L'avancée ces derniers jours de l'État islamique en Syrie devrait vraiment alarmer nos « élus ». Contrairement à ce qui se passe en Syrie, la campagne militaire de l'État islamique en Irak marque le pas. Cette stagnation est due à plusieurs facteurs : les bombardements américains, l'armement des peshmergas du Kurdistan irakien et la contre-offensive des forces irakiennes appuyées par l'Iran, la Jordanie et l'Arabie saoudite dans le centre, l'Ouest et le Sud. Ces facteurs font que le dernier rempart entre le Liban et l'EI se trouve être en Syrie, dans les zones contrôlées par le régime de Bachar el-Assad. Ces zones sous le contrôle d'Assad sont tout simplement la ligne de front la plus simple à enfoncer, contrairement aux autres lignes où l'on peut voir un appui de l'extérieur. Cette semaine, les jihadistes ont enfin mis la main sur la totalité de la province de Raqqa, en Syrie, ce qui fait d'eux la deuxième force du pays, tandis que les forces gouvernementales perdent dangereusement du terrain face aux terroristes.
Pourquoi devrait-on s'en inquiéter ? Au tout début du mois d'août, notre pays a dû faire face à l'EI dans la localité de Ersal, où avaient trouvé refuge plus de 120 000 Syriens. Plusieurs régions du nord du pays ont vu leur équilibre démographique dangereusement remis en cause avec plus de 4 Syriens pour un Libanais. La misère, la souffrance et le manque d'aide auxquels font face les populations civiles syriennes sinistrées dans ces régions font d'elles un réservoir de rêve pour l'endoctrinement en faveur du jihad prôné par l'État islamique qui veut réinstaurer le califat dans toute la région et imposer la charia dans sa forme la plus extrême à toutes les populations du Moyen-Orient, qu'elles soient musulmanes, chrétiennes, druzes ou juives. De plus, plusieurs réfugiés syriens facilitent aux terroristes le transit par notre pays et sont derrière les attentats et la mise en place de trafics d'armes entre le Liban et la Syrie. La solution pour les réfugiés syriens ? Leur construire des camps gérés par l'État libanais, avec l'aide des bureaux des Nations unies au Liban et des innombrables ONG (devenues innombrables), là où ils seront contrôlés et où le trafic d'armes sera stoppé puisqu'il est quasi impossible de mettre un terme à l'afflux de réfugiés, la frontière entre les deux pays étant beaucoup trop vaste pour nos forces de sécurité ; de plus, il est tout simplement inhumain de ne pas ouvrir nos portes à toutes ces pauvres familles qui ont tout perdu.
Lors de l'attaque de Ersal, des milliers de citoyens libanais avaient été pris en otage. Des dizaines de soldats avaient été blessés, d'autres soldats sont tombés sur le champ de bataille, et on attend toujours la libération des militaires et gendarmes pris en otage par l'organisation terroriste. Il est inutile de rappeler tous les attentats qui ont été perpétrés par les terroristes de l'EI sur le sol libanais, et tous les
jihadistes-bombes itinérantes qui attendent, au volant de voitures piégées, l'ordre de se faire exploser.
Il est grand temps que nos politiciens, par nous élus et qui nous représentent, nous peuple libanais, qui ont eux-mêmes prolongé leur mandat, mettent leurs divergences de côté et appuient sans conditions l'armée libanaise et son armement. La guerre civile en Syrie fait rage, et l'EI progresse dangereusement en massacrant les soldats de l'armée gouvernementale, les populations civiles syriennes et en réduisant les survivants à l'esclavage. Nous avons déjà fait face à Daech, et plusieurs députés ont dénoncé l'armée et lui ont mis des bâtons dans les roues pour l'empêcher de faire son travail. S'attaquer à l'armée libanaise veut tout simplement dire s'attaquer à la souveraineté de l'État libanais. L'armée est le bras militaire de l'État, c'est grâce à l'armée qu'il protège ses frontières et exerce sa souveraineté. Un politicien qui dénonce les actions de l'armée face à une organisation terroriste qui a tué des citoyens et militaires libanais, qui est derrière des attentats et des prises d'otages au Liban, devrait tout simplement être démis de ses fonctions. Lors de la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement Churchill, mettant de côté les divergences entre conservateurs et libéraux, appuya totalement et inconditionnellement l'armée.
Il est grand temps que nos politiciens s'unissent et appuient nos forces militaires sans conditions, en accélérant la livraison de matériel militaire, celui promis par l'Arabie saoudite et financé par la France, que nous attendons toujours, contrairement aux forces kurdes qui ont déjà reçu des millions de dollars d'armes des États-Unis et de l'Union européenne. Il y va de la survie même du pays du Cèdre, de la survie de notre propre peuple, de notre mode de vie unique au Moyen-Orient sur les plans politique, social et religieux. Parce que si l'État islamique arrivait à ses fins en mettant la main sur le Liban, nos politiciens perdraient bien plus que seulement leur place au Parlement.
Georges Y. HADDAD


MAIS, ILS S'EN CONTREFICHENT !
05 h 59, le 12 septembre 2014