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Moyen Orient et Monde - Golfe

« Nous voyons enfin le Qatar adopter un état d’esprit arrangeant et réaliste »

En demandant aux dirigeants des Frères musulmans de se relocaliser, l'émirat donne des gages à ses partenaires arabes.

La ligne éditoriale « biaisée » de la chaîne d’information du Qatar al-Jazira reste une source de contentieux pour Riyad, Abou Dhabi, Manama et surtout Le Caire. Stan Honda/AFP

Sous la pression de Washington et Riyad, le Qatar, considéré comme « l'enfant terrible » du Golfe, vient de faire des concessions à ses partenaires arabes en commençant à « réduire » les activités controversées des Frères musulmans (FM), affirment des experts.

En effet, depuis trois semaines, le Qatar ne ménage pas sa peine pour régler ses différends et montrer sa bonne volonté, alors que les États-Unis mobilisent leurs alliés contre l'État islamique (EI) en Irak et en Syrie. Doha a également condamné sans équivoque les « groupes extrémistes » et réussi des médiations pour la libération d'un otage américain et de 45 Casques bleus fidjiens en Syrie. Rappelons que le Qatar a entamé un rapprochement avec l'Arabie saoudite après six mois de brouille et a surtout laissé s'ébruiter ce week-end le départ de plusieurs dirigeants égyptiens des FM réfugiés chez lui. « Certaines figures » des Ikhwane, « à qui on a demandé de relocaliser leurs bureaux à l'extérieur du Qatar, ont accepté » de le faire « pour éviter tout désagrément » à Doha, a annoncé Amr Darrag, un dirigeant de la confrérie. Cette mesure concerne sept responsables du mouvement islamiste, dont le secrétaire général Mahmoud Hussein.

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De toutes les critiques auxquelles a fait face ce petit mais richissime émirat gazier, celles concernant ses relations avec les Frères lui ont causé le plus de tort dans le monde arabe, selon des spécialistes. Le Qatar s'est ainsi retrouvé en conflit ouvert avec l'Égypte, qui mène une répression sanglante contre la confrérie, mais aussi avec certains de ses voisins du Golfe qui l'ont interdite, la qualifiant de « menace » pour leur stabilité. En mars, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et Bahreïn avaient rappelé leurs ambassadeurs basés à Doha. Le Qatar et la Turquie étaient les seuls pays du Moyen-Orient à soutenir ouvertement les Frères musulmans après le renversement par l'armée égyptienne du président islamiste Mohammad Morsi en 2013. Le président turc Recep Tayyip Erdogan était hier à Doha, alors que certains experts doutent d'un réel changement de politique du Qatar à l'égard de la confrérie.

Le contexte international et régional, avec les préparatifs de guerre contre l'EI, a un peu modifié la donne et forcé le Qatar à rétablir les ponts avec ses partenaires du Golfe, explique Mustafa Alani, analyste au Gulf Research Center basé à Genève. Le Qatar n'avait « pas d'autre option que de réduire, pas d'interrompre, ses relations avec les Frères musulmans », alors qu'il avait misé sur la confrérie et ses relais pour étendre son influence dans la région ces dernières années. En raison de pressions de toutes parts, le Qatar « ne pouvait pas résister » et il a « pris une décision difficile en demandant à ces gens de partir », ajoute M. Alani. C'est « une concession importante ». La Turquie, la Malaisie et le Soudan sont cités comme possibles nouvelles destinations pour les dirigeants en exil des Frères musulmans.

(Pour mémoire : Les monarchies du Golfe prêtes à agir contre l'Etat islamique)

Sous pression de Riyad

« Nous voyons enfin le Qatar adopter un état d'esprit arrangeant et réaliste », renchérit Abdulkhaleq Abdulla, professeur de sciences politiques à l'Université des Émirats. « Mouton noir » du Golfe, « il ne pouvait rester plus longtemps isolé par rapport à ses partenaires » et « se permettre d'être sous la pression croissante de capitales comme Washington ». M. Abdulla est persuadé que l'Arabie saoudite a joué un rôle essentiel dans ce changement. Les ministres des Affaires étrangères de Riyad et de Doha se sont ainsi vus à quatre reprises depuis le 24 août, dont la dernière fois jeudi en Arabie saoudite, en présence du secrétaire d'État américain John Kerry. Selon M. Alani, la ligne éditoriale « biaisée » de la chaîne d'information du Qatar al-Jazira reste néanmoins une source de contentieux pour Riyad, Abou Dhabi, Manama et surtout Le Caire.

Lina Khatib, de l'institut Carnegie Endowment for International Peace, estime dans un article que le Qatar est en train de perdre son influence régionale. « La politique étrangère expansionniste de Doha a été mise à mal par de mauvais calculs, des défis internes et la pression internationale, toutes ces questions étant liées à sa relation avec Riyad. Conséquence de ces revers, le rôle régional du Qatar a diminué et, dans un avenir prévisible, son influence extérieure devrait s'opérer sous la houlette de l'Arabie saoudite », analyse l'experte.


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