Moyen Orient et Monde

La guerre à contrecœur

Le point
11/09/2014

« Y a-t-il plus de noblesse d'âme à subir la foudre et les flèches de la fortune outrageante ou bien à prendre les armes contre une mer de difficultés ? »* Après trois années d'hésitation, l'infortuné roi du Danemark – pardon, le locataire de la Maison-Blanche – a fini par se décider. Ce sera donc la guerre mais sans soldats sur le théâtre des opérations, en vertu d'une stratégie concoctée à la va-vite (il y a deux semaines il reconnaissait n'en avoir aucune...), pour une intervention dont il ne voulait à aucun prix, avec des alliés qui auraient préféré rester sur la touche et dans un but qui ne sera atteint au mieux que dans trois ans.
Une fois de plus donc l'Amérique chausse ses rangers et son treillis de combat pour s'en aller en terre arabe mater l'État islamique (EI) en pilonnant ses positions, équiper et entraîner l'armée irakienne et les peshmergas de Barzani avant de s'attaquer au même ennemi, cette fois dans ce qui fut, quarante années durant, la chasse gardée du clan Assad. Où il est prouvé que, pas plus que ses parents et ses collègues, on ne choisit pas ses guerres.
Tout cela nécessitera des milliards de dollars, des dizaines de milliers d'hommes hautement qualifiés, un matériel high-tech et des partenaires dont pour rien au monde le président n'aurait voulu par le passé. Quand on aura ajouté que de tous les scénarios imaginés par ses conseillers l'opération Irak-III est celui qu'il se refusait à envisager, on comprendra la tragédie que vit aujourd'hui Barack Obama.
Car cette fois, il ne s'agit pas de simples frappes comme au Yémen, au Pakistan ou en Somalie. La mission impartie aux militaires, le président l'a définie en deux mots : « Désagréger » (degrade, dans le sens géologique du terme) et « détruire » l'organisation islamiste, ce qui se traduira par une action directe avec, à la clé, des résultats rien moins qu'incertains alors que les États-Unis ne peuvent pas se permettre de perdre une nouvelle guerre. Pour le citoyen yankee, le réveil est terrible après une longue période d'indifférence succédant à l'engagement raté aux côtés des successeurs de Saddam Hussein. Il a fallu la chute de Mossoul puis l'horrible décapitation des journalistes James Foley et Steven Sotloff pour que l'opinion publique se réveille enfin à la réalité du volcan proche-oriental dont les coulées de lave menacent désormais et le Vieux Continent et le Nouveau Monde.
Dimanche dernier, Obama annonçait à ses concitoyens que le moment était venu de passer à l'attaque (« to start going on some offense »), sans prendre la peine de préciser comment il comptait procéder pour, dans le cas syrien, ne pas renforcer le camp du pouvoir tout en affaiblissant les adversaires de celui-ci et surtout comment éviter les débordements régionaux – on pense ici en particulier à l'épineux problème libanais. Il faut aider les sunnites à combattre les extrémistes, a préconisé l'ancien adjoint de Bill Clinton pour la Sécurité Samuel L. Berger. Facile à dire, mais comment faire ? Les conseillers, c'est connu, édictent des recommandations sans les accompagner du manuel d'utilisation.
Le plus inquiétant dans tout cela, c'est que dans un passé récent le chef de l'exécutif américain s'était plu à multiplier les gaffes. Il avait manqué de peu de qualifier les tueurs de Daech de « JV (pour Junior Varsity) team », soit une équipe inexpérimentée d'élèves du secondaire. Annonçant le retrait de ses troupes d'Irak, en 2011, il avait affirmé qu'il restait sur place « un pays souverain, stable et autonome, avec à sa tête un gouvernement représentatif ». Quelques mois auparavant, il déclarait devant l'Assemblée générale des Nations unies que « la guerre est à marée basse ». Bien qu'il soit cruel de poursuivre l'énumération, on ne peut s'empêcher d'évoquer la fameuse « ligne rouge » jadis fixée à Bachar el-Assad et demeurée sans suite, ou encore la confidence faite à Thomas L. Friedman du New York Times sur l'armement du camp des modérés syriens, « une simple vue de l'esprit » (a fantasy), selon ses dires. Autant de faux pas qui posent la question, terrible car lourde de conséquences possibles : et si, une fois de plus – la fois de trop – il se trompait ?
Reconnaissons cependant que demander au législatif, comme vient de le faire la Maison-Blanche, d'approuver un budget de cinq milliards de dollars pour financer la lutte contre le terrorisme ne saurait être taxé d'erreur de calcul ou de saute d'humeur. Il est clair que l'État islamique fait peur. Et la crainte, contrairement à ce que prétend Omraam Aïvanhov, est une excellente conseillère.

*« Hamlet », acte 3, scène 1.

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

TRÈS BEL ARTICLE ET ANALYSE DE MONSIEUR MERVILLE.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

PRIÈRE LIRE : DES PATATES, DES TOMATES ET DES OIGNONS POURRIS ETC... MERCI.

Pierre Hadjigeorgiou

En bref les Etats Unis interviendront en slow motion pour être sur que les protagonistes vont s’épuiser a la longue. C'est la la stratégie suivie. La guerre ne s’arrêtera que faute de combattants et épuisement total! Elle ne s’arrêtera que lorsque l'Islam politique se transformera et prendra une forme plus tolérante, plus démocratique et plus accessible donc moins belligérante.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

SI LA GUERRE NE SERAIT PAS UNE GUERRE ÉCLAIR PAR AIR MER ET TERRE... DANS TROIS ANS ON RÉCOLTERAIT DES PATATES, DES TOMATES ET DES OIGONS POURRIS ! À MOINS QUE LE MOT D'ORDRE SOIT : GO SLOW... WATCH AROUND... DECIDE... AND ACT !!! OU EN FRANçAIS : L'ÉRADICATION À TOUR DE RÔLE...

Ged Antoine

Cher Monsieur Christian Merville,

Confidence :

Si je devais fournir un argument et un seul pour inciter un lecteur potentiel à souscrire un abonnement à " L'Orient-Le Jour ", je dirais qu'il suffit de lire un article tel que le vôtre pour se pénétrer de la qualité exceptionnelle et de la hauteur de vue de son équipe de journalistes.

Pour ce qui est du contenu des idées que vous développez, je dirais qu'elles font écho en moi à la phrase suivante que William Shakespeare met dans la bouche de Hamlet qui s'interrogeait.

Je cite :

" Whether it is nobler in the mind to suffer the slings and arrows of outrageous fortune or to take arms against a sea of troubles and by opposing end them...? "

Il me semble que les dirigeants actuels ou futurs du Liban ne pourront que souscrire aux propos du Président américain qui, en vrai chef d'Etat-Major des Armées qu'il est dans les faits en sa qualité de Président de la plus influente des nations du monde, a déclaré à toutes celles et tous ceux que préoccupe la montée du terrorisme international et les convaincre du bien-fondé de sa décision d'intervenir militairement en terre d'Orient ce que l'on pourrait résumer comme suit :

Watch out, my friends...!

The United States of America have to react with a view to restore peace.

To sleep would mean for us to die and nothing else...

Très fidèlement à vous,

Antoine Hakim-Ged

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