'information – d'avoir livré par voie aérienne des armes et des munitions à Fajr Libya, qui contrôle actuellement l'aéroport de Tripoli.
Qatar avait déjà joué un rôle majeur lors de la révolution du 17 février, affirme Ronald Bruce St John, auteur de nombreux ouvrages sur la Jamahiriya. Le soutien de Doha a été « militaire, financier et politique ; en outre, l'émirat n'a pas caché son désir de continuer à jouer un rôle significatif dans une Libye post-Kadhafi ». Ainsi, avant même la mort du dirigeant, « le Conseil national de transition (CNT) avait signé avec le Qatar un accord de coopération, incluant un échange d'informations juridiques et la formation de Libyens au système judiciaire ». Seulement, la perpétuelle présence qatarie dans les affaires libyennes a commencé à peser dès 2011, pour certains, comme « l'ex-Premier ministre Mahmoud Jibril, qui a dénoncé le soutien financier et logistique aux Frères musulmans et autres milices islamistes alliées », rappelle l'auteur.
D'après Hasni Abidi, politologue et directeur du Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam) à Genève, il s'agit pour Doha « de faire le pari de la revanche politique des islamistes légalistes ». Ainsi, par extension, « la victoire des islamistes assure au Qatar un rôle capital sur les plans régional et international. Ce pays est mû par une détermination sans commune mesure de briller sur le plan interne et d'exister au-delà de ses frontières. Le pari a été tenu », assure l'expert. Ces ambitions pourraient cependant se retourner contre l'émirat, qui a vu les milices libyennes islamistes qu'il soutient « s'opposer à des milices aidées par les Émirats arabes unis (EAU) et de l'Égypte », détaille M. St John. Les EAU ont d'ailleurs « effectué des raids aériens à partir de l'Égypte, visant Fajr Libya », relève-t-il.
En attendant, estime M. Abidi, « le volontarisme qatari suscite des convoitises et des jalousies, et la diplomatie de Doha est devenue utile au monde ». Toutefois, certains de ses choix, comme celui de soutenir Mohammad Morsi en Égypte, font de sorte que Doha a été « puni par ses pairs », juge l'auteur. « Mais ce pays a certainement d'autres cartes à jouer. »

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