Le chef des FL prononçant son discours à Maarab. Photo Aldo Ayoub
Le président des Forces libanaises, Samir Geagea, s'est livré samedi à un exercice insolite, consistant à lancer une attaque en règle, plus virulente que jamais, contre les cibles habituelles que sont pour lui le régime syrien, le Hezbollah et le général Michel Aoun, mais en entrant cette fois-ci dans le vif du sujet par la fenêtre de l'« État islamique » (EI, ex-« Daech » ).
Tout à fait d'accord pour rejoindre le concert local, régional et mondial anti-Daech et jugeant nécessaire d'anéantir au plus vite cette organisation, il s'est néanmoins employé à expliquer que le danger représenté par « les autres Dawaech » (pluriel de Daech) sur le Liban et les chrétiens libanais n'était pas moindre.
Le service de presse des FL avait déjà révélé aux médias les principaux thèmes que M. Geagea devait aborder dans son discours à l'occasion de la messe annuelle à la mémoire des martyrs des Forces libanaises, samedi soir à Maarab. En voici, à présent, les passages les plus significatifs :
« Ce phénomène suspect (Daech), apparu de manière subite et comme par magie, n'a aucun rapport avec l'islam et l'arabité (...) Affronter un phénomène destructeur comme celui-ci est une responsabilité morale contraignante pour chacun d'entre nous.
Mais d'où vient donc Daech ?
Qu'est-ce qui lui a permis de se développer de cette façon ? Y a-t-il un seul Daech ou bien plusieurs, aussi dangereux que le premier et qui tentent par tous les moyens de nous distraire de leur propre péril en nous faisant croire que lui seul est dangereux ?
« Je m'interroge : le fait de recourir aux armes chimiques et tuer des milliers de personnes en quelques minutes est-il moins "daéchien" qu'égorger des centaines en quelques heures ? (...) Décapiter un journaliste américain devant les caméras est-il plus terroriste que de faire exploser Rafic Hariri, Bassel Fleyhane, Samir Kassir, Gebran Tuéni (...) ? Ces meurtres-là seraient-ils moins terroristes simplement parce qu'ils se sont déroulés loin des caméras et que leurs auteurs se sont évertués à en effacer les indices ? Si celui qui tue à mains nues est un Daech, celui qui met des gants pour tuer ne l'est-il donc pas ?
« Ce qui a conduit à l'émergence de Daech, c'est tout un groupe de Dawaech qui sont devant nos yeux, mais que nous ne voyons pas clairement à cause de leur pouvoir de dissimulation, de leur camouflage et de leurs gants de velours.
« Je reconnais une seule et unique chose au camp adverse, c'est sa capacité à tromper l'opinion en n'éclairant que le coin de la scène qu'il veut éclairer et en laissant dans l'obscurité d'autres coins où sont commis des actes plus graves et plus criminels.
« Les "Dawaech" en gants de velours sont en réalité bien plus dangereux que le "daéchisme" imbécile et primitif qui, en un temps record, a réussi à susciter l'unanimité mondiale contre lui.
« Certains ont cru qu'en anéantissant l'organisation de Zarkaoui (le chef d'el-Qaëda en Irak), on mettait fin au takfirisme sanguinaire. Pourquoi ce takfirisme est-il donc revenu avec Daech ?
Parce qu'il n'y a pas d'État réel en Irak et parce qu'une des composantes irakiennes essentielles était exclue de la participation effective au pouvoir. Il est revenu parce qu'il existe en Syrie un régime de geôles et de cimetières qui massacre son peuple depuis des décennies et refuse tout changement pacifique.
« Il est revenu parce que, au Liban, il y a un mini-État qui décide du sort des Libanais malgré eux, qui confisque leur décision militaire et sécuritaire (...) ; un mini-État qui exclut les modérés et les fait disparaître puis prétend se lamenter à cause du danger des extrémistes ; un mini-État qui monopolise le pouvoir quand il le peut et paralyse l'État sous prétexte de consensualisme et de président fort quand il ne le peut pas.
« Anéantir Daech est un devoir immédiat, mais il faut en même temps agir pour éradiquer les causes de l'apparition de Daech.
La présidentielle
« Au Liban, le problème réside dans le fait que certains voudraient faire de la Constitution un texte composé de mots creux. Mettre en œuvre la Constitution, c'est d'abord démanteler toutes les organisations armées non légales et redonner le pouvoir de décision militaire et sécuritaire au seul État libanais.
« Que certains s'efforcent de décapiter la République et de la prendre en otage pour pouvoir s'imposer à sa tête est un crime politique complet. Ces mêmes parties boycottent les séances d'élection du président parce que leurs efforts en vue de faire accéder à la présidence leur candidat caché ont échoué. Ni plus ni moins. Et lorsque ce candidat a commencé à subir des pressions de toutes parts, surtout de la part de l'Église, il est allé inventer une proposition consistant à amender l'article 49 de la Constitution pour que l'élection du président se fasse au suffrage universel.
« Si les efforts de ces gens avaient réussi à assurer l'élection de leur candidat, celui-ci aurait-il lancé sa proposition d'amendement ? N'aurait-il pas plutôt sacralisé l'article 49 de la Constitution ? (...) Le mécanisme de l'élection présidentielle tel qu'il est depuis l'indépendance a permis l'avènement de présidents forts tels que Camille Chamoun, Fouad Chéhab et Béchir Gemayel. Ce n'est donc pas l'article 49 qui empêche l'élection d'un président fort, c'est la personnalisation, l'égoïsme et le refus de coopérer avec autrui.
« Le problème ne réside pas dans le mécanisme de l'élection, mais dans celui du sabotage de l'élection. Et la solution ne passe pas par l'amendement de l'article 49, mais par la fin du chantage. S'il fallait vraiment amender la Constitution, ce serait plutôt pour interdire le sabotage de la présidentielle.
« Nous rejetons tous les projets de sécurité privée, surtout ceux qui se fondent sur l'exploitation du danger terroriste (...) La solution aujourd'hui ne passe nullement par la création d'îlots d'insécurité et de cellules armées limitant encore davantage les moyens de l'État.
« Si d'aucuns veulent nous faire peur, à nous chrétiens, parce qu'ils ont une idée derrière la tête, il ne faut pas céder à cette peur. Celui qui a affronté tous les Dawaech de l'histoire ne craint pas un Daech arriéré, primitif et isolé.
« Nos martyrs ne sont pas morts pour qu'il reste au Liban un seul étranger armé, ni un seul Libanais armé au service d'un étranger. Ils ne sont pas tombés, le jour où l'État était absent, pour qu'on le fasse disparaître une fois de plus. Béchir Gemayel, président élu, n'est pas mort pour que quelqu'un vienne empêcher l'élection d'un président. Nos martyrs d'Achrafieh, de Zahlé, de Aïn el-Remmaneh, de Billa, de Qnat, de Ouyoun el-Simane et de Bhamdoun ne sont pas tombés pour que des Libanais innocents tombent à Ersal, à Hermel, dans la banlieue, à Tripoli et au Akkar (...)
« Nous ne permettrons pas la mort de l'État (...) »


BRAVO HAKÎM ! ET MERCI ENCORE SAMÎR !
15 h 35, le 08 septembre 2014